Imaginary interview with Amaterasu
by Charactorium · Amaterasu · Mythology · 5 min read
C'est devant l'entrée de la grotte d'Ama no Iwato, là où la roche garde encore la mémoire de l'obscurité, que Susanoo retrouve sa sœur aînée. La corde de paille tressée, le Shimenawa, pend toujours en travers de l'ouverture, et la lumière revenue baigne la plaine de Takamagahara. Les deux divinités se connaissent depuis leur naissance commune du divin Izanagi, et leur querelle d'autrefois flotte entre eux comme une braise mal éteinte. Susanoo vient cette fois sans tempête, pour écouter celle dont il a, jadis, fait fuir la clarté.
—Grande sœur, nous sommes nés le même jour, du visage de notre père Izanagi. Que gardes-tu de cet instant ?
Toi qui es né de son nez quand je naissais de son œil gauche, tu sais que nous n'avons pas connu de mère pour nous porter. Izanagi revenait du pays des morts, souillé par ce qu'il y avait vu, et c'est en se purifiant dans la rivière qu'il nous a fait surgir. De cette eau de purification je suis sortie, déjà lumineuse, et il m'a aussitôt confié le Haut Ciel. Je n'ai pas choisi ma charge : elle m'a été remise comme on remet un collier de joyaux à l'aînée. Toi, il t'a donné les mers, et tu sais quelle dispute cela a semé entre nous. Mais à l'origine, mon frère, il n'y avait que l'eau claire et le regard d'un père qui voulait laver l'ombre de ses yeux.
De l'eau de purification je suis sortie, déjà lumineuse, et il m'a confié le Haut Ciel.
—Toi qui parcours le ciel sans repos, dis-moi : que ressent-on à illuminer le monde chaque jour ?
Je ne connais pas la fatigue que connaissent les êtres de la terre, frère. À l'aube j'émerge de l'horizon, et ma seule présence suffit à éveiller les champs, les eaux, et même les kami les plus discrets. Toute la journée je veille à l'ordre du monde, je traverse le ciel, puis je redescends vers Takamagahara quand vient le soir. Ce n'est pas un travail : c'est ce que je suis. Le riz mûrit parce que je brille, les hommes lèvent les yeux parce que je brille. Mais cette lumière n'est pas un dû — tu as bien vu, le jour où je me suis retirée, combien le monde devient froid et muet sans elle. Briller, c'est ma manière de tenir l'univers debout.
Le riz mûrit parce que je brille, les hommes lèvent les yeux parce que je brille.
—Parlons-en, sœur. Lorsque j'ai saccagé tes rizières et souillé ta demeure, tu t'es enfermée. Pourquoi ce silence-là ?
Parce que ta fureur, Susanoo, n'était pas une simple insolence de cadet. Tu as détruit les digues de mes champs, tu as précipité un cheval écorché dans mon atelier sacré, et l'une de mes tisserandes en est morte. Devant tant de violence, je n'ai pas répondu par la violence : je me suis retirée dans la grotte d'Ama no Iwato et j'ai roulé la pierre. Ce n'était pas de la peur, c'était un refus. Le monde s'est éteint d'un coup, les ténèbres ont tout recouvert, et les calamités se sont multipliées. Je voulais que chacun mesure ce que vaut la lumière qu'on méprise. On ne saccage pas impunément la maison de celle qui éclaire le ciel.
Je voulais que chacun mesure ce que vaut la lumière qu'on méprise.
—Et qu'est-ce qui t'a fait rouvrir la pierre ? On dit qu'une fête bruyante t'a tirée de ta cachette.
Les autres kami sont rusés, et ils me connaissent. Devant la grotte, ils ont dressé des réjouissances : chants, rires, danse échevelée d'Ame no Uzume, tumulte si grand que la curiosité m'a piquée. Comment pouvaient-ils festoyer alors que le monde était plongé dans la nuit ? J'ai entrouvert la pierre, et là, ils avaient suspendu le miroir, le Yata no Kagami. J'y ai vu un éclat que j'ai pris pour une divinité plus rayonnante que moi. Intriguée, je me suis penchée — et une main puissante a tiré la pierre, tandis qu'on tendait derrière moi la corde sacrée, le Shimenawa, pour m'empêcher de rentrer. La lumière revint d'un coup sur le monde. Voilà comment une ruse et un miroir ont vaincu ma colère.
J'ai cru voir une divinité plus rayonnante que moi : ce n'était que mon propre éclat.

—On t'honore aujourd'hui au Grand Sanctuaire d'Ise. Qu'attends-tu de ces sanctuaires que les hommes t'élèvent ?
Les hommes ne peuvent pas me toucher, frère, mais ils peuvent me tendre leur gratitude. À Ise, ils ont fait du Yata no Kagami le cœur du sanctuaire, et ils m'apportent ce que la terre produit : du riz, du sake, des fruits, déposés avec des gestes purs. Ces offrandes ne me nourrissent pas — une déesse ne mange pas comme un mortel. Mais elles disent l'alliance entre le Ciel et la terre, entre les kami et les vivants. Le sanctuaire est l'endroit où ma présence se laisse approcher sans brûler. Tant que les rites de purification se perpétuent, tant que la corde sacrée délimite l'espace pur, le lien que nous avons noué à l'origine du monde ne se rompt pas.
Les hommes ne peuvent pas me toucher, mais ils peuvent me tendre leur gratitude.
—Tu as confié à ta descendance trois trésors. Pourquoi remettre ainsi le miroir, l'épée et le joyau à des mortels ?
Parce qu'un monde sans lumière souveraine retombe dans le chaos, frère — tu l'as vu de tes yeux. Quand est venu le temps que la terre soit gouvernée, j'ai envoyé mon petit-fils Ninigi-no-Mikoto descendre du Ciel au mont Takachiho. Je lui ai remis trois insignes : le miroir Yata no Kagami, où réside mon reflet, le joyau Yasakani no Magatama, et l'épée que tu connais bien. Ces trois trésors ne sont pas des bijoux : ils sont la preuve que le pouvoir vient du Ciel et non de la force des hommes. De Ninigi est née la lignée qui régnera sur ces îles. Ainsi ma lumière ne s'arrête pas au seuil du ciel : elle descend gouverner la terre par le sang de mes descendants.
Ces trois trésors ne sont pas des bijoux : ils sont la preuve que le pouvoir vient du Ciel.

—Cette épée que je t'ai offerte autrefois — celle tirée du serpent — figure parmi tes trésors. T'en souviens-tu ?
Comment l'oublierais-je ? Après notre querelle, quand tu fus chassé du Haut Ciel, tu as erré sur la terre et tu as terrassé le grand serpent Yamata no Orochi. De sa queue tu as tiré une lame admirable, et tu me l'as envoyée comme on offre un présent de réconciliation. J'ai accepté cette épée, et elle est devenue l'un des trois insignes que j'ai transmis à ma descendance. Vois quel chemin étrange : ce qui est né de ta violence et de ta bravoure est aujourd'hui un symbole du pouvoir légitime. Entre nous, frère, il n'y a jamais eu que la tempête et la lumière — et pourtant ton don repose désormais au cœur de ma lignée. Les kami aussi savent se rendre des hommages.
Ce qui est né de ta violence et de ta bravoure est aujourd'hui un symbole du pouvoir légitime.
—Quand tu t'enfermes, le monde meurt de froid ; quand tu reviens, il revit. Mesures-tu ce que tu pèses ?
Je l'ai mesuré le jour où la pierre s'est refermée derrière moi. Avant cet instant, je croyais que la lumière allait de soi, comme l'eau coule. Mais quand les ténèbres ont recouvert Takamagahara et la terre des hommes, que les mauvais esprits se sont mis à bourdonner comme des mouches d'été et que les calamités ont surgi de partout, j'ai compris que tout l'ordre du monde reposait sur ma course. Ce n'est pas une vanité : c'est une charge écrasante. Chaque matin où j'émerge de l'horizon, je tiens entre mes mains l'équilibre des choses. Le disque rouge que les hommes peindront un jour pour me figurer dit cette vérité simple : sans le soleil, il n'y a ni temps, ni récolte, ni vie.
Chaque matin où j'émerge de l'horizon, je tiens entre mes mains l'équilibre des choses.
—Les chroniqueurs des hommes consignent déjà nos récits. Que veux-tu qu'ils retiennent de toi, sœur ?
Qu'ils retiennent l'ordre, non le caprice. On rapportera notre querelle, ma retraite dans la grotte, les trois trésors et la descente de Ninigi — qu'on les rapporte fidèlement, car ces récits expliquent pourquoi le monde est tel qu'il est. Je ne veux pas qu'on fasse de moi une déesse lointaine et muette. Je suis celle qui éclaire, celle qui se retire quand on la blesse, celle qui revient parce que le monde a besoin d'elle. Si les hommes gardent cela, ils comprendront que la lumière est à la fois un don et une exigence de pureté. Toi qui as connu mes deux visages, la sœur outragée et la déesse qui pardonne, tu sais mieux que quiconque que mon histoire est inséparable de la tienne.
Je suis celle qui éclaire, celle qui se retire quand on la blesse, celle qui revient.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Amaterasu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


