Interview imaginaire avec Laskarina Bouboulina
par Charactorium · Laskarina Bouboulina (1771 — 1825) · Militaire · 5 min de lecture
C'est dans l'archontiko de Spetses, par une fin d'après-midi de l'été 1824, que Thomas Gordon retrouve Laskarína Bouboulína, sur la terrasse dominant le port où mouillent encore ses bricks. La lumière dorée tombe sur les pistolets glissés à sa ceinture et sur une longue-vue posée près d'une carafe de vin de l'île. Le philhellène la connaît depuis les premières heures de l'insurrection, l'ayant vue à l'œuvre dans les blocus du Péloponnèse ; il vient ce jour-là recueillir, pour son histoire de la révolution, le récit qu'elle ne confie à personne. Au loin, le grincement des cordages couvre par moments leurs voix.
—Laskarína, toi qui m'as reçu ici l'an passé, raconte-moi ce que ta mère disait de ta naissance — dans une geôle d'Istanbul, à ce que l'on m'a rapporté ?
Tu as bien entendu, mon ami Gordon. Je suis venue au monde en 1771 entre les murs d'une prison de Constantinople, où ma mère était allée visiter mon père, capitaine grec que les Turcs tenaient enfermé. On ne choisit pas son premier décor, mais je crois qu'il m'a marquée au fer : j'ai respiré l'air des oppresseurs avant celui de la mer. Toi qui as vu mes colères, tu comprends d'où vient cette part de moi qui ne plie jamais. Une enfant née derrière des barreaux ottomans ne pouvait que rêver de briser des chaînes. Le reste de ma vie n'a fait qu'achever ce que cette cellule avait commencé.
J'ai respiré l'air des oppresseurs avant celui de la mer.
—On murmure que tu as vendu tes bijoux pour bâtir l'Agamemnon. Est-il vrai, Kapetánissa, qu'une femme paya de sa main le plus fort navire de Spetses ?
C'est vrai, et je ne le cache pas. En 1820, j'ai puisé dans la fortune que mes deux maris m'avaient laissée, puis j'ai vendu mes ors et mes parures pour armer l'Agamemnon. On me disait folle de couler tant de richesse dans une coque de guerre. Mais à quoi sert l'or d'une veuve, sinon à porter des canons ? J'en ai pris le commandement moi-même, depuis le pont, la longue-vue à la main. Tu l'as écrit toi-même, je crois : une veuve de grande fortune et de grande résolution. La résolution coûte plus cher que les bijoux, et je l'ai payée sans regret.
À quoi sert l'or d'une veuve, sinon à porter des canons ?
—Je me souviens des récits de ce mois de mars : tu aurais hissé le drapeau de la révolte avant les autres. Qu'avais-tu en tête ce jour-là, Laskarína ?
Le 13 mars 1821, j'ai dressé l'étendard de l'insurrection sur mes navires, ici même, dans ce port que tu vois. Les chefs hésitaient encore, ils attendaient le signal, les présages, l'heure favorable. Moi, je n'attendais plus rien : j'avais assez attendu depuis ma naissance. Tu sais comme moi qu'un blocus ne se décrète pas dans les salons — il se tient sur l'eau, par le vent et la patience. Quand mes escadres ont coupé le ravitaillement des forteresses du Péloponnèse, j'ai compris que la liberté n'était plus une parole, mais une manœuvre. J'ai préféré être la première en danger plutôt que la dernière en sûreté.
J'ai préféré être la première en danger plutôt que la dernière en sûreté.
—Toi qui connais les portes fermées de la Filiki Eteria, comment une femme seule fut-elle admise dans cette confrérie d'hommes liés par le secret ?
Ils m'ont reçue en 1820, et oui, je fus la seule femme à franchir ce seuil. Crois bien que ce ne fut pas par galanterie. J'avais les navires, j'avais l'or, j'avais les réseaux d'armatrice qui couraient de Marseille à Constantinople : un conspirateur ne refuse pas pareilles clés. Le soir, dans cette maison, je réunissais capitaines et initiés autour de la table que tu connais, et nous parlions à voix basse de ce qui se préparait. On m'appelait Kapetánissa — femme capitaine — et ce mot pesait plus lourd qu'un titre de cour. Dans un monde d'hommes, j'ai pris ma place non parce qu'on me l'a offerte, mais parce que je l'ai armée.
J'ai pris ma place non parce qu'on me l'a offerte, mais parce que je l'ai armée.
—On rapporte une chose étrange sur Tripolitsa : qu'au milieu du sac, tu aurais protégé les femmes du harem ottoman. Pourquoi sauver l'ennemie, Laskarína ?
Ce que l'on te rapporte est exact. À la prise de Tripolitsa, en 1821, la ville se noyait dans le sang et la furie. Mes hommes voyaient des Turques et des enfants ; moi je voyais des femmes et des enfants. Je me suis interposée pour les arracher au massacre du sérail. On me jugea sévère contre les Ottomans sur mer, et l'on disait vrai : je leur ai fait une guerre sans merci. Mais une chose est de combattre des canons, une autre d'égorger des mères. La haine que je porte à l'oppresseur ne descend pas jusque-là. Une cause juste se déshonore quand elle frappe les sans-armes.
Une chose est de combattre des canons, une autre d'égorger des mères.

—Quand je t'ai vue commander depuis le pont, Kapetánissa, tes capitaines obéissaient sans broncher. Comment une armatrice se fait-elle écouter d'équipages d'hommes rudes ?
Ils n'obéissaient pas à une femme, Gordon ; ils obéissaient à celle qui payait leur solde, ravitaillait leurs ventres et connaissait la mer mieux qu'eux. J'ai appris le métier d'armateur dès mon premier mariage, en 1788, et je n'ai cessé de l'apprendre auprès des chantiers et des cartes. Sur l'Agamemnon, je lisais le vent et les côtes de l'Égée comme d'autres lisent un livre de prières. Un homme suit qui sait où mener le navire et d'où vient le ravitaillement. Mon autorité ne tenait pas à ma voix, mais à mon coffre et à ma longue-vue. La mer ne demande pas si l'on porte une robe — elle demande si l'on tient le cap.
La mer ne demande pas si l'on porte une robe — elle demande si l'on tient le cap.
—Le siège de Nauplie dure encore. On dit t'avoir vue, pistolet au poing, descendre à terre. Qu'y a-t-il de vrai dans ces récits, Laskarína ?
Les récits enflent toujours, tu le sais mieux que personne, toi qui dois trier le vrai du brodé pour ton histoire. À Nauplie, dès 1822, j'ai mené le blocus naval, tenu mes escadres devant la place forte, étranglé son ravitaillement par la mer. Suis-je descendue à terre, pistolet à la ceinture, pour pousser mes marins ? J'ai porté ces pistolets toute ma vie, et je ne les portais pas pour l'ornement. Laissons la légende garder sa part — elle sert la cause autant qu'un canon. Mais retiens ceci : à Nauplie, je n'ai pas regardé le siège depuis ma fenêtre, j'étais sur l'eau, au plus près du danger.
Laissons la légende garder sa part — elle sert la cause autant qu'un canon.

—Te voilà reléguée à Spetses cette année, écartée pour tes liens avec les Kolokotrónis. Comment vis-tu, Laskarína, que les tiens te traitent ainsi ?
Tu touches là une plaie, mon ami. Avoir donné mes navires, mon or et mes nuits à cette révolution, pour être aujourd'hui mise à l'écart à cause de mes alliances — voilà une blessure que l'ennemi turc ne m'a jamais infligée. Les querelles entre Grecs me coûtent plus que les canons ottomans. Je suis née dans une prison de l'oppresseur, et me voici prisonnière des divisions des miens. Pourtant je ne regrette rien : on ne reprend pas l'or qu'on a versé, ni le sang qu'on a risqué. Cette île m'a vue armer une flotte ; elle me verra vieillir sans courber l'échine. Le plus dur, vois-tu, n'est pas de combattre l'étranger — c'est de survivre aux siens.
Les querelles entre Grecs me coûtent plus que les canons ottomans.
—Dans ces réunions du soir où tu m'as parfois convié, Laskarína, que pesait une voix de femme face aux capitaines et aux notables de l'île ?
Tu as vu ces soirées, dans la grande salle où nous baissions la voix dès que la porte se fermait. Crois-tu qu'on m'écoutait par politesse ? Une parole pèse ce que pèse celui qui la porte. J'apportais des navires, des fonds et des renseignements venus de mes agents de Constantinople : cela donne du poids à une voix, fût-elle de femme. Les notables qui m'auraient ignorée au marché m'écoutaient à cette table, car la révolution ne se nourrit pas de courbettes mais de moyens. J'ai parlé d'égale à égaux non par faveur, mais parce que sans mes bricks leurs discours restaient des discours. Le secret rend les hommes plus justes : dans l'ombre, on ne juge que l'utilité.
La révolution ne se nourrit pas de courbettes mais de moyens.
—Pour finir, Laskarína : si je dois écrire un jour qui tu fus, quel trait veux-tu que je retienne au-delà des combats et des blocus ?
Écris ce que tu as vu de tes yeux, Gordon, non ce que les chants embelliront. Retiens que j'ai armé des navires de ma main, mené des blocus, hissé un drapeau avant les autres — mais retiens aussi qu'à Tripolitsa j'ai retenu le bras de mes propres soldats. Une héroïne qui ne sait que tuer n'est qu'une arme de plus ; je voulais être davantage. J'ai haï l'oppression sans haïr les faibles, et c'est là, je crois, le seul ornement dont je sois fière. Le reste — les corvettes, l'or, les titres — la mer et le temps l'effaceront. Mais qu'une femme ait pu être à la fois capitaine et juste, voilà ce que je te confie pour ta plume.
Une héroïne qui ne sait que tuer n'est qu'une arme de plus.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Laskarina Bouboulina. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



