Interview imaginaire avec Cicéron
par Charactorium · Cicéron (106 av. J.-C. — 42 av. J.-C.) · Philosophie · Politique · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, en classe découverte, poussent la porte d'une villa romaine pleine de rouleaux. Un vieil homme en toge les accueille, surpris et touché qu'on s'intéresse encore à lui. Il les invite à s'asseoir et commence à raconter.
—Vous êtes né où, et c'était une grande famille riche et célèbre ?
Non, mon enfant, pas du tout ! Je suis né à Arpinum, une petite ville de collines à trois jours de marche de Rome. Ma famille appartenait à l'ordre équestre — des gens aisés, mais sans aucun ancêtre célèbre. À Rome, on m'appelait un homo novus, un « homme nouveau ». Ça veut dire le premier de sa lignée à viser le sommet. Imagine que tu arrives dans une cour où tout le monde se connaît depuis cent ans, et toi, personne ne connaît ton nom. C'est ça, ma jeunesse. Mais j'avais une arme : ma voix. Et j'ai toujours gardé une grande fierté de mes origines de petite ville.
Personne ne connaissait mon nom — alors je l'ai fait connaître par ma voix.
—C'était comment, votre tout premier grand procès ? Vous aviez peur ?
Oui, j'avais peur, et il y avait de quoi. J'avais à peine vingt-six ans, en 80 av. J.-C. Je défendais un homme, Sextus Roscius, accusé d'avoir tué son père. Le problème ? Ses accusateurs étaient protégés par Sylla, le maître tout-puissant de Rome à ce moment-là. Imagine que tu défendes un inconnu contre les amis du chef le plus craint du pays. Beaucoup d'avocats avaient refusé. Moi, j'ai osé. Et j'ai gagné. Du jour au lendemain, tout Rome connaissait mon nom. J'avais compris une chose : le courage, dans un tribunal, ça se remarque autant que le talent.
Le courage, dans un tribunal, se remarque autant que le talent.
—Ça commençait comment, une journée normale pour vous ?
Avant même le lever du soleil ! Je me levais dans le noir, et j'allumais une petite lampe à huile en bronze pour écrire. À Rome, on avait un mot, lucubrare : travailler à la lampe. C'était tout moi. Puis, dès la première lueur, ma maison se remplissait de monde. On appelait ça la salutatio : des gens venaient me saluer, me demander conseil ou de l'aide. Imagine ta porte qui s'ouvre et trente personnes qui attendent déjà de te parler. Après ça, je partais au Forum, le grand cœur de Rome, pour plaider ou débattre. Mes journées étaient pleines à craquer, du noir du matin au noir du soir.
Je travaillais à la lampe avant le soleil — et souvent encore après lui.
—Vous écriviez tout ça tout seul ? Ça devait prendre un temps fou !
Ah, j'avais un secret, ou plutôt un ami précieux : Tiron. C'était mon secrétaire, un homme très intelligent. Pendant que je parlais, lui écrivait à toute vitesse grâce à des petits signes rapides, une sorte d'écriture abrégée qu'il avait perfectionnée. Imagine pouvoir noter une phrase aussi vite qu'on la prononce ! On écrivait sur des tablettes de cire avec un stylus, une pointe, puis on recopiait sur des rouleaux de papyrus, les volumina. Mes œuvres en remplissaient des centaines. J'ai aussi écrit plus de neuf cents lettres, beaucoup à mon meilleur ami Atticus. Sans Tiron, la moitié de ma pensée se serait envolée dans l'air.
Sans mon ami Tiron, la moitié de ma pensée se serait envolée dans l'air.
—C'est vrai que vous avez sauvé Rome une nuit ? Racontez !
C'est l'année la plus intense de ma vie, 63 av. J.-C. J'étais consul, le plus haut magistrat de Rome, élu pour un an. Un homme ambitieux et dangereux, Catilina, préparait un complot pour renverser l'État par la violence. Je l'ai découvert. Alors, devant tout le Sénat réuni, je me suis levé et j'ai lancé : Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? — « Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? » Imagine le silence, puis Catilina, démasqué, qui sort de la salle. Mes mots l'avaient fait fuir Rome sans qu'une seule épée soit tirée. C'est ce jour-là que j'ai compris la vraie puissance de la parole.
Mes mots l'ont chassé de Rome sans qu'une seule épée soit tirée.

—Et après, on vous a donné une récompense ou un titre ?
Oui, et c'est l'honneur dont j'ai été le plus fier. Le Sénat m'a proclamé Pater Patriae — « Père de la Patrie ». Tu imagines ? On me disait que j'avais sauvé Rome comme un père sauve sa maison. Et le plus beau, c'est que je l'avais fait sans guerre, sans bataille, juste avec des discours, les Catilinaires. Mais, mon enfant, je vais te confier une chose triste : cette gloire m'a aussi attiré des ennemis. Quelques années plus tard, on m'a reproché d'avoir fait exécuter des conjurés sans procès, et j'ai dû partir en exil. La gloire et la chute marchent parfois main dans la main.
On m'a nommé Père de la Patrie — et la gloire m'a aussi attiré mes pires ennemis.
—C'est vrai que vous avez inventé des mots qu'on utilise encore ?
Oui ! Et ça, c'est peut-être mon plus grand orgueil secret. À mon époque, toute la philosophie se pensait en grec. Moi, je voulais qu'on puisse réfléchir en latin, ma langue. Le problème : beaucoup d'idées n'avaient pas de mot latin. Alors je les ai fabriqués. Des mots comme qualitas, la qualité, ou moralis, ce qui touche aux mœurs, ou encore humanitas. Imagine que tu doives inventer le nom d'une couleur que personne n'a jamais nommée. C'est ce travail que j'ai fait pour les idées. Et humanitas, ce mot, a donné bien plus tard l'« humanisme ». Une partie de la langue dans laquelle tu penses, tu me la dois un peu.
Inventer un mot pour une idée, c'est comme nommer une couleur que personne n'avait vue.
—Vous écriviez vos livres de philosophie quand vous étiez triste ?
Tu touches juste, mon enfant. La philosophie a été mon refuge dans le pire chagrin. J'avais une fille adorée, Tullia, et elle est morte jeune. J'étais brisé. Je me suis retiré dans ma villa préférée, à Tusculum, dans les collines au sud de Rome. Et là, pour ne pas sombrer, j'ai écrit les Tusculanes : cinq livres qui se demandent comment supporter la douleur, la peur, la mort. Écrire sur le chagrin, c'était ma façon de ne pas me noyer dedans. Les Romains avaient un mot, l'otium : le loisir consacré à l'étude. Ce loisir-là, ce jour-là, m'a sauvé la vie.
Écrire sur le chagrin était ma façon de ne pas me noyer dedans.

—Pourquoi vous avez continué à vous battre, même vieux, contre Antoine ?
Parce que je ne pouvais pas me taire, mon enfant. César venait d'être assassiné, et un homme puissant, Marc Antoine, menaçait à son tour la République que j'aimais tant. J'étais vieux, fatigué, et bien plus prudent aurait été de me retirer dans mes villas. Mais je me suis levé une dernière fois. J'ai prononcé quatorze discours brûlants contre lui, les Philippiques — je leur ai donné ce nom en pensant à un orateur grec, Démosthène, qui avait fait pareil des siècles avant moi. Je savais que c'était risqué. Mais à quoi sert une voix, si elle se tait au moment le plus important ?
À quoi sert une voix, si elle se tait au moment le plus important ?
—Et qu'est-ce qui vous est arrivé, à la fin ? C'est triste ?
Oui, c'est triste, mais tu es assez grand pour l'entendre, et je te le dirai avec douceur. Mes discours contre Antoine m'avaient désigné comme son ennemi. En 43 av. J.-C., ses partisans m'ont rattrapé près de ma villa de Formies, sur la côte. Là, ma vie s'est arrêtée. On raconte que mes mains et ma tête furent exposées sur la tribune du Forum, à l'endroit même d'où j'avais tant parlé. C'était cruel, je ne te le cache pas. Mais sais-tu ce qui a survécu ? Pas ceux qui m'ont fait taire — eux, on les a oubliés. Mes mots, eux, sont arrivés jusqu'à toi.
Ceux qui m'ont fait taire, on les a oubliés ; mes mots sont arrivés jusqu'à toi.
—Si on devait retenir une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Quelle belle question pour finir ! Retiens ceci : nous ne sommes pas faits seulement pour nous-mêmes. Dans un livre que j'ai écrit pour mon fils, De Officiis, « Des Devoirs », je lui expliquais que notre patrie et nos amis ont droit à une part de notre vie. Imagine ta vie comme un pain : tu en gardes un morceau pour toi, mais tu en partages aussi avec les autres. J'ai été orateur, consul, écrivain, exilé, et j'ai fini par mourir pour mes idées. Mais si tu apprends à bien parler, à défendre le juste et à penser par toi-même, alors une petite flamme de moi continue de brûler en toi.
Nous ne sommes pas faits seulement pour nous-mêmes.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Cicéron. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


