Imaginary interview with Ares
by Charactorium · Ares · Mythology · 5 min read
Sur le mont Olympe, à l'écart du palais où festoient les douze, le dieu de la guerre essuie le sang séché de sa lance. Il accepte de parler, mais son regard reste tourné vers la plaine des mortels, là où s'entrechoquent les boucliers. Nous nous asseyons près de son char dételé, et il commence d'une voix sourde, comme le grondement d'une armée en marche.
—Comment êtes-vous venu au monde, parmi les divinités de l'Olympe ?
Je suis né du ventre de Héra seule, sans qu'aucun dieu ne l'effleurât — la Théogonie d'Hésiode le dit assez : un fils redoutable, qui égala sa mère en force. Zeus me reconnaît pour son sang, mais il ne m'a jamais aimé ; il me reproche ma fureur comme on reproche à la lance d'être tranchante. Je siège pourtant parmi les douze, à la table où coulent l'ambroisie et le nectar, et c'est mon droit. Les autres me toisent, m'appellent le plus odieux des Immortels. Soit. On ne choisit pas d'être la guerre comme on choisit d'être la moisson ou la mer. On la devient, dès le premier cri.
On ne choisit pas d'être la guerre comme on choisit d'être la moisson.
—Pourquoi les Grecs vous opposent-ils sans cesse à votre sœur Athéna ?
Parce qu'ils veulent croire que la guerre se range, se calcule, se discipline. Athéna leur souffle la ruse, l'ordre des phalanges, le moment où l'on frappe. Moi, je suis ce qui reste quand le plan s'effondre : le carnage, le sang qui monte aux yeux, la joie noire du massacre que chante l'Odyssée. Ils m'accusent de prendre plaisir au sang versé — c'est vrai. Mais qu'on me dise quelle bataille fut jamais gagnée par la seule sagesse, sans qu'un homme se jetât, aveugle, dans la mêlée ! Athéna dessine la victoire ; c'est moi qui la rends possible, dans la boue et le râle. Ils m'aiment moins. Ils me craignent davantage.
Athéna dessine la victoire ; c'est moi qui la rends possible, dans la boue et le râle.
—On raconte qu'un simple mortel a réussi à vous blesser sous les murs de Troie. Que s'est-il passé ?
Diomède. Un homme, un seul, guidé par la main d'Athéna qui lui avait ouvert les yeux pour qu'il distinguât les dieux dans la mêlée. Sa pique m'entra dans le bas-ventre. J'ai hurlé — un cri tel que neuf mille, dix mille guerriers ensemble n'en eussent pas poussé un pareil, et la plaine de Troie en trembla jusqu'aux navires. Je me suis enfui vers l'Olympe comme un enfant, montrer ma plaie à Zeus, qui m'a renvoyé avec mépris. Voilà ce que les poètes aiment rappeler : que même le dieu du combat saigne, crie, et connaît l'humiliation. Ils ont raison. Nous ne sommes pas invulnérables. Nous sommes seulement plus difficiles à abattre.
Même le dieu du combat saigne, crie, et connaît l'humiliation.
—Et cette histoire de prison de bronze où l'on vous aurait enfermé ?
Les Aloades, ces deux géants gonflés d'orgueil, m'ont surpris et jeté dans un vase de bronze. Treize mois entiers j'y suis demeuré, comprimé dans le métal, sans pouvoir étendre le bras ni saisir ma lance. Imaginez : la guerre elle-même, enfermée, muette, réduite au silence par deux gamins démesurés. J'y serais mort d'épuisement si l'on n'avait fini par me délivrer. Quand on est ce que je suis, l'immobilité est le pire des supplices — pas la douleur, non, l'inaction. Les Grecs racontent cela en riant, pour rabaisser le dieu qu'ils n'osent aimer. Qu'ils rient. Moi, je sais ce que pèsent treize mois dans le noir, à n'entendre aucun fracas d'armes.
Quand on est ce que je suis, l'immobilité est le pire des supplices.
—Vous semblez accueilli bien différemment selon les régions de la Grèce. Comment l'expliquez-vous ?
À Athènes, on me supporte plus qu'on ne me vénère. Leurs poètes me traînent sur la scène pour me peindre brutal, ridicule, balourd ; ils préfèrent leur chère Athéna, casquée et raisonnable. Mais montez vers le nord, en Thrace, parmi les peuples aux longues lances et aux chevaux rapides : là on me nomme dieu noble, on m'honore comme un seigneur, on me sacrifie sans détour. Les Spartiates aussi, à Sparte, comprennent ce que je suis, car ils vivent l'épée à la main. C'est qu'il faut être un peuple de guerriers pour ne pas détester la guerre. Ceux qui me méprisent sont ceux qui me doivent leur survie sans vouloir l'avouer.
Il faut être un peuple de guerriers pour ne pas détester la guerre.

—Cela vous blesse-t-il d'être moins adoré que les autres Olympiens ?
On élève peu de temples en mon nom. Pausanias et les anciens le notent : mes autels sont rares, mes prêtres clairsemés. Apollon a Delphes, Athéna son rocher sacré, et moi quelques pierres dispersées, un sanctuaire à peine, là où l'on me craint trop pour m'ignorer. Croyez-vous que cela me touche ? Les mortels n'invoquent pas la peste quand ils se portent bien. Ils ne pensent à moi qu'au seuil du combat, quand la mort est proche et qu'il faut soudain quelqu'un à supplier. Je suis le dieu qu'on n'appelle qu'en dernier — mais alors, on m'appelle de toute son âme. Cela me suffit. La ferveur des désespérés vaut mille processions tièdes.
Je suis le dieu qu'on n'appelle qu'en dernier, mais alors on m'appelle de toute son âme.
—Décrivez-nous l'attirail avec lequel vous descendez sur les champs de bataille.
Je revêts le casque corinthien de bronze, qui couvre tout le visage et ne laisse voir que deux fentes pour les yeux — l'ennemi ne doit pas lire un homme, mais la guerre sans figure. La cuirasse au torse, les jambières, le grand bouclier rond au bras, et la lance des hoplites en main : c'est l'arme qui décide tout, celle qui tue avant même qu'on dégaine. Sur mes épaules flotte une cape écarlate, rouge comme ce qui coule des plaies. Quand le corps à corps se resserre, je laisse la pique et je tire le xiphos, l'épée courte, pour la besogne intime du sang. Ainsi paré, je monte sur mon char attelé et je fonds sur la mêlée.
L'ennemi ne doit pas lire un homme, mais la guerre sans figure.

—Quelles offrandes attendez-vous des hommes qui veulent s'attirer votre faveur ?
Qu'on m'égorge un coq rouge, l'oiseau querelleur qui se bat à l'aube sans raison ni trêve — voilà la bête qui me ressemble, dressée sur ses ergots, prête au sang dès qu'elle ouvre l'œil. On en brûle la chair sur l'autel et j'en respire l'essence, comme tous les Immortels se nourrissent de la fumée des sacrifices. Je ne demande ni miel ni gâteaux de froment, ces douceurs bonnes pour les déesses du foyer. À moi, l'animal de combat, le fer, le bronze. Le guerrier qui veut ma faveur ne m'apporte pas des fleurs : il m'apporte sa fureur et le serment de ne pas reculer. Le reste m'indiffère.
Le coq se bat à l'aube sans raison ni trêve : voilà la bête qui me ressemble.
—Que ressentez-vous lorsque les poètes vous nomment « le plus odieux des dieux » ?
Homère me l'a jeté à la face, dans l'Iliade : le plus haï des Immortels, celui qui sans cesse change de camp et n'observe jamais le même sentiment. On me reproche d'avoir trahi ma parole, de soutenir tantôt les Troyens, tantôt de les abandonner. Mais la guerre est-elle fidèle ? Connaît-elle la constance ? Je suis le retournement, le hasard du fer, la flèche qui part on ne sait d'où. Ils voudraient un dieu loyal, prévisible, comme un magistrat. Je ne le serai jamais. Mon frère Apollon punit de loin, proprement, d'une flèche dans la peste. Moi je suis dans la mêlée, couvert de poussière, et c'est sale, et c'est moi.
La guerre est-elle fidèle ? Connaît-elle la constance ?
—Au crépuscule, lorsque vous regagnez le palais olympien, comment les autres dieux vous reçoivent-ils ?
Je rentre couvert de la poussière des plaines, et déjà je sens les regards. À la table où l'on verse le nectar, les autres échangent des sourires entendus quand je raconte les batailles du jour. Zeus détourne la tête ; il m'a dit un jour qu'il me hait plus qu'aucun de ses enfants, parce que je n'aime que les discordes et les combats. Ma mère Héra, qui m'enfanta seule, est bien la seule à prendre parfois ma défense. Le soir olympien n'est pas un repos pour moi : c'est l'autre champ de bataille, celui des mots et du mépris, où je n'ai ni lance ni bouclier. Alors je bois, je me tais, et j'attends que la plaine des mortels m'appelle de nouveau.
Le soir olympien est l'autre champ de bataille, celui où je n'ai ni lance ni bouclier.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ares's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



