Imaginary interview

Imaginary interview with Mary Wollstonecraft

by Charactorium · Mary Wollstonecraft (1759 — 1797) · Philosophy · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans le modeste logis du Polygon, à Somers Town, que je retrouve Mary en cet été 1797, quelques mois après notre mariage. La lumière tombe oblique sur la table où s'entassent ses feuillets, et l'encrier n'est jamais tout à fait sec. Nous habitons sous le même toit mais chacun garde son cabinet, par goût de l'indépendance autant que par accord ; elle attend l'enfant, et moi je la presse de questions comme on interroge une œuvre vivante. Ce soir, j'ai laissé de côté l'époux pour écouter la philosophe.

Mary, avant que je ne te connaisse, tu avais déjà rompu avec ton père. Qu'est-ce qui t'a poussée à quitter ce foyer à dix-neuf ans ?

Tu sais combien je répugne à m'apitoyer, mais la maison de mon père était une école de servitude. Il buvait, il criait, il levait la main sur ma mère, et je m'interposais la nuit comme un bouclier. À dix-neuf ans, en 1778, j'ai compris qu'attendre un mari pour changer de geôle, c'était troquer une dépendance contre une autre. Je suis partie me louer comme dame de compagnie auprès d'une vieille dame à Bath — humiliante condition, où l'on vous traite en meuble poli. Mais ce meuble lisait, observait, et jurait de ne jamais devoir son pain à la complaisance d'un homme. C'est là, bien avant mes livres, qu'est née ma conviction la plus tenace.

Attendre un mari pour changer de geôle, c'était troquer une dépendance contre une autre.

Tu vis de ta plume depuis des années, chose rare pour une femme. Comment Joseph Johnson a-t-il rendu cela possible ?

Johnson ne fut pas un mécène, et c'est précisément ce qui me sauva. Un mécène vous achète et vous façonne ; lui m'a simplement donné du travail. Dès 1788, j'ai écrit pour son journal, The Analytical Review, des centaines de recensions, j'ai traduit l'allemand et le français, j'ai vécu de mon labeur comme un homme vit du sien. Cela paraît peu, mais songe à ce que cela signifie : aucune femme avant moi, ou presque, n'avait mangé un pain qu'elle ne devait ni à un père, ni à un époux, ni à un protecteur. Je m'habillais sobre, sans corset ni poudre — non par pauvreté seule, mais parce que la parure est un aveu de servitude. Ma mise simple était un argument, toi qui m'as vue refuser les falbalas, tu le sais.

Aucune femme avant moi n'avait mangé un pain qu'elle ne devait ni à un père, ni à un époux.

Lorsque tu as écrit ta Défense des droits de la femme, qu'est-ce qui te révoltait le plus dans l'éducation qu'on donnait aux filles ?

Ce qui me révoltait, c'est qu'on enseigne aux filles à n'être que sensibles, jamais raisonnables. On les gave de douceur, de délicatesse, de ces phrases molles qui sont presque synonymes de faiblesse, et l'on s'étonne ensuite qu'elles soient frivoles ! Dans mon livre de 1792, je n'ai pas réclamé que les femmes deviennent des hommes : j'ai réclamé qu'on les reconnaisse pour des êtres de raison, capables de vertu — car il n'est de vertu véritable que rationnelle, jamais l'obéissance docile qu'on déguise sous ce nom. Une épouse qui ne sait que plaire est une esclave parée ; une mère qui ne sait pas penser ne saura pas élever. Renforcez d'abord l'esprit, et la vertu suivra. Tout mon ouvrage tient dans cette inversion.

Une épouse qui ne sait que plaire est une esclave parée.

On t'a reproché de tourner le dos à toute douceur féminine. Que réponds-tu à ceux qui te jugent ennemie de la sensibilité ?

Je ne suis pas l'ennemie du sentiment — comment le serais-je, moi qui ai tant souffert d'aimer ? Je suis l'ennemie de la sensibilité érigée en seule vertu de la femme. Quand on cultive chez une fille la seule émotion, on la rend incapable de se gouverner, esclave de ses humeurs comme de ses maîtres. La raison n'éteint pas le cœur, elle le rend digne de confiance. Vois la différence : un homme passionné qu'on respecte, une femme passionnée qu'on méprise. Pourquoi ? Parce qu'on n'a jamais armé son jugement. Je veux des femmes assez fortes d'esprit pour que leur tendresse soit un choix et non une faiblesse subie. Le reste — le goût, la délicatesse, le raffinement — n'est qu'ornement quand l'entendement reste vide.

La raison n'éteint pas le cœur, elle le rend digne de confiance.

Tu étais à Paris quand je n'y étais pas. Dis-moi ce que tu as vu passer sous tes fenêtres de la rue Meslay.

J'y suis allée en 1792 pleine d'espérance, persuadée que la France enfantait dans la douleur le monde dont je rêvais. Et puis j'ai vu les charrettes. Depuis mes fenêtres du Marais, je les regardais conduire les condamnés à la guillotine, hommes et femmes pâles dans le petit matin, et le bruit des roues sur le pavé ne m'a plus quittée. Un soir, j'ai vu du sang sur les pierres et je n'ai pu écrire de la nuit. Je n'ai pas renié la Révolution — j'ai même entrepris d'en écrire l'histoire en 1794 — mais j'ai appris qu'un peuple qu'on a tenu dans l'ignorance se venge avec la cruauté qu'on lui a apprise. La liberté sans instruction tourne au carnage. Ce fut la plus amère de mes leçons.

Le bruit des roues sur le pavé ne m'a plus quittée.
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Mary Wollstonecraft Shelley title QS:P1476,en:"Mary Wollstonecraft Shelley "label QS:Len,"Mary Wollstonecraft Shelley "label QS:Lsl,"Mary Wollstonecraft Shelley"Wikimedia Commons, Public domain — Richard Rothwell

Cette violence a-t-elle ébranlé ta foi dans les idéaux des Lumières, ou seulement dans les hommes qui les portaient ?

Dans les hommes, jamais dans les idéaux. La raison n'a pas failli à Paris ; ce sont les passions déchaînées qui l'ont étouffée, et précisément faute d'éducation. Songe à l'ironie : ces mêmes révolutionnaires qui proclamaient les droits de l'homme ont écarté les femmes de leur Déclaration, comme si la moitié de l'espèce ne comptait pas au nombre des créatures raisonnables. Olympe de Gouges l'a payé de sa tête pour l'avoir rappelé. J'ai gardé ma foi dans le progrès des facultés humaines, cette lente amélioration par laquelle nous nous élevons au-dessus de la brute. Mais j'ai cessé de croire que la liberté tombe du ciel en un jour. Elle se sème dans les écoles avant de se récolter dans les assemblées. Une révolution sans instruction n'est qu'un changement de tyrans.

La liberté se sème dans les écoles avant de se récolter dans les assemblées.

Tu sais que je t'interroge ici en ami autant qu'en époux. Veux-tu me parler de ce que Imlay a fait de toi ?

Tu es bien placé pour entendre cela sans en être blessé, et je t'en remercie. Gilbert Imlay, je l'ai aimé avec toute cette force d'âme que je prêchais aux autres, et elle s'est retournée contre moi. Je lui ai donné Fanny en 1794, hors mariage, au mépris du scandale — car je méprisais le mariage plus encore que le scandale. Puis il m'a abandonnée. Moi qui écrivais que la femme doit se suffire, je me suis jetée deux fois vers la mort. Je ne le cache pas : la philosophe et la femme ne logent pas toujours en paix sous le même crâne. Mais vois-tu, j'ai survécu, et de ma détresse j'ai tiré de l'encre plutôt que du poison. C'est peut-être là ma vraie défense des droits de la femme : avoir vécu mes idées jusque dans leurs déchirures.

La philosophe et la femme ne logent pas toujours en paix sous le même crâne.
Mary Wollstonecraft
Mary WollstonecraftWikimedia Commons, Public domain — John Opie

De ce naufrage est né ton livre le plus aimé du public. Comment ce voyage au Nord t'a-t-il rendu la plume ?

Quelle ironie, n'est-ce pas : j'ai entrepris ce périple en 1795 pour les affaires de l'homme qui m'avait brisée, seule avec mon nourrisson et une servante, à travers la Suède, la Norvège, le Danemark. Je partais désespérée et je me suis surprise à revivre. Devant les rochers du Nord, les cascades, ces solitudes immenses, mon âme s'est comme répandue dans le paysage, et la douleur s'est faite contemplation. J'écrivais des lettres — à lui, d'abord — où la nature, l'amour perdu et la politique se mêlaient sans que je les sépare. Ce sont mes Lettres de Scandinavie, de 1796, le seul de mes ouvrages que le public ait vraiment chéri de mon vivant. On m'aima enfin pour avoir montré mon cœur après l'avoir tant caché derrière mes raisonnements. Étrange leçon pour une apôtre de la raison.

Je partais désespérée et je me suis surprise à revivre.

Ici, au Polygon, nous gardons chacun notre cabinet et notre liberté. Est-ce ainsi que tu conçois une union entre égaux ?

C'est ainsi que je la veux, et toi qui n'as jamais cru au mariage plus que moi, tu l'as accepté de bon cœur. Nous nous sommes résolus à cette cérémonie pour protéger l'enfant qui vient, non par foi dans l'institution — car le mariage, tel que la loi le fait, transforme trop souvent l'épouse en bien meuble du mari. Garder mon cabinet, mon nom de plume, mes heures de travail, t'écrire un billet quand je veux te parler plutôt que de t'imposer ma présence : voilà ce qui sauve l'affection de devenir tutelle. Un attachement n'est digne que s'il laisse chacun se tenir debout. J'ai écrit toute ma vie que l'amour ne survit qu'entre égaux ; il me fallait bien, une fois, le vivre. Ce que nous faisons ici, sans bruit, vaut tous mes pamphlets.

Un attachement n'est digne que s'il laisse chacun se tenir debout.

Tu travailles encore à un roman, cette Maria que je vois sur ta table. Que veux-tu y dire que tes essais n'aient pas dit ?

Mes essais raisonnent ; je veux désormais faire sentir. Dans cette Maria, à laquelle je travaille et que je n'achèverai peut-être pas à temps, je montre une femme enfermée — au sens propre, dans un asile où son mari l'a jetée pour s'emparer de sa fortune. Car le monde entier n'est-il pas une vaste prison, et les femmes n'y naissent-elles pas esclaves ? Le démontrer ne suffit plus ; il faut qu'on le ressente dans sa chair. La loi prive l'épouse de ses biens, de ses enfants, de son corps même, et nul ne s'en émeut parce que nul ne l'a vu de l'intérieur. Le roman ouvre cette porte que le traité laisse close. Si je parviens à faire pleurer sur Maria une lectrice qui n'aurait jamais lu ma Défense, j'aurai fait avancer ma cause d'un pas que dix pamphlets ne valent pas.

Le roman ouvre cette porte que le traité laisse close.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Mary Wollstonecraft's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.