Imaginary interview with Bastet
by Charactorium · Bastet · Mythology · 6 min read

Le naos vient de s'ouvrir dans la pénombre parfumée du grand temple de Bubastis. Un chat gris passe entre les colonnes tandis qu'au loin monte le tintement d'un sistre. Elle est là, assise, la corbeille au bras, mi-chatte mi-femme, et consent à parler de son long règne sur les cœurs d'Égypte.
—On vous connaît aujourd'hui comme une gracieuse chatte du foyer, mais dit-on que vous fûtes tout autre chose à l'origine ?
Autrefois, quand le soleil de mon père Rê brûlait plus haut, je rugissais. J'étais lionne, toutes griffes dehors, sœur de sang de la terrible Sekhmet, et l'on ne me priait pas, on me redoutait. Puis, à mesure que les temples de Thèbes et de Memphis multipliaient mes images, ma face s'est adoucie : mes crocs se sont faits moustaches, mon rugissement ronronnement. Vers le temps où l'on parle du Nouvel Empire, je suis devenue la chatte assise, celle qui veille près du berceau plutôt que celle qui déchire. Ne t'y trompe pas pourtant : sous la douceur du poil dort toujours la fauve. On m'a scindée de Sekhmet, mais nous restons deux visages d'un même feu — c'est ce que vos scribes nomment syncrétisme, moi j'appelle cela ma vraie nature.
Mes crocs se sont faits moustaches, mon rugissement ronronnement — mais sous la douceur du poil dort toujours la fauve.
—Cette double nature, douceur et fureur, comment la portez-vous ?
Regarde l'égide que l'on suspend au cou des fidèles : ce petit collier surmonté d'une tête féline. Il protège, il apaise — et pourtant il montre la gueule. Voilà mon secret. Je berce l'enfant malade et je griffe le démon qui rôde à la porte. La mère qui accouche m'invoque pour la douceur, mais c'est ma part de lionne qui écarte la mort. Les Égyptiens l'ont compris mieux que quiconque : ils ne m'ont jamais entièrement domestiquée. Ils ont gardé, dans la chatte lovée sur le seuil, le souvenir de la bête solaire. Une déesse trop tendre ne protège rien ; une déesse trop féroce ne console personne. Je suis l'entre-deux, la caresse qui garde sa griffe.
Une déesse trop tendre ne protège rien ; une déesse trop féroce ne console personne.
—Parlons de vos nuits. Que se passe-t-il, dans le ciel, quand le grand serpent menace votre père le soleil ?
Chaque nuit, le chaos remonte du fond des eaux sous la forme d'Apophis, le serpent qui veut engloutir mon père. Et chaque nuit, je me poste près du sycomore sacré, à Héliopolis, la cité de Rê. Je suis alors la grande chatte qui veille — celle dont vos rouleaux funéraires disent qu'elle siège près du Persea la nuit où le combat fut livré. Mes yeux fendent l'obscurité comme deux lames, et quand le reptile se dresse, je tranche. Au matin, si le soleil se lève, c'est que j'ai vaincu. Les hommes croient que l'aube va de soi ; ils ignorent qu'elle se gagne chaque nuit, griffe contre écaille. Je suis l'Œil de Rê, la sentinelle féline entre l'ordre et l'abîme.
Les hommes croient que l'aube va de soi ; ils ignorent qu'elle se gagne chaque nuit, griffe contre écaille.
—Vous dites être l'Œil de Rê. Que signifie porter un tel titre ?
L'Oudjat, cet œil que l'on grave dans la faïence et que l'on porte en amulette, c'est un fragment de moi. Être l'Œil de Rê, ce n'est pas seulement regarder : c'est agir pour lui, être sa colère envoyée au loin et sa lumière ramenée au foyer. Mon père voit le monde par mes prunelles, et quand il veut punir, c'est moi qu'il détache comme on lâche un fauve. Mais l'œil qui part en furie doit aussi savoir revenir apaisé — c'est là toute la difficulté des mythes que vos prêtres se transmettent depuis le Moyen Empire. Je pars lionne, je reviens chatte. Entre les deux, il y a tout le mystère de la colère divine qui, sans la douceur qui la rappelle, brûlerait le monde entier.
—On raconte qu'une fois l'an, tout un peuple remonte le Nil pour vous fêter. Racontez-nous cette grande fête.
Ah, la fête de Bubastis ! Nulle joie ne l'égale dans toute l'Égypte. On vient de partout, entassés sur les barques, femmes et hommes mêlés, et l'on descend le fleuve en chantant, les mains battant la mesure, les sistres crépitant comme une pluie de métal. Ce jour-là, m'a-t-on rapporté, on boit plus de vin qu'en aucune autre occasion de l'année — les libations coulent, les corps dansent, les rires montent jusqu'à mon temple bordé de canaux, mon île d'arbres au milieu des eaux. Un voyageur grec, Hérodote, en fut si ébahi qu'il parla de sept cent mille pèlerins. Je suis aussi la déesse de l'ivresse heureuse, celle qui délie les langues et les hanches. La joie, vois-tu, est une prière que je reçois volontiers.
La joie, vois-tu, est une prière que je reçois volontiers.

—Pourquoi la musique et la danse tiennent-elles tant de place dans votre culte ?
Parce que le sistre chasse ce que les prières graves ne peuvent atteindre. Quand mes prêtresses secouent cette tige arquée aux anneaux mobiles, son tintement fend l'air et disperse les mauvais esprits comme le vent disperse la poussière. Ce n'est pas un ornement, c'est une arme joyeuse. Le matin, on l'agite pour m'éveiller dans mon naos ; le soir, pour m'endormir ; et lors des grandes nuits de Bubastis, il ne se tait jamais. Le poisson du Nil sur les tables, la bière, le chant des harpes — tout cela me plaît, car je ne suis pas une déesse qui exige le silence et la crainte. Je préfère qu'on danse pour moi. Un temple où l'on rit fort est un temple bien protégé.
—Les chats occupent une place unique auprès de vous. D'où vient ce lien sacré ?
Le chat, c'est mon reflet vivant sur la terre. Il voit dans le noir comme moi je vois Apophis ; il chasse les serpents et les rats qui menacent le grenier ; il garde la maison sans qu'on le lui demande. Comment ne pas le tenir pour sacré ? En Égypte, celui qui tue un chat, fût-ce par accident, paie de sa vie — j'ai vu des foules se ruer sur l'imprudent. Et quand mes petits protégés meurent, on ne les jette pas : on les embaume comme des princes. À Saqqarah, à Bubastis, ce sont des cimetières entiers de chats momifiés, offerts par des fidèles qui espèrent, par ce présent, s'attirer ma faveur. Des millions de petits corps enveloppés de lin, chacun une prière déposée entre mes pattes.
Des millions de petits corps enveloppés de lin, chacun une prière déposée entre mes pattes.

—Dans les temples et les tombes, on retrouve d'innombrables figurines à votre effigie. Que représentent-elles pour vous ?
Ce sont mes ex-voto, les cadeaux de mon peuple. On me coule en bronze, assise et digne, parfois un collier au cou, des anneaux aux oreilles, un panier au bras. Le fidèle qui veut ma protection dépose cette statuette dans ma salle d'offrandes et repart plus léger. À la Basse Époque, on en a produit par milliers — on en trouve jusque sur les rivages lointains de la Méditerranée, portées par les marchands et les marins qui m'emmenaient avec eux. Chaque figurine est un pacte : tu me donnes ta forme, je te donne ma garde. Le bronze ne se corrompt pas, vois-tu, et c'est ainsi que mon culte a voyagé, de main en main, bien au-delà des rives du Nil que je croyais être tout mon royaume.
—Au-delà des grands temples, on vous dit présente jusque dans les maisons les plus modestes. Comment veillez-vous sur elles ?
Mon vrai domaine n'est pas seulement le temple aux canaux : c'est le seuil de chaque demeure. Regarde ce panier tressé que je porte au bras — il n'est pas un simple objet, il est le foyer lui-même, le logis que je tiens serré contre moi. Dans les maisons d'Égypte, une petite niche, une statuette de chatte suffit à m'appeler. La mère qui craint pour son nouveau-né, la femme qui espère un enfant, l'homme qui redoute la maladie : tous m'invoquent chez eux, sans prêtre, sans procession. Je suis la déesse qu'on prie à voix basse, entre les murs de terre, près du feu. On me suspend au cou des enfants sous forme d'Oudjat ou de petite chatte de faïence. Gardienne intime, voilà mon plus doux office.
Je suis la déesse qu'on prie à voix basse, entre les murs de terre, près du feu.
—Vous protégez les femmes et les enfants. Qu'est-ce qui, dans ce rôle, vous tient le plus à cœur ?
Le chat met bas des portées entières et les défend toutes griffes dehors — voilà pourquoi les femmes en couches m'appellent. La fécondité, la naissance, le lait, le premier cri : ce sont mes domaines les plus tendres. On me porte l'égide à tête de chatte comme un bouclier contre ce qui menace les fragiles. Je ne juge pas les hommes sur leurs hauts faits ni sur leurs conquêtes ; je les garde à l'heure où ils sont le plus démunis, au berceau et au chevet. Beaucoup de dieux réclament des temples de pierre et des victoires. Moi, il me suffit qu'une mère dorme tranquille et qu'un enfant respire dans la nuit. Protéger le petit, le faible, le vivant — c'est là que réside toute ma puissance, et je n'en veux pas d'autre.
Protéger le petit, le faible, le vivant — c'est là que réside toute ma puissance.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Bastet's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


