Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Eugène Delacroix

par Charactorium · Eugène Delacroix (1798 — 1863) · Arts visuels · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Place Furstenberg, un matin d'hiver de 1862. La lumière oblique tombe sur les toiles inachevées et le grand chevalet ; dans un coin, Jenny Le Guillou apporte un thé léger. Eugène Delacroix, redingote sombre et voix fatiguée par la toux, accepte de revenir sur quarante années de couleur et de tumulte.

On vous présente partout comme le chef de file du romantisme. Cette étiquette vous convient-elle ?

Elle me fait sourire, et parfois grincer. Voyez : j'ai usé mes yeux et mes genoux au Louvre, à copier Rubens et Véronèse, j'ai été nourri dans le grand respect de Raphaël. Et cependant on me range parmi les novateurs comme si j'avais incendié les musées ! Je le dis tel quel à mon ami Thoré : « Je suis un pur classique. J'ai été nourri dans le grand respect de Raphaël et des maîtres anciens. Et cependant on me range parmi les novateurs ! » On a fait de moi un porte-drapeau, un soufre que Ingres prétend sentir dès que j'entre dans une pièce. Mais une bataille de cocardes, Romantisme contre Académie des beaux-arts, ne m'intéresse guère. Ce qui m'occupe, c'est qu'une toile vive.

On a fait de moi un porte-drapeau, un soufre qu'Ingres prétend sentir dès que j'entre dans une pièce.

Cette rivalité avec Ingres, comment l'avez-vous vécue ?

Avec lassitude plus qu'avec haine, croyez-moi. On a colporté la scène d'un dîner où il serait sorti en réclamant qu'on ouvre les fenêtres, parce que cela sentait le soufre — entendez : moi. C'est piquant, et au fond presque flatteur. Mais nous défendons deux religions opposées : lui jure par le contour, par la ligne pure héritée de l'Académie, et moi je crois que la couleur n'attend pas que le dessin lui donne la permission de respirer. Sept fois j'ai frappé à la porte de l'Académie des beaux-arts avant qu'on me laisse entrer, en 1857. Sept refus ! On punit longtemps ceux qui dérangent l'ordre du Salon.

Revenons à juillet 1830. Vous souvenez-vous de l'élan qui vous a poussé à peindre la barricade ?

Comment l'oublier ? Les Trois Glorieuses venaient de jeter Charles X à terre, les pavés fumaient encore. Je n'avais pas pris de fusil — ma santé, mon caractère ne m'y portaient pas — mais une autre fièvre me tenait. J'écrivais à mon ami Soulier, en octobre 1830 : « J'ai commencé un sujet moderne, une barricade… et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle. » Voilà tout. Cette femme au bonnet phrygien qui enjambe les morts, brandissant le tricolore, n'est ni tout à fait une déesse ni tout à fait une fille du peuple : elle est les deux. La Liberté guidant le peuple fut ma manière à moi de monter sur la barricade.

Je n'avais pas pris de fusil, mais une autre fièvre me tenait : peindre pour la patrie à défaut de vaincre pour elle.

Que diriez-vous de l'accueil réservé à cette toile, jugée trop populaire par certains ?

On l'a regardée comme on regarde une émeute : avec un mélange de fascination et d'effroi. Une allégorie qui sent la poudre et la sueur, une Liberté aux pieds nus et aux aisselles découvertes, cela ne se faisait pas dans la peinture d'histoire bien élevée. L'État l'a achetée, puis l'a fait disparaître des cimaises, jugeant la barricade trop inflammable pour les murs d'un palais. On range volontiers les insurrections au grenier une fois la fièvre retombée. Mais une toile patiente : elle attend que les regards mûrissent. Je savais, en la peignant, que je ne peignais pas un fait divers, mais un cri qui durerait plus longtemps que moi.

En 1832, vous partez au Maroc. Qu'est-ce qui a changé en vous là-bas ?

Tout, et d'un seul coup. À Tanger, descendant du navire, la lumière m'a frappé comme une révélation : les blancs y sont éclatants, les ombres colorées, les haïks drapés comme des toges vivantes. À Meknès, j'ai assisté à l'audience du sultan Moulay Abd er-Rahman, et j'ai compris que l'antiquité que David cherchait dans les plâtres, je la voyais marcher dans la rue. Je notais dans mes carnets, ce mois de février : « Les Romains et les Grecs sont là, à ma porte. » J'ai noirci sept carnets de croquis et d'aquarelles, relevant la teinte exacte d'un burnous, d'un ciel. J'y ai puisé pendant trente ans.

L'antiquité que David cherchait dans les plâtres, je la voyais marcher dans les rues de Meknès.
Liberty Leading the People
Liberty Leading the PeopleWikimedia Commons, Public domain — Eugène Delacroix

Comment ce voyage a-t-il nourri vos tableaux orientalistes par la suite ?

Mes sept carnets sont devenus une réserve où je puisais comme dans un grenier de couleurs. Femmes d'Alger dans leur appartement est né de cette mémoire : une lumière tamisée, des étoffes, l'intimité d'un intérieur entrevu un instant et reconstitué dans mon atelier parisien. Ce que les amateurs nomment l'Orientalisme n'était pour moi ni un décor exotique ni une fantaisie : c'était une leçon de vérité optique. Là-bas, j'ai désappris les recettes de l'atelier. J'ai compris que l'ombre n'est jamais grise mais habitée de reflets, et que la couleur la plus juste naît du voisinage des autres. Une centaine de toiles sont sorties de ces quelques semaines.

Vous parlez de couleurs qui se renforcent l'une l'autre. D'où vous vient cette science ?

D'un hasard heureux, d'abord. Au Salon de 1824, mes Scènes des massacres de Scio attendaient l'accrochage quand j'aperçus, non loin, les paysages de l'Anglais Constable. L'éclat de ses verts m'a saisi : il les obtenait non d'un seul ton, mais d'une foule de petites touches juxtaposées. J'ai repris en quelques jours tout le fond de ma toile pour la faire vibrer. Plus tard, le chimiste Chevreul a donné un nom savant à ce que je sentais : le contraste simultané, deux complémentaires qui s'exaltent côte à côte. Ma palette est devenue un laboratoire. Je n'ai jamais cessé de croire qu'un tableau doit d'abord être, comme je l'ai écrit, « une fête pour l'œil ».

Chevreul a donné un nom savant à ce que je sentais déjà sous le pinceau.
French:  Le naufrage de Don Juan Shipwreck of Don Juanlabel QS:Lfr,"Le Naufrage de don Juan ou La Barque de don Juan"label QS:Len,"Shipwreck of Don Juan"
French: Le naufrage de Don Juan Shipwreck of Don Juanlabel QS:Lfr,"Le Naufrage de don Juan ou La Barque de don Juan"label QS:Len,"Shipwreck of Don Juan"Wikimedia Commons, Public domain — Eugène Delacroix

Vous a-t-on reproché cette audace de la couleur au détriment du dessin ?

Sans cesse. Pour l'Académie, le dessin est la probité de l'art et la couleur une parure suspecte, presque une coquetterie féminine. La Mort de Sardanapale, en 1827, a déchaîné les critiques : on a parlé d'orgie chromatique, de désordre, de violence. Mais le désordre apparent obéit à une loi. Quand je dispose un rouge contre un vert, ce n'est pas pour étourdir, c'est pour que chacun chante plus fort. Les tubes de peinture que l'on fabrique désormais m'ont d'ailleurs libéré : je porte mes couleurs partout, je travaille vite, tant que la sensation est fraîche. Le dessin tient la charpente, soit ; mais c'est la couleur qui fait battre le cœur.

Vous tenez un Journal depuis votre jeunesse. Pourquoi ce besoin d'écrire chaque jour ?

Parce que la main qui peint et la main qui écrit cherchent la même chose : ne rien laisser fuir. Depuis 1822, presque chaque soir, avant de me coucher, je consigne une idée sur la couleur, une querelle, une mélodie entendue. Ce Journal est mon confident le plus sûr — il connaît mes doutes, mes colères contre Ingres, mes émerveillements. J'y note aussi mes soirées : un récital donné chez Chopin, dont l'amitié m'est plus précieuse que bien des honneurs, ou la conversation de George Sand un après-midi à l'atelier. Quand la toux me cloue, ces pages me tiennent compagnie. Peut-être qu'un jour on y lira mieux ma pensée que dans mes tableaux.

La main qui peint et la main qui écrit cherchent la même chose : ne rien laisser fuir.

À quoi ressemble une de vos journées, ici, place Furstenberg ?

Réglée comme une partition, malgré la fatigue. Je me lève tôt pour saisir la lumière du matin ; Jenny, ma gouvernante, veille à ce que je ne saute pas mon maigre déjeuner — ma poitrine ne supporte plus les excès. L'après-midi appartient au travail, devant le grand chevalet, parfois jusqu'à l'épuisement. Si je dois peindre les anges de Saint-Sulpice, on me fait porter en voiture jusqu'à la chapelle : cette Lutte de Jacob avec l'Ange me coûte mes dernières forces, et je la sais comme un testament. Le soir, un concert, l'opéra, puis le Journal. Je me suis installé ici en 1857 pour vivre tout près de cette église — l'œuvre commande désormais jusqu'à mon adresse.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Eugène Delacroix. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.