Imaginary interview with Ares
by Charactorium · Ares · Mythology · 5 min read
C'est sur la plaine du Scamandre, sous les murs de Troie, que Diomède retrouve le dieu qu'il a lui-même touché de sa lance. La poussière retombe encore, et l'odeur du bronze chaud flotte sur le champ vidé de ses combattants. Le héros et Arès se sont affrontés ici, l'un guidé par Athéna, l'autre porté par sa fureur. Aujourd'hui, sans armes levées, Diomède vient demander des comptes à celui qu'il a fait crier.
—Arès, tu te souviens : ma lance t'a percé le flanc sur cette plaine. Tu as crié comme dix mille hommes. Qu'as-tu ressenti ?
Je m'en souviens mieux que toi, Diomède. Ta pointe n'aurait jamais trouvé ma chair sans Athéna qui guidait ton bras — tu le sais, toi qui te tenais là. La douleur ? Une brûlure que les mortels ne connaissent pas, car elle ne tue pas, elle humilie. J'ai poussé ce cri non pas pour souffrir, mais de rage d'avoir été touché par un homme. J'ai remonté l'Olympe me plaindre à Zeus, et lui, mon propre père, m'a traité du plus odieux des dieux. Voilà ma blessure véritable : non ton fer, mais le mépris des miens. On me croit invincible. Ce jour-là, sur ce sol même, j'ai appris que même un dieu peut saigner.
On me croit invincible. Ce jour-là, j'ai appris que même un dieu peut saigner.
—Ce ne fut pas ta seule humiliation, dit-on. Les géants Aloades t'auraient enfermé dans un vase de bronze. Treize mois. Est-ce vrai ?
Ne crois pas que je le cache. Otos et Éphialtès, ces deux brutes nées de la terre, m'ont saisi et scellé dans une jarre d'airain. Treize lunes j'ai croupi là, moi le dieu du carnage, sans bataille, sans cri, sans sang — c'est cela, le vrai supplice pour qui vit du fracas des armes. C'est Hermès qui m'en a tiré, à demi étouffé, amaigri. Tu vois, héros : les hommes me peignent tantôt invincible, tantôt ridicule. La vérité est entre les deux. Je suis une force, et toute force peut être enchaînée un temps. Mais on ne m'enchaîne jamais pour toujours — la guerre revient toujours, et moi avec elle.
Sans bataille, sans cri, sans sang : c'est cela, le vrai supplice pour le dieu du carnage.
—Sur cette plaine, Athéna te combattait. Toi la rage, elle la ruse. Pourquoi les Grecs la préfèrent-ils toujours à toi ?
Parce que les hommes aiment se croire sages, même quand ils s'entre-tuent. Athéna leur offre le mensonge confortable d'une guerre propre, ordonnée, raisonnée — le stratège qui pèse ses lignes, range ses phalanges. Moi, je leur tends le miroir qu'ils refusent : la guerre est massacre, fureur, chaos. Quand ta lance entre dans un ventre, Diomède, il n'y a plus de stratégie, il y a du sang et un cri. Voilà ce que j'incarne, et c'est pourquoi on me déteste. Athéna est la pensée du combat ; je suis le combat lui-même. On peut admirer l'une et trembler devant l'autre. Mais sans moi, ses belles manœuvres ne seraient que des dessins sur le sable.
Athéna est la pensée du combat ; je suis le combat lui-même.
—Tu te battais pour les Troyens quand je t'ai affronté. Mais on raconte que tu avais juré à Thétis de soutenir les Grecs. As-tu trahi ?
Trahi ? Le mot des hommes qui tiennent registre de leurs serments. Moi, je suis là où le sang appelle. Homère dit de moi que je change sans cesse d'avis, que je n'observe jamais le même sentiment — il n'a pas tort. J'avais promis à Thétis, oui, puis le fracas troyen m'a saisi et j'ai chargé pour Hector et les siens. Ce n'est pas perfidie, c'est ma nature : je ne sers pas un camp, je sers la bataille. Là où elle gronde le plus fort, j'accours. Tu m'as trouvé chez les Troyens ce jour-là ; un autre jour tu m'aurais eu à tes côtés. La guerre n'a pas de fidélité — et je suis la guerre.
Je ne sers pas un camp, je sers la bataille.
—Cette plaine de Troie où nous voici, qu'a-t-elle été pour toi ? Un terrain de jeu, ou quelque chose de plus ?
Regarde-la, Diomède : pas une motte qui n'ait bu du sang grec ou troyen. Pour moi, cette plaine fut une ivresse de dix années. J'y descendais de l'Olympe quand les chars s'entrechoquaient, je soufflais la fureur dans la poitrine des combattants, je me délectais de chaque charge. Les mortels appellent cela une guerre ; moi j'y ai vu ma demeure véritable, bien plus que mon palais là-haut. Ici, nul ne me moquait, nul ne me jugeait — on me craignait, on m'invoquait. C'est aussi ici que tu m'as touché, je ne l'oublie pas. Mais même blessé, je suis revenu. On ne tient pas le dieu de la guerre loin du plus grand champ de bataille que les hommes aient jamais ouvert.

—Tu parles de mépris à Athènes. Pourtant, là-haut en Thrace, on te vénère comme un dieu noble. Comment expliques-tu cet écart ?
Parce que les Thraces ne mentent pas sur ce qu'ils sont. Ce sont des guerriers, durs, francs, et ils m'honorent pour ce que je suis vraiment, sans détourner le regard. Ils ne me demandent pas d'être sage ni mesuré : ils m'aiment violent, car ils le sont eux-mêmes. À Athènes, on me dresse bien un temple, mais on m'y vénère du bout des lèvres, en préférant Athéna, et sur leurs scènes de théâtre on me tourne en ridicule, dieu brutal et benêt. Les cités policées ont honte de la guerre qu'elles font pourtant sans cesse. La Thrace, elle, l'assume. Voilà pourquoi je préfère ses autels rudes à tous les marbres athéniens.
Les cités policées ont honte de la guerre qu'elles font pourtant sans cesse.
—Et Sparte ? Ces guerriers-là ne détournent pas le regard non plus. Y as-tu trouvé des hommes à ta mesure ?
Sparte, oui. Voilà une cité qui ne se ment pas. On y élève les enfants pour le combat, on y vit l'armes à la main, et l'on me reconnaît dans chaque vertu qu'on enseigne : le courage, l'endurance, le mépris de la fuite. Les Spartiates ne me récitent pas de jolis discours comme les Athéniens — ils me prouvent leur foi sur le champ, lance au poing. C'est là le culte qui me touche : non les fumées d'encens, mais le sang versé sans trembler. Toi, Diomède, tu es de cette trempe-là, même si Athéna te guide. Un homme qui ose porter le fer contre un dieu mérite mon respect, fût-il mon adversaire. Sparte aurait fait de toi un roi.

—Quand je t'ai vu fondre sur moi, ton casque et ta lance brillaient comme le feu. Que sont ces armes pour toi ?
Ce ne sont pas des ornements, héros, ce sont mon être même. Le casque corinthien qui me couvre le visage n'est pas là pour me protéger — qui blesserait un dieu, sinon toi et ton Athéna ? — mais pour que l'ennemi ne voie qu'un masque de bronze fondre sur lui. La lance, c'est l'arme du hoplite, l'arme droite, celle qui perce avant que l'épée ne tranche : je la porte parce qu'elle est l'outil premier du tueur. Le thorax d'airain, l'aspis rond, le xiphos court pour le corps à corps — tout cela compose le guerrier idéal que les Grecs rêvent d'être. Quand je revêts cet attirail au matin sur l'Olympe, je deviens ce que tout combattant voudrait être : la guerre faite chair.
Quand je revêts cet attirail, je deviens ce que tout combattant voudrait être : la guerre faite chair.
—Sur tes autels, on m'a dit qu'on t'offrait un coq rouge. Pourquoi cet animal, et non le taureau des grands dieux ?
Le coq rouge, oui. Regarde-le, Diomède : nul autre animal n'est si prompt à se battre. Deux coqs face à face, et c'est aussitôt l'éperon, le sang, la mort de l'un — sans cause, sans calcul, par pur instinct de combat. C'est moi tout entier. Sa crête écarlate est la couleur de ma cape et du sang répandu, sa fureur est la mienne. On ne m'offre pas le bœuf placide des moissons, mais la bête qui ne sait que se battre. Et quand on m'immole ce coq, ce n'est pas pour acheter ma clémence — je n'en ai pas — mais pour qu'un peu de sa rage passe dans le bras des guerriers. Sur mon char attelé, je descends recueillir ce don, et je rends en retour l'ivresse du carnage.
—Une dernière chose, Arès. Après tout cela — ta blessure, ta jarre de bronze, les moqueries — regrettes-tu d'être le dieu que tu es ?
Regretter ? Ce mot n'a pas de place dans ma bouche, héros. Je suis ce que les hommes portent en eux et n'osent nommer : la soif de détruire, la joie noire du combat. On me hait, on me moque, on me blesse — toi le premier — et pourtant nul ne peut se passer de moi. Tant que deux peuples se disputeront une plaine comme celle-ci, on m'invoquera. Mes frères de l'Olympe me dédaignent, mais qu'ils essaient de faire une guerre sans moi : ils n'auront que des manœuvres sans flamme. Je préfère être le dieu détesté que l'on craint au dieu aimable que l'on oublie. Tu m'as fait crier, Diomède — mais c'est mon nom, et non le tien, que hurleront les soldats avant de mourir.
Je préfère être le dieu détesté que l'on craint au dieu aimable que l'on oublie.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ares's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



