Imaginary interview

Imaginary interview with Ayn Rand

by Charactorium · Ayn Rand (1905 — 1982) · Philosophy · Literature · Exploration · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ayn Rand
Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

New York, hiver 1979. Dans un appartement de Manhattan aux murs tapissés de bibliothèques, une femme au regard sombre nous reçoit, tailleur marine et broche en dollar au revers. Sur la table basse, un long porte-cigarette et un exemplaire annoté d'Aristote. Elle allume une cigarette et attend nos questions comme on attend un adversaire.

Vous souvenez-vous du moment où votre enfance russe a basculé ?

1917. J'avais douze ans à Saint-Pétersbourg, et j'ai vu des hommes armés entrer dans la pharmacie de mon père comme on entre dans un bien qui n'a jamais eu de propriétaire. On l'a dépossédé au nom du collectivisme — ce mot que j'emploierai plus tard comme on désigne une maladie. Ce jour-là, j'ai compris quelque chose que la plupart des adultes autour de moi refusaient de voir : quand le groupe devient sacré, l'individu devient du carburant. Alissa Rosenbaum, la fillette que j'étais, n'a pas pleuré la pharmacie. Elle a pleuré l'idée qu'un homme puisse travailler toute une vie et qu'un décret efface son droit à ce qu'il a fait. Toute ma philosophie tient dans cette scène : je n'ai jamais fait que rédiger la note de bas de page de cette effraction.

Quand le groupe devient sacré, l'individu devient du carburant.

Comment cette Russie perdue a-t-elle nourri votre méfiance envers l'idéal du sacrifice ?

On m'a élevée dans un pays où l'altruisme n'était pas une vertu du dimanche mais un devoir d'État — sacrifie-toi pour la classe, pour la nation, pour l'avenir radieux. J'ai vu ce que cela produit : la file d'attente, la délation, la médiocrité érigée en morale. Quand j'ai étudié l'histoire à l'université de Petrograd, en 1921, je récitais déjà la doctrine officielle en pensant tout le contraire. C'est pourquoi je n'ai jamais opposé le communisme au fascisme comme deux ennemis : ce sont deux visages du même refus de l'individu. La Guerre froide que j'ai vue commencer aux États-Unis n'était pas, pour moi, une nouveauté géopolitique. C'était le retour d'un fantôme que j'avais fui en 1926, et que l'Occident naïf croyait exotique.

Le communisme et le fascisme sont deux visages du même refus de l'individu.

Qu'est-ce qui vous a poussée à imaginer Howard Roark, cet architecte qui ne cède jamais ?

Je voulais montrer un homme entier, non pas contre quelqu'un mais pour quelque chose. Dans mon journal de 1934, je m'étais fixé une règle : montrer non ce qu'il faut détruire, mais ce que nous voulons bâtir. Un idéal positif, incarné. J'ai regardé Frank Lloyd Wright, ses lignes qui refusaient l'ornement facile, cet homme qui préférait perdre un contrat plutôt que trahir un plan — et Roark est né de là, quoique je ne l'aie jamais copié servilement. The Fountainhead, en 1943, ne s'est pas vendu tout de suite ; le succès est venu lentement, par le bouche-à-oreille de lecteurs qui se reconnaissaient dans un homme incapable de compromis. Roark dit qu'il ne reconnaît à personne le droit à une minute de sa vie. C'est la phrase la plus morale que j'aie écrite.

Montrer non ce qu'il faut détruire, mais ce que nous voulons bâtir.

Pourquoi tenir tant à l'architecture pour parler de morale ?

Parce qu'un bâtiment ne ment pas. Une poutre porte ou ne porte pas ; aucun comité, aucune majorité ne peut décréter qu'une structure mal conçue tiendra debout. J'aimais cela chez l'architecte : il travaille contre la matière, pas contre l'opinion. Roark, dans son grand discours de The Fountainhead, distingue le créateur du second-hander, celui qui vit par procuration, qui a besoin du regard des autres pour exister. C'est toute la différence entre l'indépendance et la dépendance. J'ai passé des nuits, à ma machine à écrire, à ciseler ce contraste, café noir après café noir. On m'a reproché de faire des personnages trop absolus. Mais je n'écris pas des reportages sur la médiocrité ordinaire — j'écris ce que l'homme pourrait être et devrait être.

Un bâtiment ne ment pas : une poutre porte ou ne porte pas.

On dit que La Grève vous a coûté douze ans. Comment tient-on une telle distance ?

Atlas Shrugged fut douze années de ma vie, mille deux cents pages, et une question tenue à bout de bras : que se passerait-il si les hommes qui portent le monde décidaient un jour de le poser ? Douze éditeurs l'ont refusé — trop long, trop philosophique, trop radical. Je n'ai pas cédé une virgule de John Galt, dont le serment résume toute mon éthique : ne jamais vivre pour un autre homme, ni demander à un autre de vivre pour moi. Publier en 1957 fut comme lâcher une grève réelle dans la fiction : mes créateurs se retirent, et le monde collectiviste s'effondre faute de ceux qu'il méprisait. Ce que je paraphrasais là, l'égoïsme rationnel, n'est pas l'avidité du pilleur — c'est le droit de l'homme à sa propre existence.

Que se passerait-il si les hommes qui portent le monde décidaient de le poser ?
Ayn Rand
Ayn RandWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Manuelredondoduenas

Que ressent-on en apprenant qu'un pays place votre roman juste derrière la Bible ?

On m'a rapporté ce sondage de la Library of Congress — mon Atlas Shrugged désigné comme le livre le plus influent après l'Écriture sainte. Cela m'aurait fait sourire si l'ironie ne m'avait pas frappée d'abord : un livre qui prêche la raison, l'objectivisme, la fin des idoles, logé juste sous le plus grand livre de foi. Je n'y vois pas une consécration religieuse, mais la preuve d'une faim. Des millions de lecteurs ont senti qu'on leur avait menti sur la vertu, qu'on leur avait dit que se renier était noble. Mon roman leur a rendu la permission de se vouloir. Sept millions d'exemplaires ne s'achètent pas par snobisme ; ils s'achètent parce qu'un homme, quelque part, a reconnu son propre visage dans mes pages.

Mon roman leur a rendu la permission de se vouloir.

Parlez-nous de ce cercle que vous receviez ici, à Manhattan, et qu'on surnommait Le Collectif.

Le nom était une plaisanterie, évidemment — un cercle d'individualistes forcenés qui se moquait de son propre étiquetage. Ils venaient le soir, dans cet appartement, et nous débattions les fondements de l'objectivisme jusqu'à l'aube, la pièce bleue de fumée. Il y avait là un jeune économiste, Alan Greenspan, dont je ne pouvais alors deviner qu'il gouvernerait un jour la monnaie de ce pays. J'annotais des livres au fil de nos discussions, je découpais chaque argument comme on taille une pierre. Ces séances n'étaient pas un salon mondain — je n'ai jamais eu de patience pour les mondanités. C'était un laboratoire, exigeant, parfois cruel, où l'on n'avait pas le droit de penser mollement. J'y ai formé mes meilleurs esprits, et j'y ai semé, sans le savoir, les germes de mes plus douloureuses ruptures.

Un cercle d'individualistes forcenés qui se moquait de son propre étiquetage.

Cette proximité intense avec vos disciples a-t-elle eu un prix ?

Terrible. En 1968, j'ai rompu publiquement avec Nathaniel Branden, l'homme que j'avais fait mon héritier intellectuel, le promoteur le plus ardent de ma philosophie. Je ne détaillerai pas les raisons — certaines touchent à la trahison de la pensée, d'autres à des blessures que je garde pour moi. Mais comprenez ceci : quand on bâtit une éthique sur l'honnêteté absolue, la moindre duplicité chez un proche devient une fracture idéologique autant qu'humaine. Le Collectif n'en fut plus jamais le même. On m'a dit que j'étais intransigeante ; je réponds qu'une philosophie qui pardonne le mensonge à ses amis ne vaut pas le papier de mes carnets. J'ai perdu des disciples comme on perd des membres. Mais je n'ai pas perdu une idée.

Une philosophie qui pardonne le mensonge à ses amis ne vaut rien.
Ayn Rand (1943 Talbot portrait)
Ayn Rand (1943 Talbot portrait)Wikimedia Commons, Public domain — Photo portrait credited to "Talbot" (though not on original dust jacket). Published by the Bobbs-Merrill Company.

Cette broche en forme de dollar que vous portez — que représente-t-elle pour vous ?

Regardez-la : le signe du dollar, épinglé au revers d'un tailleur sombre. La plupart y voient une provocation, l'emblème vulgaire de l'argent. J'y vois exactement le contraire — le symbole le plus moral que l'homme ait forgé. Le dollar signifie qu'aucune valeur ne m'est due gratuitement, que tout échange est un accord entre deux êtres libres, sans pillage ni aumône. C'est la marque du laissez-faire, du capitalisme que je défends comme le seul système compatible avec la dignité. Dans Atlas Shrugged, mes héros en font leur signe de reconnaissance. Alors je le porte, ici, à New York, non par ostentation mais par fidélité. Une fillette de Petrograd a vu qu'on pouvait tout prendre à un homme ; la femme que je suis rappelle qu'un échange volontaire ne prend rien à personne.

Le dollar est le symbole le plus moral que l'homme ait forgé.

Vous fumez toujours autant, malgré tout. Comment vivez-vous avec ce diagnostic de 1974 ?

Ce long porte-cigarette ne me quitte pas, et je sais ce que vous pensez : en 1974, on m'a annoncé un cancer du poumon. Je ne prétendrai pas que ce fut sans conséquence — mais je n'ai pas cessé pour autant d'écrire ni de donner mes conférences. J'ai toujours vu dans la flamme au bout d'une cigarette une petite image de la maîtrise de l'homme sur la nature, le feu domestiqué au creux de la main. Peut-être me suis-je trompée sur le corps ; je ne me suis pas trompée sur le principe. Une vie ne se mesure pas à sa durée mais à ce qu'on y a bâti sans céder. J'ai passé mes nuits à ma machine à écrire, café noir et fumée, et je préfère m'éteindre debout à ma table plutôt que prudente dans un lit.

Une vie ne se mesure pas à sa durée mais à ce qu'on y a bâti sans céder.

Si vous imaginiez qu'on vous lise encore dans un siècle, que voudriez-vous qu'on retienne ?

Je me refuse aux prophéties, mais laissez-moi ce jeu un instant. Si des lecteurs ouvrent encore The Fountainhead ou Atlas Shrugged longtemps après moi, je ne veux pas qu'ils y voient une doctrine économique poussiéreuse. Je veux qu'ils y entendent une seule question, celle que Galt pose en pleine nuit : de quel droit un homme réclamerait-il une minute de la vie d'un autre ? Le reste — le laissez-faire, l'objectivisme, mes ruptures, mes cigarettes — n'est que la charpente. Le cœur, c'est l'idée qu'un être humain est une fin en soi et jamais le moyen d'un autre. Si cette phrase survit quand mon nom sera oublié, j'aurai réussi. Une philosophe ne demande pas la gloire ; elle demande qu'on la comprenne, et qu'on ait le courage d'être d'accord ou en désaccord pour de vraies raisons.

Un être humain est une fin en soi, jamais le moyen d'un autre.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ayn Rand's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.