Interview imaginaire avec Auguste
par Charactorium · Auguste (62 av. J.-C. — 14) · Politique · 5 min de lecture
C'est sur la colline du Palatin, dans le cabinet de travail aux fresques végétales de la maison d'Auguste, que Suétone est reçu un soir d'été. La lumière oblique éclaire un anneau gravé d'un sphinx posé sur la table de bois. Le biographe a passé des années à recueillir les papiers privés et les mots du prince, et il vient ce soir chercher l'homme derrière la statue de marbre. Auguste, fatigué mais affable, repousse une corbeille de figues vertes pour mieux écouter.
—Prince, toi qui as ouvert tes Res Gestae sur ta jeunesse, dis-moi : à dix-neuf ans, qu'est-ce qui a poussé l'enfant fragile que tu étais à lever une armée ?
La nouvelle des ides de mars m'a trouvé à Apollonie, encore adolescent. César venait d'être assassiné, et son testament me léguait son nom et sa fortune. Crois bien, Suétone, que personne ne misait sur ce garçon souvent malade. Mais j'ai compris que si je ne levais pas une armée à mes frais, on me broierait. J'ai marché sur Rome, j'ai pris ce qui m'était dû. On m'a cru naïf parce que j'étais jeune ; c'était mon meilleur masque. Toi qui liras un jour mes mémoires, tu verras que j'ai écrit la vérité : j'ai rendu la liberté à une République opprimée. La force, je ne l'avais pas. Je n'avais que la légitimité d'un nom et l'audace de ne pas attendre.
On m'a cru naïf parce que j'étais jeune ; c'était mon meilleur masque.
—Après Philippes, puis Actium en l'an 31, tu restais seul face à Antoine et à Cléopâtre. As-tu jamais douté, cette nuit-là, au large de la Grèce ?
Le doute, je l'ai laissé à terre. Agrippa commandait les navires bien mieux que moi — j'ai toujours su confier le glaive à plus habile. Antoine s'était perdu en Orient, dans les bras d'une reine et les fastes d'Alexandrie ; le peuple romain ne lui pardonnait pas d'avoir oublié Rome. Moi, je me présentais comme le défenseur de l'Italie et de ses dieux. Quand sa flotte a rompu et que Cléopâtre a fui, j'ai su que le monde n'aurait plus qu'un maître. L'année suivante, l'Égypte entière devenait province. Je n'ai pas triomphé d'un rival : j'ai triomphé du désordre. Voilà ce que je voulais que les Romains retiennent.
J'ai toujours su confier le glaive à plus habile.
—En 27, le Sénat t'a décerné le nom d'Augustus. Pourquoi avoir refusé le titre de roi, que ta puissance autorisait pourtant ?
Parce que le mot de roi a tué César, et que j'avais retenu la leçon. Rome haïssait les rois depuis cinq siècles ; prononcer ce mot, c'était signer mon arrêt. J'ai préféré me dire princeps, le premier des citoyens — rien de plus qu'un Romain parmi les Romains, en apparence. Je rendais au Sénat ses provinces, je gardais discrètement celles où campaient les légions. Le Sénat m'a offert un clipeus virtutis, ce bouclier d'or gravé de mes quatre vertus : courage, clémence, justice, piété. Je laissais debout les vieilles institutions, et derrière elles je tenais tout. Le secret, Suétone, n'est pas de saisir le pouvoir : c'est de le faire oublier à ceux qu'on gouverne.
Le secret n'est pas de saisir le pouvoir : c'est de le faire oublier à ceux qu'on gouverne.
—En l'an 2, on t'a nommé Pater Patriae, Père de la Patrie. De tous tes honneurs, est-ce celui qui t'a le plus touché ?
Plus que le triomphe, plus que le laurier, oui. Imperator, je l'étais par les armes ; Pontifex Maximus, par la religion. Mais Père de la Patrie, c'était le peuple et le Sénat me reconnaissant non comme un vainqueur, mais comme un protecteur. Un père ne règne pas sur ses enfants : il en répond. J'ai pris cela très au sérieux, peut-être trop. J'ai voulu redresser les mœurs, encourager les mariages, repeupler les vieilles familles. On a trouvé mes lois sévères, et ma propre fille m'en a fait payer le prix — mais cela, je ne le confie qu'à toi. Recevoir ce titre fut le seul jour où j'ai senti que Rome m'aimait sans que j'eusse à la convaincre.
Un père ne règne pas sur ses enfants : il en répond.
—Toi qui aimais répéter avoir trouvé Rome en briques et l'avoir laissée en marbre — montre-moi : qu'as-tu voulu graver dans la pierre de cette ville ?
Tout, Suétone. Un peuple juge son prince à ce qu'il voit chaque matin en sortant de chez lui. J'ai dressé le Forum d'Auguste et son temple de Mars Ultor, après quarante ans de travaux, pour que la vengeance de César ait son sanctuaire. J'ai consacré l'Ara Pacis, l'autel de la Paix, sur le Champ de Mars, et fait planter l'obélisque rapporté d'Égypte comme gnomon d'un cadran géant. Le marbre n'est pas vanité : c'est un langage. Chaque temple dit aux Romains que les dieux sont revenus, que l'âge des guerres civiles est clos. Moi-même je logeais dans une maison modeste, ici, sur le Palatin. La magnificence, je la réservais à Rome, pas à ma personne.
Le marbre n'est pas vanité : c'est un langage.

—Justement, dans cette maison sans faste, on dit que Livie file elle-même la laine de tes toges. Pourquoi ce maître du monde tient-il tant à la simplicité ?
Parce que le faste est un piège, Suétone — il sépare le prince du citoyen, et c'est cette séparation qui a perdu les rois. Je porte la toge blanche du Romain ordinaire, je mange du pain bis, du fromage frais, quelques petits poissons, et je coupe mon vin d'eau. Livie tisse mes vêtements domestiques comme une matrone des anciens temps : c'est un exemple autant qu'une habitude. Je grignote entre les repas, mon appétit est capricieux, et il m'arrive de m'endormir au milieu d'un dîner tant les affaires m'épuisent. Tu noteras tout cela, je le sais. Que l'on me peigne sobre : ce n'est pas une pose, c'est une politique. Un prince frugal rassure un peuple qui a trop vu de tyrans dévorer ses biens.
Le faste est un piège : il sépare le prince du citoyen.
—Tu permets une question plus intime ? On murmure que toi, le plus puissant des hommes, tu trembles aux orages. Faut-il le croire ?
Il le faut, et je n'en rougis pas devant toi. Un éclair m'a frôlé jadis, lors d'une campagne ; l'esclave qui marchait devant moi fut foudroyé. Depuis, dès que le ciel gronde, je me réfugie sous terre, et je porte toujours sur moi une peau de phoque — on la dit épargnée par la foudre. Tu souris peut-être, mais souviens-toi : j'observe les augures chaque matin avant toute décision. Un homme qui a survécu à tant de batailles sait combien le hasard et les dieux pèsent lourd. Mes ennemis me croyaient froid comme le marbre de mes statues. La vérité, c'est qu'aucune cuirasse ne protège du tonnerre, et que le maître de Rome reste un homme qui a peur.
Aucune cuirasse ne protège du tonnerre, et le maître de Rome reste un homme qui a peur.

—Venons-en à ce qui te ronge. En l'an 9, Varus a perdu trois légions en Germanie. On rapporte que tu en frappais les murs de ta tête. Que t'a coûté ce désastre ?
Il m'a coûté le sommeil, Suétone, et davantage. Arminius nous a piégés dans les forêts de Teutobourg ; trois légions, leurs aigles, des milliers d'hommes — engloutis. J'ai laissé pousser ma barbe et mes cheveux des mois durant, en signe de deuil. Oui, j'ai cogné ma tête contre la pierre, réclamant à Varus de me rendre mes légions, comme si les morts pouvaient revenir. J'avais bâti une armée de vingt-huit légions permanentes, créé l'aerarium militare pour assurer la retraite des soldats, et voilà que la forêt germaine engloutissait mon œuvre. J'ai compris ce jour-là que l'Empire avait des limites, et que le Rhin en serait une. Un sage connaît où s'arrêter ; je l'ai appris dans le sang.
J'ai compris ce jour-là que l'Empire avait des limites.
—Sous ton principat, le Sénat siège encore, les consuls sont élus. Est-ce une vraie République, ou seulement son apparence soigneusement conservée ?
Pose la question autrement, Suétone : qu'importe le nom, si la paix dure ? Le Sénat délibère, les magistrats gravissent leur cursus honorum, les vieilles formes sont debout. J'ai voulu qu'un Romain de l'ancien temps, revenant parmi nous, reconnaisse sa cité. Mais je ne te mentirai pas, à toi qui fouilles les archives : c'est moi qui tiens les légions, le trésor, les provinces qui comptent. Le principat est cet équilibre subtil entre ce que l'on montre et ce que l'on tient. Appelle-le République si cela rassure ; appelle-le autrement si tu es lucide. Ce que je sais, c'est que depuis quarante ans nul citoyen n'a vu Rome brûler dans une guerre civile. Voilà mon seul argument, et il vaut tous les titres.
Le principat est cet équilibre subtil entre ce que l'on montre et ce que l'on tient.
—Une dernière, prince. Sur ton lit, à Nola, que voudras-tu que l'on dise de ce que tu laisses derrière toi ?
Que j'ai bien tenu mon rôle jusqu'au bout. Toute ma vie, Suétone, j'ai joué un personnage — le citoyen modeste, le prince frugal, le restaurateur de la paix — et ce personnage a sauvé Rome. Je rédige en ce moment mes Res Gestae, ces hauts faits que je veux graver sur le bronze devant mon mausolée, pour que chacun les lise après moi. Je n'y mets pas mes peurs ni mes deuils ; cela, je te le confie ce soir, à toi seul. À ceux qui m'auront vu vivre, je demanderai s'ils ont aimé la pièce. Et s'ils l'ont aimée, qu'ils applaudissent. Le reste — la foudre, Varus, ma fille — appartient à l'homme, et l'homme s'efface quand le marbre demeure.
Toute ma vie j'ai joué un personnage, et ce personnage a sauvé Rome.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Auguste. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


