Kids interview Ayn Rand
by Charactorium · Ayn Rand (1905 — 1982) · Philosophy · Literature · Exploration · 5 min read

Deux élèves de 12 ans, en classe découverte, poussent la porte d'un appartement de Manhattan rempli de livres. Une dame en tailleur sombre, un long porte-cigarette à la main, les invite à s'asseoir. Elle a l'air sévère, mais ses yeux s'allument dès la première question.
—Vous aviez quel âge quand la révolution est arrivée chez vous ?
J'avais douze ans, mon enfant. Exactement ton âge. Je m'appelais alors Alissa Rosenbaum, et je vivais à Saint-Pétersbourg. Mon père tenait une pharmacie, un beau magasin propre, avec des flacons rangés en rangées. Puis un jour de 1917, des hommes sont entrés. Ils ont dit : ce magasin n'est plus à vous, il est à tout le monde. Imagine qu'on entre dans ta chambre et qu'on te dise que tes affaires appartiennent désormais à la rue entière. J'ai vu le visage de mon père se fermer. Ce jour-là, quelque chose s'est gravé en moi pour toujours.
On est entré chez nous, et on a dit : ce n'est plus à vous.
—Ça faisait quoi, de voir vos parents perdre tout comme ça ?
Ça faisait peur et ça rendait triste, oui. Mais surtout, ça m'a mise en colère. Pas une colère qui crie — une colère qui réfléchit. Je me suis demandé : de quel droit prend-on le travail d'un homme ? Mon père n'avait volé personne. Il avait construit sa pharmacie avec ses mains et sa tête. On appelait ça le collectivisme : mettre le groupe au-dessus de la personne. Moi, j'ai décidé le contraire. Chaque personne compte, et personne n'a le droit de te sacrifier pour les autres. Toute ma vie de philosophe est née dans cette pharmacie vide.
Personne n'a le droit de te sacrifier pour les autres.
—Et comment vous avez fait pour partir jusqu'en Amérique ?
Ah, ça, c'est une histoire de courage et de chance ! En 1926, j'ai obtenu un simple visa de touriste. J'ai dit au revoir à ma famille en Russie, sachant au fond que je ne la reverrais jamais. Le bateau a traversé l'océan pendant des jours. Quand j'ai vu les gratte-ciel de New York surgir de l'eau, j'ai pleuré — de joie. À Hollywood, un grand réalisateur, Cecil B. DeMille, m'a remarquée par hasard devant les studios et m'a donné un petit travail de figurante. Imagine : arriver sans presque parler la langue, et se retrouver sur un plateau de cinéma. L'Amérique, pour moi, c'était la liberté faite pays.
Quand j'ai vu New York surgir de l'eau, j'ai pleuré de joie.
—C'est vrai que votre grand livre a été refusé par plein d'éditeurs ?
Douze fois, mon garçon ! Douze éditeurs m'ont dit non pour Atlas Shrugged — en français, La Grève. Imagine que tu montres ton plus beau dessin à douze personnes, et que douze fois on te réponde : non, ça n'intéressera personne. Beaucoup auraient abandonné. Pas moi. J'y avais mis douze ans de travail, mille deux cents pages écrites la nuit. Quand le livre est enfin sorti en 1957, il est devenu l'un des plus lus d'Amérique. Bien plus tard, on a dit que c'était le livre qui avait le plus marqué les gens après la Bible. Alors retiens ça : un refus n'est jamais la fin.
Douze fois on m'a dit non. J'ai continué douze fois.
—Ça parle de quoi, ce livre, en fait ?
Imagine que tous les gens qui construisent, inventent, fabriquent des choses — les ingénieurs, les créateurs, les travailleurs qui aiment leur métier — décident un matin de s'arrêter. De faire la grève. Parce qu'on leur prend tout sans jamais dire merci. Que se passe-t-il alors ? Le monde s'arrête aussi. Voilà mon histoire. Je voulais montrer que ceux qui produisent sont précieux, qu'on les traite trop souvent comme s'ils devaient tout donner sans rien garder. J'écrivais tout ça sur ma vieille machine à écrire Remington, souvent jusqu'à l'aube, une cigarette à la main. C'était mon combat en forme de roman.
Que se passe-t-il si tous ceux qui construisent s'arrêtent un matin ?

—On m'a dit que vous adoriez un philosophe très très vieux, c'est qui ?
Aristote, mon enfant ! Un Grec qui vivait il y a plus de deux mille ans. J'avais ses livres chez moi, couverts de notes dans les marges, tellement je les relisais. Pourquoi lui ? Parce qu'il disait une chose toute simple : la réalité existe, et notre raison sert à la comprendre. Une pierre est une pierre, que ça te plaise ou non. D'autres philosophes, comme Kant, je les trouvais brumeux, ils embrouillaient tout. Moi je voulais des idées claires, solides, comme les fondations d'une maison. Aristote m'a appris à penser droit. C'est le seul, je crois, à qui je dois vraiment quelque chose.
Une pierre est une pierre, que ça te plaise ou non.
—Et votre philosophie à vous, l'objectivisme, ça veut dire quoi simplement ?
Bonne question, tu vises juste ! L'objectivisme, c'est ma manière de voir le monde, tenant sur quelques idées. Un : la réalité est réelle, on ne l'invente pas. Deux : on la comprend avec sa raison, en réfléchissant. Trois : tu as le droit de vivre pour toi, de poursuivre ton bonheur — j'appelais ça l'égoïsme rationnel. Attention, ça ne veut pas dire écraser les autres ! Ça veut dire ne pas se laisser écraser non plus. Et quatre : chacun doit être libre d'échanger, de travailler comme il veut. Imagine un jardin où chaque plante pousse à sa façon, sans qu'on l'arrache pour les autres.
Vivre pour toi ne veut pas dire écraser les autres.
—C'est quoi cette broche en dollar que vous portez tout le temps ?
Tu l'as remarquée ! Oui, je porte fièrement une petite broche en forme de signe dollar. Beaucoup trouvent l'argent vulgaire. Pas moi. Pour moi, ce symbole veut dire : quelqu'un a produit quelque chose, quelqu'un a créé de la valeur avec son travail. C'est beau, ça ! Le soir, chez moi à New York, je réunissais un petit groupe d'amis pour discuter des heures — on l'appelait en riant le Collectif, ce qui était une blague, tu comprends, puisque je détestais le collectivisme. L'un d'eux, un jeune homme très sérieux nommé Alan Greenspan, est devenu plus tard un grand personnage de la finance américaine.
L'argent, c'est la preuve que quelqu'un a créé quelque chose.

—Ça sentait quoi, chez vous, le soir, quand vos amis venaient ?
Ah, ça sentait la fumée de cigarette, forcément ! J'en fumais beaucoup, avec mon long porte-cigarette. Ça sentait aussi le café noir — j'en buvais des tasses et des tasses. Les murs étaient couverts de bibliothèques du sol au plafond, et mon bureau débordait de manuscrits. On restait à parler jusqu'à très tard dans la nuit, parfois jusqu'au lever du jour. Moi, je me réveillais tard le matin, vers dix heures, un simple toast pour tout repas. La nourriture ne m'intéressait guère : c'était juste du carburant pour l'esprit. Mais ces soirées d'idées, ça, c'était mon vrai festin.
La nourriture n'était qu'un carburant. Les idées, mon vrai festin.
—C'est vrai que vous êtes allée parler devant des politiciens importants ?
Oui, en 1947, on m'a demandé de venir témoigner à Washington, devant une commission du Congrès. À l'époque, l'Amérique avait très peur du communisme — c'était le début de ce qu'on a appelé la Guerre froide, l'affrontement entre les États-Unis et l'Union soviétique. Comme j'avais vécu là-bas enfant, on voulait mon avis. J'ai expliqué qu'un film qui montrait la vie soviétique comme joyeuse et souriante racontait un mensonge. Moi, j'avais vu la faim, la peur, les gens qui se taisaient. Je savais de quoi je parlais. C'était mon devoir de dire la vérité que j'avais vécue de mes propres yeux.
Je savais de quoi je parlais : j'avais vu, de mes yeux.
—Si des enfants comme nous lisaient vos livres aujourd'hui, vous aimeriez qu'ils retiennent quoi ?
Que ta vie t'appartient, mon enfant. C'est ce que j'ai fait crier à mes personnages, comme cet architecte, Howard Roark, dans La Source vive, qui refusait de trahir ses idées pour plaire. Je voudrais que tu penses par toi-même. Que tu ne croies pas une chose juste parce que tout le monde la répète. Regarde la réalité en face, sers-toi de ta tête, et sois fier de ce que tu construis de tes propres mains. J'ai traversé un océan et j'ai essuyé douze refus pour défendre cette idée. Alors garde-la précieusement : tu es le propriétaire de ta propre vie.
Ta vie t'appartient. Ne la laisse jamais à personne d'autre.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ayn Rand's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


