Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Al-Kindi

par Charactorium · Al-Kindi (801 — 870) · Philosophie · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Al-Kindi
Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

On m'a conduit jusqu'à la cour intérieure d'une maison de Bagdad, non loin de la Bayt al-Hikma, où des rouleaux de parchemin s'entassent encore malgré les épreuves passées. Le maître des lieux, qu'on appelait autrefois le philosophe des Arabes, m'a fait asseoir près d'un astrolabe et d'un oud silencieux, et a commencé, sans attendre mes questions, à parler de Koufa, des Grecs et des lettres qui trahissent leurs secrets.

Comment en êtes-vous venu à travailler à la Maison de la Sagesse de Bagdad ?

Je suis né à Koufa, vers l'an 801, dans une famille de la noble tribu des Kinda dont mon père fut gouverneur. J'ai d'abord été formé à Bassora, grand foyer de savants, avant de gagner Bagdad où le calife al-Ma'mun ouvrait grand les portes aux sciences anciennes. C'est là, à la Bayt al-Hikma, que j'ai trouvé ma place : je supervisais les mutarjimun, ces traducteurs qui rendaient en arabe Aristote et Platon, corrigeant leurs manuscrits de parchemin et de papier venu de Chine. Je n'étais pas moi-même traducteur du grec, mais je veillais à ce que la pensée survive au passage d'une langue à l'autre, sans perdre sa sève.

Dans votre Philosophie première, vous écrivez qu'il ne faut pas rougir d'accueillir une vérité venue d'ailleurs. Que disiez-vous exactement au calife al-Mu'tasim ?

Je lui ai dédié cet ouvrage en des termes que je n'ai pas choisis à la légère : nous ne devons pas avoir honte d'admettre la vérité et de l'assimiler, de quelque source qu'elle vienne, même si elle nous est apportée par des races antérieures et des peuples étrangers. Les Grecs nous ont précédés dans l'art de raisonner ; pourquoi rejeter leur lumière au seul prétexte qu'elle ne vient pas d'un des nôtres ? La falsafa n'est pas une trahison de la foi, c'est un instrument qui la sert, comme le calame sert la pensée du copiste. J'ai voulu, dans ce traité écrit pour mon calife, montrer qu'Aristote et le Livre pouvaient marcher côte à côte sans que l'un désarme l'autre.

Nous ne devons pas avoir honte d'admettre la vérité, de quelque source qu'elle vienne.

Certains à la cour voyaient dans cette philosophie grecque une menace pour la foi. Comment leur répondiez-vous ?

On me le disait souvent dans les majlis du palais : pourquoi un homme de la tribu de Kinda irait-il chercher sa sagesse chez des idolâtres morts depuis des siècles ? Je répondais que la raison ne trahit pas la révélation, elle l'éclaire. J'ai supervisé la correction d'une Théologie d'Aristote qu'on m'apportait traduite, et j'y ai retrouvé cette idée d'un principe premier, unique, dont tout procède — assez proche, à mes yeux, de ce que professe notre religion pour qu'on cesse de s'en effrayer. Les tenants du kalam préféraient défendre la foi par la seule dispute ; moi je préférais l'armer de la logique d'Aristote et de la géométrie d'Euclide. Ce n'est pas affaiblir Dieu que de Lui donner pour serviteurs la raison et le nombre.

On raconte que vous saviez percer les messages que d'autres croyaient indéchiffrables. Quel était votre secret ?

Ce n'est pas un secret, c'est une méthode que j'ai couchée dans une risala sur le déchiffrement des messages chiffrés : une façon de déchiffrer un message, si nous en connaissons la langue, est de trouver un autre texte clair de cette même langue, assez long, puis de compter combien de fois chaque lettre s'y présente. Une langue a ses habitudes : certaines lettres reviennent sans cesse, d'autres se font rares. Le message chiffré, si on l'observe de la même manière, trahit malgré lui ces mêmes habitudes sous son déguisement de symboles. J'ai appliqué à l'écriture secrète ce que j'appliquais déjà aux astres et aux sons : chercher l'ordre caché sous l'apparence désordonnée.

Une langue a ses habitudes, et le message chiffré les trahit malgré lui sous son déguisement de symboles.

Pourquoi un philosophe s'intéresse-t-il à l'art de cacher ou de percer des messages ?

Parce qu'un calife a besoin de correspondre avec ses gouverneurs sans que l'ennemi lise par-dessus son épaule, et qu'un savant qui refuserait de servir cette nécessité se rendrait inutile à sa cour. Mais il y avait aussi, je l'avoue, un plaisir plus pur : une lettre chiffrée est une petite énigme que la seule patience et le compte des signes suffisent à résoudre, sans qu'il faille ni épée ni torture. Cela me rappelait mes travaux sur les chiffres venus d'Inde, où l'ordre des signes révèle des quantités invisibles au premier regard. Le monde, qu'il s'agisse d'un ciel étoilé, d'une gamme de l'oud ou d'un message scellé, obéit toujours à un compte que la patience du savant finit par retrouver.

Al-kindi-cryptanalysis
Al-kindi-cryptanalysisWikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Vous avez écrit sur l'astrolabe, sur l'oud, sur les chiffres venus d'Inde. Comment expliquez-vous une curiosité si étendue ?

On m'a reproché, à la Maison de la Sagesse, de disperser mon calame sur trop de sujets à la fois : l'astrolabe et la sphère armillaire un jour, la médecine le lendemain, les parfums le surlendemain. Mais à mes yeux ce ne sont pas des sujets séparés — tous obéissent au même ordre du nombre et de la mesure, qu'on l'applique au ciel, au corps ou au son. J'ai voulu faire connaître l'usage des chiffres venus d'Inde parce qu'ils comptent mieux que nos anciennes méthodes ; j'ai écrit sur l'astrolabe parce qu'il mesure la position des astres et l'heure de la prière. On me prête plus de deux cent soixante traités : ce n'est pas dispersion, c'est la même question posée à des objets différents.

Que représentait pour vous l'oud, cet instrument que vous avez pris soin d'étudier en savant plutôt qu'en musicien ?

L'oud n'est pas pour moi un simple divertissement de soirée à la cour : ses cordes obéissent à des rapports de longueur et de tension qu'on peut compter, tout comme les astres obéissent à des rapports de distance. Dans mon traité sur la musique, j'ai voulu montrer que les notes, les rythmes, l'harmonie ne sont pas affaire de goût seulement, mais de proportion mesurable. Quand un joueur accorde son instrument, il règle en réalité un petit univers de nombres, sans toujours le savoir. C'est cette même conviction qui me guidait quand j'observais le ciel le soir depuis ma maison de Bagdad : le beau et le vrai, dans le son comme dans les astres, se laissent toujours ramener au compte.

Al-kindi
Al-kindiWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Vous avez tenté d'appliquer le calcul au dosage des remèdes. Comment doser une médecine par le nombre ?

Un médecin de mon temps prescrit souvent au jugement, selon l'humeur du malade et l'expérience acquise. J'ai voulu faire mieux : établir des degrés de force pour chaque remède, afin qu'on sache mesurer sa puissance comme on mesure un poids de blé ou une distance d'étoiles. Le matin, à la Bayt al-Hikma, je lisais les traités grecs de médecine avant de rédiger les miens ; le soir, je poursuivais mes observations sur les substances, parfois à l'aide d'un alambic qui distillait les essences dont je voulais connaître la vertu exacte. Ce n'était pas mépriser l'expérience du praticien, c'était lui donner un instrument de plus : le nombre, qui ne ment pas, là où le jugement seul peut se tromper.

Cette volonté de mesurer jusqu'au remède ne semblait-elle pas étrange à vos confrères médecins ?

Beaucoup s'en moquaient, c'est vrai, et me trouvaient plus philosophe que soignant. Mais j'ai toujours pensé que le monde entier, jusqu'aux plus humbles substances, cache une mesure derrière son apparence trompeuse — je l'ai cru pour les remèdes comme je l'ai cru pour la vision, quand j'ai écrit que l'œil envoie des rayons en ligne droite vers ce qu'il regarde. On peut juger cela étrange venant d'un homme de la tribu de Kinda plutôt formé aux lettres qu'à la pharmacie ; je réponds que la vérité n'appartient à aucun métier en particulier. Un même esprit qui sait compter les astres ou les lettres d'un message chiffré peut bien compter aussi le degré d'un poison ou d'un remède.

On dit qu'un jour votre bibliothèque vous fut confisquée et que vous connûtes la disgrâce. Comment avez-vous vécu cette épreuve ?

Sous le calife al-Mutawakkil, des rivaux jaloux de mon savoir ont trouvé une oreille favorable à la cour, et ma bibliothèque — celle que j'avais patiemment réunie dans ma maison de Bagdad, autour de sa cour intérieure — me fut ôtée. On dit même que je reçus des coups. J'ai connu, après cela, des années plus silencieuses, loin des grandes assemblées du palais où l'on m'avait autrefois surnommé le philosophe des Arabes. Mais un traité, une fois copié et recopié par d'autres mains à la Bayt al-Hikma, ne se confisque pas comme un rouleau de parchemin : il continue son chemin sans moi. J'ai perdu des livres ; je n'ai pas perdu ce que j'avais mis en eux.

J'ai perdu des livres ; je n'ai pas perdu ce que j'avais mis en eux.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Al-Kindi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.