Imaginary interview with Horemheb
by Charactorium · Horemheb (1350 av. J.-C. — 1291 av. J.-C.) · Politics · Military · 5 min read

La scène se joue dans la première cour du temple de Karnak, à l'ombre du pylône encore couvert d'échafaudages de bois. Horemheb reçoit debout, le sceptre heqa à la main, entre deux audiences consacrées aux plaintes des scribes provinciaux.
—Général, avant même de songer au trône, vous vous étiez fait construire un tombeau à Saqqara. Pourquoi un homme si puissant se préoccupait-il déjà de sa demeure d'éternité ?
Un homme qui commande les armées sait qu'il peut tomber demain, sous une flèche nubienne ou dans son sommeil, peu importe la manière. Avant même de porter la couronne, j'ai fait graver sur les murs de ma demeure d'éternité à Saqqara les titres que Pharaon m'avait donnés : général des généraux, porte-étendard à la droite du roi, scribe royal. Ce ne sont pas des mots vains — un scribe sait lire le cœur des dossiers, un général sait lire le cœur des batailles, et l'un ne va pas sans l'autre dans l'Égypte que j'ai servie. Les tailleurs de pierre y ont sculpté mes campagnes, mes récompenses, la joie de mon maître à recevoir mes conseils. Je voulais qu'on sache, même sous la terre, ce que j'avais été avant d'être ce que je suis devenu.
Un homme qui commande les armées sait qu'il peut tomber demain.
—Comment un général devient-il pharaon, sans être fils de pharaon ?
Il n'existe pas de chemin tracé pour cela, et je ne l'ai pas cherché — il s'est ouvert devant moi. Sous Toutânkhamon, on m'a nommé commandant en chef des armées, puis délégué royal, et j'ai gouverné bien des affaires du royaume pendant qu'un enfant portait la double couronne. À sa mort, j'étais déjà le bras de l'Égypte ; à la mort d'Aÿ, plus personne ne pouvait contester que ce bras devait aussi porter le sceptre heqa. Le dieu Horus d'Hout-nesout m'a choisi, dit-on, devant toute l'assemblée divine — je n'ai fait que recueillir ce que trente années de service avaient préparé.
—Pourquoi avoir fait marteler les noms de vos prédécesseurs sur tant de monuments ?
Un roi sans dieux n'est plus un roi — il est un homme égaré dans le désert avec une couronne sur la tête. Akhénaton avait fermé les temples, vidé Thèbes de ses prêtres, et son fils, puis le vieil Aÿ, n'ont fait que prolonger cette parenthèse malade. J'ai ordonné qu'on gratte leurs cartouches partout où le ciseau pouvait atteindre la pierre, et j'ai fait compter mes années de règne depuis la mort du grand Amenhotep III, comme si ce vide n'avait jamais existé. Ce n'est pas vanité : c'est Maât — l'ordre du monde ne souffre pas de trou dans sa mémoire.
—Et pourtant, ces mêmes pierres d'Amarna se retrouvent dans vos propres pylônes de Karnak...
Rien ne se perd, tout se rebâtit — même le mensonge peut porter la vérité, une fois retourné. Les petits blocs, les talatat, que les bâtisseurs d'Akhetaton avaient taillés si vite pour leurs temples au disque solaire, mes propres maçons les ont fait glisser à l'intérieur des murs de mes IXe et Xe pylônes, invisibles, écrasés sous le poids du culte d'Amon retrouvé. Je n'avais nul besoin qu'on les voie : je voulais seulement qu'ils servent, enfin, à quelque chose qui dure. Il y avait une forme de justice là-dedans — faire porter à la révolution ratée les fondations de l'ordre qu'elle avait voulu détruire.
Même le mensonge peut porter la vérité, une fois retourné.
—Parlez-moi de ce grand décret que vous avez fait graver ici, à Karnak.
Après le désordre d'Amarna, l'administration entière puait la corruption — des collecteurs qui prenaient deux fois l'impôt, des soldats qui réquisitionnaient le bétail des paysans sans droit. J'ai passé mon temps, comme le dit la stèle gravée ici même, « à chercher le bien-être de l'Égypte », et j'ai délibéré avec mon cœur « pour chasser le mal et détruire le mensonge, afin que le fort ne puisse opprimer le faible ». Ce n'étaient pas des paroles en l'air : j'ai prévu des châtiments sévères, la mutilation même, pour qui trahirait sa charge. Un pays ne tient pas sur des lois qu'on n'applique pas.

—N'était-ce pas risqué de s'attaquer à ses propres généraux et fonctionnaires ?
Risqué, oui — mais plus risqué encore de laisser un pays administré par des voleurs. J'avais moi-même porté la palette du scribe royal avant de porter la couronne bleue du khépresh, et je savais depuis l'intérieur comment un homme peut détourner une charge à son profit. Alors j'ai statué moi-même, chaque après-midi, sur les rapports d'abus qu'on m'apportait, sans épargner ceux qui portaient mon propre uniforme. Certains m'ont craint pour cela. Je préfère qu'on m'ait craint pour la justice que pour la seule cruauté — les deux se ressemblent parfois, mais elles ne pèsent pas le même poids devant les dieux.
—Vous n'aviez pas d'héritier de votre sang. Comment avez-vous choisi celui qui vous succéderait ?
Un trône vide appelle le désordre plus sûrement qu'une guerre perdue, et je n'avais pas de fils pour le recueillir. J'ai regardé autour de moi celui qui servait depuis toujours sans jamais réclamer : mon vizir Paramessou, un vieux général comme moi, rompu aux affaires du royaume autant qu'aux campagnes. Je ne cherchais pas un héritier de mon sang, je cherchais un homme capable de porter ce que j'avais redressé sans le laisser retomber. Il est monté sur le trône sous le nom de Ramsès, et je crois, sans le savoir vraiment, que ce choix aura compté plus que toutes mes pierres de Karnak.
Un trône vide appelle le désordre plus sûrement qu'une guerre perdue.

—Craigniez-vous que votre œuvre ne s'effondre après vous, comme celle d'Akhénaton ?
Je l'ai craint chaque jour, si je suis honnête — c'est bien pour cela que j'ai choisi un homme et non un espoir. Akhénaton n'avait laissé qu'un enfant malade puis un vieillard fatigué pour lui succéder, et l'on a vu ce qu'il en est resté : des noms grattés, presque rien d'autre. Moi, j'ai voulu laisser un général dans la force de l'âge, formé à la même école que moi, celle du camp et de l'administration mêlés. On ne bâtit pas la Maât pour une vie, on la bâtit pour qu'elle continue sans vous.
—Vous avez consacré une part immense de votre règne à restaurer les cultes d'Amon. Pourquoi ce choix plutôt qu'un autre ?
Parce qu'un royaume sans ses dieux ne récolte rien, ni dans ses champs ni dans le cœur de ses sujets. J'ai rendu aux temples d'Amon les terres, les troupeaux et les revenus qu'Akhénaton leur avait arrachés, et chaque matin, avant même de recevoir mes vizirs, je me présente dans la chapelle du palais pour l'offrande à Amon — c'est ainsi que commence ma journée depuis que je porte la couronne. Ce n'est pas seulement piété : un pharaon sans le soutien du clergé thébain n'est qu'un soldat déguisé. En rendant à Thèbes ses prêtres et ses richesses, je me suis donné la seule légitimité qu'un trône conquis par l'épée ne possède pas de naissance.
—Les pylônes que vous avez fait ériger ici sont immenses. Que vouliez-vous que les visiteurs y ressentent ?
Qu'ils sentent, avant même d'avoir posé un pied dans la première cour, que l'Égypte tenait de nouveau debout. Je porte le khépresh et le sceptre heqa sur ces murs comme je les porte à la guerre — ce sont les mêmes insignes, la même main. Les IXe et Xe pylônes ne sont pas seulement de la pierre empilée : ce sont des portes qu'on ne peut traverser sans courber la tête devant Amon retrouvé. J'ai voulu qu'un paysan venu de Memphis comme un ambassadeur venu d'ailleurs comprennent, dans la même seconde, que le désordre d'Amarna appartenait déjà au passé.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Horemheb's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


