Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jean-Baptiste Lamarck

par Charactorium · Jean-Baptiste Lamarck (1744 — 1829) · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, hiver 1827. Dans un appartement modeste collé au Jardin des Plantes, un vieil homme presque aveugle reçoit près de la fenêtre, une couverture sur les genoux et sa fille Cornélie assise non loin, la plume prête. Il fut le savant qui osa dire que rien dans le vivant ne reste immobile — et que la nature dispose de tout le temps du monde.

On vous connaissait comme un botaniste estimé. Comment avez-vous fini par étudier les vers et les insectes ?

À cinquante ans passés, voyez-vous, on ne s'attend plus guère à recommencer sa vie. J'avais bâti ma réputation sur la Flore française, en 1778 — un ouvrage que le comte de Buffon avait soutenu, et qui m'ouvrit les portes de l'Académie. J'étais l'homme des plantes, des herbiers pressés, des clés de détermination. Et voilà qu'on me confie, au tout jeune Muséum, la chaire des animaux les plus humbles : les insectes, les vers, ces bêtes que personne ne daignait classer. Un domaine que je ne connaissais, je l'avoue, presque pas. J'aurais pu décliner. J'ai préféré y voir un continent vierge. Trente années plus tard, ces créatures méprisées m'auront appris davantage sur la vie que toutes les fleurs de ma jeunesse.

On me confia les bêtes que personne ne daignait classer — j'y vis un continent vierge.

Vous avez forgé le mot « invertébrés ». Pourquoi vouloir nommer ainsi tout un pan du règne animal ?

Parce qu'un mot mal choisi enchaîne la pensée. On parlait jadis d'animaux « inférieurs », comme si la nature s'excusait de les avoir produits. Or il n'y a rien d'inférieur dans une coquille de mollusque, que je tenais entre mes doigts au Muséum et comparais sans relâche à ses cousines fossiles. Ces bêtes manquent seulement d'une colonne vertébrale : voilà le fait, sans jugement. J'ai donc dit invertébrés, et rangé là tout ce peuple immense. Mon Système des animaux sans vertèbres, en 1801, fut ma première tentative de leur donner un ordre digne d'eux. Nommer juste, c'est déjà voir juste : tant qu'on méprise une créature, on s'interdit de la comprendre.

Vous affirmez que les espèces ne sont pas fixes. Qu'est-ce qui vous a conduit à une idée si contraire à votre temps ?

Les coquillages, encore eux. À force d'aligner les espèces vivantes et leurs aïeules fossiles, j'ai vu des séries, des passages, des formes qui glissent insensiblement de l'une à l'autre. Le fixisme, cette doctrine qui veut que chaque espèce soit née telle quelle et le demeure à jamais, ne tenait plus devant mes bocaux. Dans ma Philosophie zoologique, en 1809, je l'ai écrit sans détour : « quand les circonstances deviennent très différentes, elles amènent, avec le temps, des changements proportionnels dans la forme et l'organisation des animaux ». Le milieu façonne le vivant, lentement, comme l'eau creuse la pierre. On a nommé cela transformisme. Moi, je n'ai fait que regarder ce que la nature montrait à qui veut bien la suivre.

Le milieu façonne le vivant, lentement, comme l'eau creuse la pierre.

Votre loi de l'usage et du non-usage a beaucoup fait parler. Comment la résumeriez-vous à un profane ?

Simplement : un organe dont on se sert se fortifie, un organe délaissé s'étiole et finit par disparaître. La bête qui tend sans cesse son cou vers les hautes feuilles l'allonge un peu, et lègue à sa descendance ce qu'elle a gagné — ce sont les caractères acquis. On a beaucoup raillé ma girafe, je le sais. Mon collègue Cuvier, si puissant, si sûr de l'immuabilité des espèces, n'a jamais voulu y entendre quoi que ce soit. Mais je maintiens que la vie répond à ses conditions, qu'elle s'ajuste, qu'elle travaille sa propre matière. Que je me sois trompé sur les rouages, c'est possible ; sur le principe — que les formes vivantes ont une histoire — je suis tranquille.

On vous attribue l'invention du mot « biologie ». Que vouliez-vous désigner par là ?

Il manquait un nom à une chose immense. La botanique étudiait les plantes, la zoologie les bêtes — mais qui étudiait la vie elle-même, ce phénomène commun à tout ce qui respire, croît et se reproduit ? J'ai proposé biologie, en 1802, dans mon Hydrogéologie. J'ai appris plus tard qu'un naturaliste d'Allemagne, Treviranus, avait eu la même idée presque au même moment, sans que nous nous fussions concertés — preuve que le mot était mûr, qu'il flottait dans l'air du siècle. Pour moi, la vie n'a rien de surnaturel : c'est un fait physique, soumis comme tout le reste à des lois qu'on peut chercher. Donner un nom à cette science, c'était affirmer qu'elle pouvait exister.

Jean Baptiste Pierre Antoine de Monet Lamarck (detail). Stip
Jean Baptiste Pierre Antoine de Monet Lamarck (detail). StipWikimedia Commons, CC BY 4.0 — Inconnu

Vous défendiez aussi l'idée d'une Terre extraordinairement ancienne. N'était-ce pas une audace, à votre époque ?

Une audace, et presque un scandale. On comptait alors l'âge du monde en quelques milliers d'années, d'après les Écritures. Or mes transformations d'espèces, mes lentes érosions, exigeaient un tout autre théâtre : des durées sans commune mesure avec une vie d'homme. Dans mon Hydrogéologie, j'ai osé l'écrire : « Le temps n'a point de limites pour la nature ; c'est l'homme seul qui en éprouve la nécessité, parce que sa durée est bornée. » L'eau, goutte à goutte, refait la face de la Terre ; il lui faut des millions d'années, et elle les a. Bien après moi, des géologues comme Lyell rendront cette pensée respectable. De mon vivant, on me prenait surtout pour un rêveur.

Le temps n'a point de limites pour la nature ; c'est l'homme seul qui en éprouve la nécessité.

Vous souvenez-vous de l'accueil que l'Empereur réserva à l'un de vos ouvrages ?

Je m'en souviendrai jusqu'à mon dernier souffle. C'était en 1809. J'avais fait remettre à Napoléon mon Tableau encyclopédique et méthodique, espérant un mot, un encouragement, quelque marque que mes travaux comptaient pour la nation. L'Empereur prit le volume, le feuilleta à peine, et me lança devant la cour : « C'est votre vieillesse que je plains. » Il croyait sans doute recevoir un ouvrage de circonstance, non une œuvre de science. Je vous l'avoue sans honte : je fondis en larmes, là, devant tout ce monde. Lui ne voyait de grandeur que dans les sciences qui servent les canons et les manufactures. La patiente classification des vers ne pesait rien dans sa balance.

Statue of Jean-Baptiste Lamarck by Léon Fagel high relief
Statue of Jean-Baptiste Lamarck by Léon Fagel high reliefWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Joseolgon

Le pouvoir, sous le Consulat puis l'Empire, vous a-t-il semblé hostile à votre genre de recherche ?

Indifférent, plutôt qu'hostile — ce qui revient au même pour un savant sans fortune. Depuis le 18 Brumaire et l'avènement de Bonaparte, on attendait des sciences qu'elles fussent utiles, immédiatement, palpables : la chimie pour la poudre, la mécanique pour les ponts et les armées. Une zoologie qui interroge l'origine des formes, qui parle de millions d'années et de transformation des espèces, passait pour de la spéculation, presque un luxe oisif. J'enseignais pourtant gratuitement au Muséum, ouvert à tous, persuadé que comprendre le vivant valait bien comprendre la balistique. Mais le siècle voulait des résultats, non des principes. J'ai poursuivi mon chemin dans cette tiédeur, sachant qu'on ne me lirait vraiment, peut-être, que longtemps après moi.

Vos dernières années furent marquées par la cécité. Comment continuez-vous à travailler ?

Mes yeux m'ont quitté pour de bon vers 1818, et avec eux l'usage des microscopes et des loupes qui furent mes outils de toujours. Croyez-moi, c'est une chose étrange pour un homme qui a passé sa vie à regarder — des coquilles, des herbiers, des bêtes minuscules — que de finir dans le noir. Mais l'esprit, lui, voit encore. Ma fille Cornélie est devenue mes yeux et ma main : elle me fait la lecture, je lui dicte, elle retranscrit mes réflexions sur le vivant que je porte toujours en moi. La plume d'oie, c'est elle qui la tient désormais. Sans cette enfant fidèle, mon Histoire naturelle des animaux sans vertèbres serait restée inachevée dans ma tête.

Vous vivez modestement, presque dans le dénuement. Que diriez-vous à ceux qui vous liront dans un siècle ?

Que la reconnaissance arrive souvent quand on n'est plus là pour la goûter. Je sais bien comment cela finira : mes maigres biens vendus, mes dettes à peine couvertes, et sans doute une fosse commune pour ce chevalier de Lamarck qui prétendit réécrire l'histoire de la vie. Soit. Je ne me plains pas d'avoir eu raison trop tôt. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans cent ans, je dirais ceci : ne confondez jamais le silence de vos contemporains avec une réfutation. La nature ne se presse pas, je l'ai assez répété ; les idées justes non plus. Qu'on me corrige, qu'on me dépasse — je le souhaite. Mais qu'on n'oublie pas que c'est moi, le premier, qui ai dit que les espèces ont une histoire.

Ne confondez jamais le silence de vos contemporains avec une réfutation.
Voir la fiche complète de Jean-Baptiste Lamarck

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean-Baptiste Lamarck. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.