Interview imaginaire avec Ramsès II
par Charactorium · Ramsès II (1302 av. J.-C. — 1212 av. J.-C.) · Politique · 5 min de lecture
Pi-Ramsès, dans le delta oriental, à l'heure où les scribes allument les lampes et où le fleuve vire au cuivre. Le vieux pharaon, le dos voûté mais l'œil encore vif, reçoit dans une salle où ses propres colosses montent la garde. Il accepte de parler de ses guerres, de ses pierres et de son interminable règne.
—Que s'est-il réellement passé le jour où vous vous êtes retrouvé presque seul devant les Hittites ?
L'Oronte coulait derrière moi, et mes régiments d'Amon et de Rê s'étaient laissé disperser comme grains dans le vent. Les chars de Muwatalli surgirent du flanc, et je me retrouvai presque seul, mon khépesh dressé contre une marée d'ennemis. J'ai appelé mon père Amon, comme un fils appelle dans la nuit, et ma main n'a plus tremblé. Sur les murs d'Abou Simbel, j'ai fait graver ce que virent mes scribes : « Sa Majesté se lança au galop et pénétra dans la masse des ennemis hittites, elle était seule, nul autre n'était avec elle. » L'an cinq de mon règne m'a enseigné qu'un roi ne se mesure pas au nombre de ses lances, mais à ce qu'il fait quand toutes l'ont abandonné.
—Pourquoi avoir fait graver cette bataille sur tant de murs, d'un bout à l'autre de l'Égypte ?
Mon char était léger, deux roues, deux chevaux que j'avais nommés moi-même — ils ont tenu quand les hommes ont fui. Je n'étais pas dupe : la bataille de Qadesh ne fut pas la victoire écrasante que j'ai fait chanter sur la pierre. Mais le récit, lui, devait vaincre. J'ai fait inciser le Poème de Pentaour à Karnak, à Louxor, à Abydos, jusqu'au fond de la Nubie, partout où un regard pouvait se lever. Mes scribes notèrent que j'étais « entourée de deux mille cinq cents chars » — et c'est ce chiffre, plus que le terrain, qui a découragé l'idée même de m'attaquer. Le khépesh tranche une fois ; un poème gravé tranche pour mille ans.
Le khépesh tranche une fois ; un poème gravé tranche pour mille ans.
—Comment en êtes-vous venu à signer la paix avec un ennemi que vous aviez combattu si longtemps ?
Seize ans après l'Oronte, j'ai compris qu'aucune des deux Grandes Maisons ne plierait l'autre. Hattushili III régnait désormais sur les Hittites, et nous étions deux vieillards las de compter nos morts. Nous avons fait graver notre accord en akkadien, la langue des rois, sur des tablettes d'argent — non sur le grès qui s'effrite, mais sur le métal qui dure. « Ramsès, grand roi d'Égypte, et Hattushili, grand roi du pays des Hittites, ont conclu un traité d'alliance éternelle. » C'était l'an vingt et un de mon règne. Alliance défensive, retour des fugitifs, secours mutuel : la première fois, je crois, que deux empires choisissaient l'encre plutôt que le sang.
—Vous avez ensuite épousé une princesse hittite. Que représentait cette alliance par le mariage ?
L'argent grave, mais c'est la chair qui scelle. Quelques années après le traité, Hattushili m'envoya sa fille à travers les montagnes et les déserts, escortée comme un trésor d'État. Je la pris pour grande épouse royale et lui donnai un nom d'Égypte, car une princesse du pays des Hittites devenait ainsi fille du Nil. Le soir, dans mes appartements, mes scribes me lisaient les lettres venues d'Assyrie, du Mitanni, de partout — et celle-là valait toutes les campagnes. On a écrit jusqu'à Ugarit que je réclamais « une amitié, une paix et une fraternité pour toujours ». Un mariage ne coûte ni char ni grenier vidé, et il lie deux trônes mieux qu'aucun serment.
—Qu'est-ce qui vous a poussé à tailler des temples entiers dans la falaise de Nubie ?
En Nubie, le grès de la falaise attendait depuis l'aube du monde qu'on lui donnât un visage. J'ai voulu que ce fût le mien. Quatre colosses hauts comme dix hommes dressés l'un sur l'autre, assis face au levant, pour que le soleil en personne vînt me saluer au fond du sanctuaire. J'ai fait écrire : « J'ai bâti pour toi une demeure taillée dans la montagne de Nubie... Mes statues y sont debout comme des montagnes, pour l'éternité. » Ce n'était pas que piété envers Amon, Rê et Ptah : un voyageur venu du sud, levant les yeux sur ces géants, comprenait sans un mot qui régnait sur le fleuve. La pierre parle aux illettrés mieux qu'aucun héraut.
La pierre parle aux illettrés mieux qu'aucun héraut.
—Vous avez aussi élevé un temple à votre épouse Néfertari, chose rare pour une reine. Pourquoi ?
À côté du grand temple, j'en ai creusé un second, plus petit, pour Néfertari, mon aimée. Chose rare : sur la façade, ses colosses se dressent à la même taille que les miens, et j'ai fait inscrire que c'était pour elle que le soleil se levait. Une reine élevée presque au rang d'une déesse vivante — la Nubie, ce pays de Koush riche d'or, devait voir que la maison de Ramsès était grande jusqu'en ses femmes. Gouverner les marches lointaines, ce n'est pas seulement y poster des garnisons ; c'est y planter des dieux qui portent ton nom et celui de ton épouse, pour que l'or remonte le Nil sans qu'on ait à lever la lance.
—On vous reproche d'avoir gravé votre nom sur les monuments de vos prédécesseurs. Qu'avez-vous à répondre ?
Je le sais, et je ne m'en cache pas. Un nom gravé dans la pierre est une corde sans fin qui retient le souverain dans l'existence ; effacer le nom, c'est tuer une seconde fois. Alors j'ai fait tailler mes cartouches profond, si profond qu'aucun ciseau d'usurpateur ne pourrait les ôter après moi — leçon que j'avais moi-même apprise en regardant les anciens. Sur mille monuments, des temples de mes pères aux statues oubliées, mon nom veille. Que la postérité me juge avare ou prévoyant : moi, je sais qu'on ne règne vraiment que sur ce dont on a marqué la surface.
—La grande salle de Karnak, vous l'avez achevée après votre père. Comment voyez-vous ce partage de l'œuvre ?
À Karnak, mon père Séthi Ier avait commencé une salle dont les colonnes devaient imiter la forêt de papyrus du premier matin du monde. Il mourut avant de la voir close ; j'ai achevé ses cent trente-quatre colonnes, et j'y ai posé mon nom à côté du sien — non pour le voler, mais parce qu'un fils prolonge la main du père. Cinq mille coudées carrées de pierre où l'on se perd comme dans un marécage sacré : nul, ni avant ni de mon temps, n'avait dressé pareille salle. Lorsque les fidèles d'Amon entraient sous cette canopée de granit, ils ne distinguaient plus l'œuvre de Séthi de la mienne — et c'était bien ainsi : une dynastie parle d'une seule voix.
—Vous avez régné plus longtemps qu'aucun pharaon avant vous. Que vous a appris une si longue vie ?
Les dieux m'ont accordé ce qu'ils refusent à presque tous : le temps. Soixante-six crues du Nil sous mon sceptre, et j'ai vu mourir une douzaine de mes fils aînés avant qu'ils ne touchent le trône — j'ai dû désigner héritier après héritier. On me dit plus de cent enfants, nés du harem où je me retire le soir ; je ne les ai pas tous comptés. Mes os me font souffrir, mes dents me trahissent, et le sceptre Heqa pèse à ma main comme jamais. Régner vieux, c'est enterrer ceux qu'on a engendrés et continuer pourtant à porter la double couronne. La Maât ne s'arrête pas parce qu'un roi a mal aux genoux.
—Vous avez tout fait pour durer dans la pierre. Comment imaginez-vous votre propre éternité, une fois passé dans l'autre monde ?
Quand mon souffle rejoindra l'Occident, mes embaumeurs feront de mon corps une demeure pour mon ka, comme on l'a fait pour mes pères dans la Vallée des Rois. Je veux croire que mes colosses d'Abou Simbel tiendront debout quand mes prêtres eux-mêmes auront été oubliés — n'ai-je pas fait graver que mes statues se dresseraient « comme des montagnes, pour l'éternité » ? Si je pouvais imaginer qu'on me regarde encore dans mille ans, je ne demanderais qu'une chose : qu'on prononce mon nom. Car un mort dont le nom est dit ne meurt pas tout à fait. Le reste — mon or, mes greniers, mes traités — appartient déjà au sable.
Un mort dont le nom est dit ne meurt pas tout à fait.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ramsès II. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


