Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Laskarina Bouboulina

par Charactorium · Laskarina Bouboulina (1771 — 1825) · Militaire · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Spetses, un soir d'automne 1824. Dans l'archontiko de pierre qui domine le port, une femme aux yeux durs nous reçoit, ses pistolets encore posés sur la table parmi des cartes marines et des lettres scellées. Au loin, sa flotte oscille sur les eaux du golfe Saronique ; elle accepte de parler, à voix basse, comme on confie un secret de guerre.

On dit que votre vie a commencé dans des conditions extraordinaires. Où êtes-vous née ?

Dans une prison de Constantinople, en 1771. Ma mère était venue visiter mon père, un capitaine grec que les Ottomans tenaient enfermé, et c'est entre ces murs humides que j'ai poussé mon premier cri. On me l'a raconté tant de fois que je crois parfois m'en souvenir : l'odeur de la pierre froide, les verrous, la voix des gardes turcs. Quand on naît derrière des barreaux qu'un autre peuple a dressés sur le vôtre, on n'apprend pas la haine, on l'a déjà dans le sang à la naissance. Je n'ai jamais eu besoin qu'on m'explique pourquoi les Grecs devaient se lever. Je le savais avant de savoir marcher. Cette prison fut mon premier berceau et mon premier ennemi.

Quand on naît derrière des barreaux qu'un autre peuple a dressés sur le vôtre, on a déjà la haine dans le sang.

Comment avez-vous réuni l'argent pour armer un navire de guerre ?

Mes maris m'ont laissé deux fortunes et une flotte ; les Ottomans ont voulu me dépouiller du reste ; moi, j'ai choisi de tout brûler dans la même flamme. En 1820, j'ai fait construire l'Agamemnon, la plus puissante corvette que Spetses ait jamais vue, et pour la payer j'ai vendu mes bijoux — ces ors hérités, ces colliers de veuve riche que les femmes gardent pour paraître. À quoi bon briller à un bal quand on peut armer des canons ? J'ai préféré voir mon or fondu en boulets plutôt qu'autour de mon cou. Les notables de l'île me croyaient folle de jeter ma fortune à la mer. Mais cette corvette, elle, ne m'a jamais trahie. Elle portait mon nom de guerre mieux que mes bagues n'auraient porté ma vanité.

J'ai préféré voir mon or fondu en boulets plutôt qu'autour de mon cou.

Que représentait pour vous cette corvette, l'Agamemnon, au-delà d'un simple navire ?

C'était mon château et mon poing. Du pont de l'Agamemnon, longue-vue à la main, je voyais tout : les voiles ottomanes qui pointaient à l'horizon, les manœuvres de ma propre escadre, le port de Spetses qui rapetissait derrière moi. Un armateur qui ne monte pas sur ses bateaux n'est qu'un marchand ; moi, je commandais en personne, et mes capitaines le savaient. Ce navire, je l'avais voulu plus grand, plus armé, plus rapide que tous les autres de l'île, parce qu'une révolution ne se gagne pas avec des barques de pêcheurs. Quand je posais la main sur son bois, je sentais l'argent de mes deux veuvages, la sueur du chantier familial, et ma propre obstination. L'Agamemnon n'était pas à moi. J'étais à lui.

Un armateur qui ne monte pas sur ses bateaux n'est qu'un marchand.

Vous souvenez-vous du jour où vous avez hissé le drapeau de la révolte ?

Le 13 mars 1821. Le soulèvement n'était pas encore déclaré — les prudents attendaient, les sages calculaient, les diplomates pesaient les mots — et moi, sur mes navires à Spetses, j'ai fait monter le drapeau de l'insurrection. Plusieurs semaines avant que la Grèce n'ose dire tout haut qu'elle se levait. On m'aurait pendue pour moins que cela. Mais à mon âge, après une naissance en prison et deux maris ensevelis sous la mer, je ne craignais plus grand-chose qu'une vie passée à courber l'échine. Hisser ce drapeau, ce n'était pas un calcul, c'était un cri. J'ai voulu que mes îles voient, avant tout le monde, qu'une femme n'avait pas attendu la permission des hommes pour appeler son peuple aux armes.

Je ne craignais plus grand-chose qu'une vie passée à courber l'échine.

Comment menait-on, concrètement, un blocus naval contre les forteresses ottomanes ?

On étrangle, lentement. À la tête de mon escadre, en 1821, j'ai fermé les côtes du Péloponnèse comme on serre une corde autour d'un cou : plus rien n'entre, plus rien ne sort, ni vivres, ni renforts, ni espoir. Les Turcs enfermés dans leurs places fortes voyaient nos voiles tourner au large, jour après jour, sans pouvoir les chasser. C'est un combat de patience autant que de poudre. À Nauplie, j'ai tenu le blocus avec les autres capitaines, sachant qu'une forteresse affamée tombe plus sûrement qu'une forteresse bombardée. Les marins m'appelaient kapetánissa, la femme-capitaine, et ce mot-là, je l'ai porté avec plus de fierté qu'aucun titre. Car il fallait qu'on le forge exprès pour moi : la langue elle-même n'avait pas prévu qu'une femme commande des navires de guerre.

Il fallait qu'on forge un mot exprès pour moi : la langue n'avait pas prévu qu'une femme commande des navires de guerre.
Laskarina Bouboulina (Nauplio)
Laskarina Bouboulina (Nauplio)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Smatxi

On raconte que vous combattiez vous-même, les armes à la main. Qu'y a-t-il de vrai dans ces récits ?

Les récits brodent, je le sais, et je laisse faire — un peu de légende ne nuit jamais à une cause. Mais oui, je portais mes pistolets à silex à la ceinture, et ce n'était pas pour l'ornement. Devant Nauplie, on m'a vue débarquer, descendre parmi mes hommes, leur crier de tenir bon quand leur courage flanchait. Un commandant qui reste à l'abri pendant que ses marins meurent ne mérite ni leur obéissance ni leur amour. Alors je marchais avec eux. Que les conteurs grossissent l'affaire, qu'ils me peignent pistolet au poing menant l'assaut, soit : si cette image fait se lever d'autres Grecs, elle vaut mieux que la vérité tiède. Une révolution a besoin de récits autant que de boulets. J'ai donné les deux.

Une révolution a besoin de récits autant que de boulets. J'ai donné les deux.

Vous avez été admise dans la Filiki Eteria. Qu'est-ce que cela signifiait pour une femme de votre temps ?

La Filiki Eteria, la Société des Amis, était l'ombre dans laquelle se préparait la révolution. Une confrérie d'hommes, de serments, de signes secrets — et l'on m'y a admise, moi, la seule femme à franchir cette porte. On ne m'a pas ouverte par galanterie, croyez-le bien : on m'a ouverte parce que j'avais des navires, de l'or, et des réseaux d'un bout à l'autre de la mer Égée. Le soir, dans cette maison de Spetses, je recevais des capitaines et des initiés ; sous les discussions banales se cachaient des plans d'insurrection. J'ai mis ma fortune et ma flotte au service de cette cause clandestine avant qu'elle n'ose paraître au grand jour. Les hommes acceptent une femme dans leurs secrets quand elle leur apporte ce qu'eux-mêmes n'ont pas.

On ne m'a pas ouvert leurs secrets par galanterie : on me les a ouverts parce que j'avais des navires et de l'or.
Laskarina Bouboulina
Laskarina BouboulinaWikimedia Commons, CC0 — Donald1972

Pourquoi engager toute votre fortune dans une entreprise aussi incertaine ?

Parce que l'or qu'on garde dans un coffre d'armateur ne sert qu'à enrichir ses héritiers, et que je voulais enrichir mon peuple d'autre chose : la liberté. Entre 1821 et 1822, j'ai payé l'armement, la solde des marins, l'approvisionnement des troupes — j'ai été l'une des plus grandes donatrices de cette guerre, et je le dis sans modestie car la modestie n'a jamais armé un seul navire. Beaucoup de notables gardaient leurs bourses fermées en attendant de voir de quel côté tournerait le vent. Moi, j'ai préféré tout risquer maintenant que tout regretter plus tard. Une fortune sans cause est un poids mort. J'aurais pu mourir riche et soumise ; j'ai choisi de me ruiner libre. C'est le seul placement dont je n'aie jamais douté.

J'aurais pu mourir riche et soumise ; j'ai choisi de me ruiner libre.

À la prise de Tripolitsa, on dit que vous avez protégé des civils ennemis. Qu'est-il arrivé ?

Tripolitsa, octobre 1821. La ville prise, le sang appelant le sang, nos hommes ivres de vengeance après des siècles d'humiliation. Et au milieu de ce déchaînement, les femmes et les enfants du harem du gouverneur, tremblants, condamnés au massacre pour le seul crime d'être nés du mauvais côté. Je me suis interposée. J'ai mis mon corps et mon nom entre eux et les sabres. On m'a regardée comme si j'étais folle : pourquoi sauver l'ennemi ? Mais j'avais juré de combattre l'oppression, pas de la copier en l'inversant. Égorger des enfants ne rend pas une nation libre, cela la souille. J'ai haï les Ottomans toute ma vie ; cela ne m'autorisait pas à devenir ce que je leur reprochais. Ce jour-là, j'ai défendu ma cause mieux qu'en aucune bataille.

J'avais juré de combattre l'oppression, pas de la copier en l'inversant.

Cette compassion envers l'ennemi, vos compagnons d'armes l'ont-ils comprise ?

Peu, sur le moment. Pour beaucoup, un raïa qui s'est tu pendant trois siècles a le droit de tout brûler le jour où il se relève. Je comprends cette fureur — je suis née en prison à cause de ces gens-là, ne l'oubliez pas. Mais commander, ce n'est pas seulement mener des navires, c'est tenir une ligne en soi-même quand tout pousse à la franchir. À Tripolitsa, j'ai vu des hommes que j'estimais perdre leur âme dans le sac de la ville. Je n'ai pas pu les arrêter tous ; j'ai sauvé ceux que mes deux mains pouvaient couvrir. On se souviendra peut-être de mes blocus et de mon Agamemnon, mais si quelque chose de moi mérite de durer, ce sont ces femmes et ces enfants que j'ai arrachés au couteau.

Commander, ce n'est pas mener des navires, c'est tenir une ligne en soi-même quand tout pousse à la franchir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Laskarina Bouboulina. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.