Interview imaginaire avec Eugène Delacroix
par Charactorium · Eugène Delacroix (1798 — 1863) · Arts visuels · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, à peine douze ans, poussent la porte d'un atelier baigné de lumière, place Furstenberg. Au milieu des toiles et des carnets rapportés du Maroc, un homme élégant pose ses pinceaux et leur sourit. Eugène Delacroix accepte de répondre à toutes leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand vous avez peint la femme qui brandit le drapeau ?
Tu sais, j'avais 32 ans, en 1830. Pendant trois jours, le peuple de Paris s'était battu dans les rues contre le roi Charles X. On appelle ça les Trois Glorieuses. Les gens dressaient des barricades — imagine un gros tas de pavés, de tonneaux et de meubles entassés en travers de la rue pour bloquer les soldats. Moi, je n'avais pas pris de fusil. Mais j'ai voulu garder ce moment vivant. Alors j'ai peint une femme qui marche sur les pavés, le drapeau tricolore à la main. Elle n'existe pas vraiment : c'est la Liberté elle-même qui avance.
—Vous regrettiez de ne pas vous être battu dans la rue avec les autres ?
Un peu, oui. J'avais le cœur serré. D'autres avaient risqué leur vie, et moi je restais avec mes pinceaux. Mais en octobre 1830, j'ai écrit à mon ami Charles Soulier une phrase que je n'ai jamais oubliée : « J'ai commencé un sujet moderne, une barricade… et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle. » Tu comprends ? Chacun sert son pays à sa manière. Le soldat avec son courage. Le peintre avec sa toile. Mon arme à moi, c'était la couleur.
Chacun sert son pays à sa manière — mon arme à moi, c'était la couleur.
—C'est vrai qu'un autre peintre vous a fait tout repeindre votre tableau ?
Presque ! En 1824, j'exposais mes Scènes des massacres de Scio, une grande toile sur le malheur des Grecs. Juste à côté, on avait accroché les tableaux d'un Anglais, John Constable. Ses couleurs brillaient — imagine de l'herbe encore mouillée de rosée, en plein soleil. J'ai reçu un choc. Il me restait seulement quelques jours avant le Salon, la grande exposition où tout Paris venait juger les peintres. Tu sais ce que j'ai fait ? J'ai repris tout le fond de ma toile, en vitesse, pour le rendre plus lumineux. Un peintre ne doit jamais avoir honte d'apprendre des autres.
—Pour vous, c'était quoi le plus important dans un tableau ?
La couleur, mon enfant, toujours la couleur ! Dans mon Journal — ce carnet où je notais mes pensées le soir — j'ai écrit : « La première vertu d'un tableau est d'être une fête pour l'œil. » Une fête, tu imagines ? Avant même de comprendre l'histoire racontée, ton œil doit être heureux. J'avais remarqué une chose étonnante : deux couleurs voisines se réveillent l'une l'autre. Mets du rouge à côté du vert, et les deux semblent plus vifs. Un savant, Chevreul, appelait ça le contraste simultané. Moi, je le sentais d'instinct, rien qu'avec ma palette.
—C'est vrai que vous êtes parti très loin, jusqu'en Afrique ?
Oui ! En 1832, j'ai accompagné le comte de Mornay dans un grand voyage au Maroc. Pour moi, ce fut un éblouissement. Imagine : tu as vécu toute ta vie sous le ciel gris de Paris, et soudain la lumière t'inonde, si forte qu'elle fait chanter chaque couleur. Les vêtements rouges, les murs blancs, le bleu profond du ciel… À Tanger, puis à Meknès, j'ai même assisté à une audience du sultan. Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Ce voyage a changé ma peinture pour toujours.

—Vous rapportiez quoi de ces voyages, des souvenirs ?
Des trésors ! Je remplissais des petits carnets de croquis et d'aquarelles. Sept carnets, en tout. Dedans, je dessinais un visage, un costume, et j'écrivais à côté la couleur exacte que je voyais. C'était ma façon d'attraper la lumière avant qu'elle ne s'enfuie. De retour à Paris, pendant près de trente ans, j'ai rouvert ces carnets. À chaque fois, le Maroc revenait sous mes yeux. J'ai peint plus de cent tableaux grâce à eux. Tu vois, un carnet, c'est un peu une boîte où l'on enferme ses émotions pour plus tard.
—On dit que vous étiez le chef des peintres modernes. Vous étiez d'accord ?
Pas vraiment ! Ça me faisait même sourire. Un jour, j'ai écrit à un critique, Théophile Thoré : « Je suis un pur classique. » J'avais grandi dans l'admiration des vieux maîtres, Raphaël, Rubens. J'allais les copier au Louvre. Et pourtant, on me rangeait parmi les novateurs, ceux qui cassent les règles ! On appelait ça le romantisme : une peinture qui montre l'émotion, le mouvement, la passion, plutôt que des lignes bien sages. Moi, je voulais juste être libre. Les étiquettes, vois-tu, c'est fait pour les bouteilles, pas pour les peintres.
Les étiquettes, c'est fait pour les bouteilles, pas pour les peintres.
—C'est vrai que vous vous disputiez avec un autre peintre ?
Oh, Ingres ! Lui et moi, c'était le feu et l'eau. Il aimait le dessin net, les lignes parfaites. Moi, la couleur et le mouvement. Un soir, dans un dîner, notre dispute fut si vive qu'il sortit en criant : « Ouvrez les fenêtres, ça sent le soufre ! » Le soufre, tu sais, c'est l'odeur qu'on prêtait au diable. Il me traitait presque de démon de la peinture ! L'Académie des beaux-arts, qui défendait son camp, m'a refusé sept fois. Sept ! Je n'y suis entré qu'en 1857. Mais je n'ai jamais renoncé. La patience aussi, c'est un talent.

—C'était comment, chez vous, votre maison à la fin de votre vie ?
À partir de 1857, j'habitais un petit appartement avec un atelier et un jardin, place Furstenberg, au cœur de Paris. C'était calme et doux. J'étais souvent malade — j'avais la poitrine fragile, ce qu'on appelait alors la phtisie. Une femme veillait sur moi, ma fidèle gouvernante Jenny Le Guillou. Elle surveillait mes repas, simples et légers. Le matin, je me levais tôt pour profiter de la lumière. L'après-midi, je peignais avec une énergie fébrile, malgré la fatigue. Tu vois, même affaibli, je ne pouvais pas m'arrêter de peindre. C'était plus fort que la maladie.
Même affaibli, je ne pouvais pas m'arrêter de peindre.
—Vous aviez des amis célèbres ? Vous faisiez quoi le soir ?
Le soir, j'aimais sortir écouter de la musique. J'adorais l'opéra et les concerts. Mon plus cher ami était un musicien, Frédéric Chopin. Quand il jouait du piano pour moi seul, dans un salon, c'était… comme si la couleur devenait du son. Je fréquentais aussi l'écrivaine George Sand. On parlait d'art jusque tard dans la nuit. Puis, rentré chez moi, avant de dormir, j'ouvrais mon Journal et j'y notais mes pensées du jour. La peinture et la musique, vois-tu, sont deux sœurs. Toutes deux cherchent à toucher ton cœur sans avoir besoin de mots.
—Quel est le dernier grand tableau dont vous êtes le plus fier ?
Vers la fin, j'ai peint directement sur les murs d'une église, Saint-Sulpice, tout près de chez moi. Dans une petite chapelle, j'ai représenté La Lutte de Jacob avec l'Ange. C'est l'histoire d'un homme qui combat toute une nuit contre un ange, sans jamais renoncer. Tu devines pourquoi ce sujet me touchait tant ? Moi aussi, j'avais lutté toute ma vie — contre la maladie, contre les critiques, pour défendre ma manière de peindre. Cette œuvre, c'est un peu mon adieu, mon testament. J'y avais mis toute ma force restante, et tout ce que j'avais appris sur le mouvement et la couleur.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Eugène Delacroix. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

