Imaginary interview with Donna Strickland
by Charactorium · Donna Strickland (1959 — ?) · Sciences · 5 min read
Octobre 2018, Université de Waterloo. Dans un bureau encombré de tirés à part et de schémas optiques, une physicienne à la voix posée nous reçoit quelques jours après l'annonce qui a bouleversé sa vie. Café à la main, Donna Strickland parle des lasers comme d'autres parlent de jardinage : avec une précision tranquille et un humour désarmant.
—Comment avez-vous appris que vous receviez le prix Nobel de physique ?
Le téléphone a sonné très tôt, et une voix m'a annoncé que je partageais le Nobel 2018 avec Gérard Mourou et Arthur Ashkin. Ma première réaction a été de me demander si quelqu'un me faisait une farce — sincèrement, on ne se réveille pas en pensant que ce sera ce matin-là. J'étais ici, à Waterloo, dans le décor le plus ordinaire qui soit, et soudain on m'apprenait que j'étais la troisième femme à recevoir cette distinction, plus d'un demi-siècle après Maria Goeppert Mayer. J'ai ri, je crois. Ce n'était pas de la fausse modestie : c'est juste que la physique des lasers vous habitue aux résultats lents, patients, et là tout arrivait d'un coup.
On ne se réveille pas en pensant que ce sera ce matin-là.
—Que ressent-on à devenir la troisième femme lauréate depuis Marie Curie ?
C'est une fierté, mais aussi une question qui me met mal à l'aise. Cinquante-cinq ans s'étaient écoulés depuis Maria Goeppert Mayer en 1963 — cinquante-cinq ans sans qu'une femme reçoive le Nobel de physique. Je ne crois pas une seconde que les femmes aient cessé de faire de la grande science pendant cette période. J'aimerais qu'on n'ait plus besoin de compter, qu'on dise simplement « une physicienne a inventé telle technique » sans préciser son rang dans une liste si courte. Mais tant qu'on doit compter, autant que mon nom serve à ce que des étudiantes se disent que la porte du laboratoire leur est ouverte.
Tant qu'on doit compter les femmes, autant que mon nom serve à ouvrir la porte du laboratoire.
—Pouvez-vous expliquer simplement l'idée derrière l'amplification par dérive de fréquence ?
Le problème, dans les années 1980, était brutal : si vous tentiez d'amplifier directement une impulsion laser très courte, vous détruisiez le matériau censé l'amplifier. C'était comme vouloir verser un océan dans un dé à coudre. Notre idée, avec Mourou, a été d'étirer d'abord l'impulsion dans le temps à l'aide d'un réseau de diffraction, de l'amplifier tranquillement une fois diluée, puis de la recomprimer à la toute fin. La lumière retrouvait alors sa brièveté, mais gorgée d'une énergie colossale. C'est tout le principe de la CPA, publiée en 1985 : ne jamais demander au cristal amplificateur d'encaisser plus qu'il ne peut supporter d'un seul coup.
C'était comme vouloir verser un océan dans un dé à coudre.
—À quoi ressemblait concrètement votre laboratoire à Rochester ?
Imaginez un banc optique massif, suspendu sur coussin d'air pour qu'aucune vibration, pas même un camion passant dans la rue, ne vienne désaligner les faisceaux. Au cœur du dispositif, un laser Nd:YAG et ses chaînes d'amplification, et partout ces lunettes de protection qu'on ne quittait jamais. Aligner les réseaux de diffraction prenait des heures de patience minutieuse, l'œil rivé sur l'oscilloscope pour vérifier la forme de l'impulsion. La nuit, l'Institut d'optique de Rochester était silencieux, et l'on traquait ce signal compressé qui prouvait que ça marchait. Quand j'ai vu pour la première fois l'impulsion ressortir intacte et recomprimée, j'ai su qu'on tenait quelque chose de réel.
—Cette découverte est née pendant votre thèse de doctorat. Comment l'avez-vous vécu à l'époque ?
Je n'étais qu'une étudiante quand je suis arrivée en 1983 dans le laboratoire de Gérard Mourou à Rochester. L'article fondateur, Compression of amplified chirped optical pulses, est sorti directement de mon travail de thèse en 1985 — bien avant même que je soutienne mon doctorat, en 1989. À l'époque, je ne pensais pas « je révolutionne la physique » ; je pensais « est-ce que mon montage va tenir cette nuit ». C'est seulement avec le recul qu'on mesure qu'une idée née sur la paillasse d'une doctorante a fini par essaimer dans le monde entier. Une thèse, ce n'est pas un exercice scolaire : ce peut être le premier caillou d'une avalanche.
Une thèse, ce n'est pas un exercice scolaire : ce peut être le premier caillou d'une avalanche.

—Que représente pour vous le fait de partager ce prix avec votre ancien directeur de thèse ?
C'est assez rare, et cela me touche particulièrement. Gérard Mourou était mon directeur de thèse, l'homme qui m'a confié ce problème des impulsions ultrabrèves et m'a laissée chercher. Recevoir le même Nobel que lui, des décennies plus tard, c'est une manière de dire que la relation entre un maître et son étudiante n'est pas à sens unique : on bâtit ensemble. Lui apportait l'intuition et l'expérience du laboratoire, moi la ténacité expérimentale du quotidien. La CPA porte nos deux noms parce qu'elle est vraiment née de cette rencontre, et je trouve juste que le comité de Stockholm l'ait reconnu ainsi.
—Saviez-vous qu'avant le Nobel, une page Wikipédia vous concernant avait été refusée ?
Oui, et cette histoire en dit long. Un contributeur avait tenté de créer une page à mon sujet, mais des modérateurs l'avaient écartée en jugeant que je n'étais pas assez « notable ». Puis le Nobel 2018 est tombé, et la page a été montée en urgence dans la journée ! J'en souris, mais c'est révélateur : les femmes de science manquent souvent dans les sources de référence, non parce qu'elles n'existent pas, mais parce qu'on ne les juge pas dignes d'y figurer tant qu'une institution ne les a pas adoubées. Combien de chercheuses tout aussi méritantes n'auront jamais leur coup de fil de Stockholm pour rendre soudain leur travail « notable » ?
On ne me jugeait pas notable — jusqu'à ce qu'un coup de fil de Stockholm le décide.

—On a découvert avec surprise que vous n'étiez que professeure associée. Comment l'expliquez-vous ?
Beaucoup de gens ont été étonnés qu'une lauréate du Nobel ne soit que professeure associée à Waterloo. La vérité est simple : je n'avais jamais postulé à un rang supérieur. Cela peut sembler étrange, mais les hiérarchies académiques ne m'ont jamais beaucoup préoccupée. Ce qui m'intéressait, c'était d'être au laboratoire, d'aligner mes faisceaux, de suivre mes étudiants — pas de remplir des dossiers de promotion. Je ne dis pas que c'est un modèle à suivre, et je sais bien que ce détachement est un luxe que toutes les femmes ne peuvent pas se permettre. Mais pour moi, le titre n'a jamais été le but ; la physique l'était.
Le titre n'a jamais été le but ; la physique l'était.
—Vous attendiez-vous à ce que vos travaux servent un jour à opérer les yeux de millions de gens ?
Absolument pas, et c'est là tout le sel de la recherche fondamentale. En 1985, je cherchais à amplifier de la lumière sans brûler mon cristal — je ne pensais pas aux patients d'une clinique d'ophtalmologie. C'est bien plus tard que j'ai compris que la CPA était devenue le cœur du LASIK, cette chirurgie qui remodèle la cornée pour corriger la myopie, pratiquée sur des millions de personnes chaque année. Découvrir que vos équations de doctorante finissent par redonner la vue nette à des inconnus, c'est vertigineux. On ne sait jamais, en physique, quelle porte on est en train d'ouvrir : on se contente de pousser, et parfois c'est une salle d'opération qui se trouve derrière.
On ne sait jamais quelle porte on ouvre ; parfois c'est une salle d'opération qui se trouve derrière.
—Quelles applications de vos lasers ultrabrefs vous tiennent le plus à cœur aujourd'hui ?
À Waterloo, je poursuis des recherches sur les lasers à fibre appliqués aux tissus biologiques — la rétine, la cornée, ces régions délicates où l'on ne peut se permettre aucune brutalité. L'impulsion ultrabrève a cette vertu extraordinaire : elle agit si vite qu'elle dépose son énergie avant même que la chaleur ne se diffuse aux tissus voisins. C'est de la chirurgie de la lumière, presque sans dommage collatéral. Mais ces mêmes impulsions servent aussi à étudier la matière à l'échelle de la femtoseconde, à usiner des semi-conducteurs, à sonder les plasmas. J'aime cette idée qu'un seul principe physique, né d'un montage de paillasse, irrigue à la fois la médecine et la science la plus fondamentale.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Donna Strickland's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


