La carte de Jeanne d'Arc
Potage du pot commun (l'ordinaire)

La souppe au vin coupé d'eau

QuotidienReconstitution🍋facile10 min

Une tranche de gros pain de seigle posée au fond de l'écuelle, arrosée de vin rouge fortement allongé d'eau, qu'on laisse boire le liquide jusqu'à devenir tendre. Austère, désaltérante, c'est moins un plat qu'un geste quotidien.

Pourquoi ce plat ? Les chroniqueurs rapportent que Jeanne mangeait fort sobrement : du pain trempé dans du vin largement coupé d'eau, refusant les festins des capitaines. Ce geste très simple — tremper la « souppe » — était l'ordinaire des paysans lorrains et le sien jusque sous les armes.
Messire Dieu d'abord servi, et l'estomac après. Je ne suis qu'une fille des champs de Domrémy : un quignon de seigle au fond de mon écuelle, du vin que je noie de tant d'eau qu'il n'enivre point, et voilà mon ordinaire. Les capitaines me pressaient de m'asseoir à leurs grandes tables, mais je leur disais que la guerre ne se gagne pas le ventre plein de festins. Trempe ton pain comme je faisais, laisse-le boire tout son saoul, et mange en pensant à plus grand que toi.
Jeanne d'Arc
Ingrédients
  • Pain de seigle rassisune grosse tranche (base à tremper)
  • Vin rougeun fond d'écuelle (trempage)
  • Eau de sourcedeux à trois fois le vin (couper le vin)
Comment on faisait : Tremper la « souppe » (le mot désigne d'abord la tranche de pain, pas le bouillon) était le repas universel du peuple médiéval. Le vin coupé d'eau n'était pas un luxe mais une nécessité : l'eau pure étant souvent suspecte, on l'assainissait d'un peu de vin. La frugalité de Jeanne, soulignée par ses contemporains, tranchait avec la goinfrerie des camps.
Sources : Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc (témoignages sur sa sobriété) · Bruno Laurioux, Manger au Moyen Âge, Hachette, 2002