Imaginary interview with Drusilla
by Charactorium · Drusilla (16 — 38) · Politics · Society · 6 min read

On ne rencontre pas Drusilla dans un atrium ni sur les gradins d'un cirque, mais dans le demi-jour du temple de Vénus, là où sa statue de marbre veille depuis sa consécration. Elle parle bas, comme une femme qui a connu la cour et le bûcher, la faveur d'un frère et le silence des dieux. Voici Diva Drusilla, la sœur de Caligula, telle qu'on aurait pu l'interroger au seuil de son culte.
—Vous êtes née dans une famille des plus illustres. Que gardez-vous de vos premières années ?
Je suis venue au monde en l'an 16, fille de Germanicus, le général que Rome aimait comme on aime un fils prometteur, et d'Agrippine, qui portait la lignée d'Auguste dans son sang. Enfant, j'ai suivi mes parents jusqu'en Orient, sur les routes de Syrie, quand mon père fut envoyé au-delà des mers. C'est à Antioche, cette grande cité de l'Oronte, qu'il s'est éteint, en l'an 19, dans des circonstances qu'on n'a jamais osé nommer tout haut. J'étais trop petite pour comprendre le poison, mais assez grande pour voir ma mère changer de visage. On dit que le sang de Germanicus portait chance ; moi, j'ai surtout appris qu'il portait le deuil, et que dans notre maison, un père pouvait mourir loin des siens sans qu'un juge ne s'en émeuve.
J'étais trop petite pour comprendre le poison, mais assez grande pour voir ma mère changer de visage.
—Comment décririez-vous ces années où le préfet Séjan tenait Rome dans sa main ?
Séjan. On prononçait ce nom comme on chuchote celui d'une maladie. Préfet du prétoire, maître de la garde, il avait persuadé le vieux Tibère que notre maison le menaçait. Ma mère fut arrêtée, exilée sur une île où la faim l'a rongée jusqu'à la mort, en l'an 33. Mes frères aînés ont disparu l'un après l'autre. J'ai grandi en apprenant à baisser les yeux, à ne rien dire de trop, à marier mon nom au sénateur Cassius Longinus parce qu'on me l'ordonnait. Quand Séjan tomba enfin, étranglé comme il avait fait étrangler tant d'autres, je n'ai pas ri. On ne rit pas quand on a compté ses morts sur ses doigts. J'ai seulement pensé que le tour de Rome était venu de trembler à son tour.
—L'avènement de votre frère change tout. Que représentait pour vous l'arrivée de Caligula au pouvoir ?
Quand Tibère mourut, en l'an 37, et que mon frère Gaius ceignit le pouvoir, ce fut comme si l'on ouvrait grand les fenêtres d'une maison trop longtemps close. Il nous aimait, ses sœurs, d'un amour qui déroutait le Sénat. Il fit inscrire nos noms dans les serments d'allégeance que prêtaient les magistrats — nos noms, à nous, des femmes ! — aux côtés du sien et de celui de l'État. Jamais des filles de la domus Augusta n'avaient été portées si haut dans les vœux publics. Certains murmuraient que c'était démesure ; moi, je voyais un frère qui, ayant grandi orphelin de tout, cramponnait à ses sœurs comme au dernier morceau de Germanicus qui lui restât. On ne mesure pas la tendresse d'un homme qui a tout perdu.
—On raconte qu'il vous fit son héritière. Vous souvenez-vous de ce moment ?
C'était encore l'an 37, quelques mois après son avènement. Gaius tomba malade, si gravement que Rome retint son souffle et se prépara au deuil. Sur son lit, croyant sa fin venue, il dicta ses volontés : il me désignait, moi, pour recueillir ses biens — et, disaient les plus hardis, l'Empire lui-même. Une femme, héritière du monde romain ! Jamais pareille chose ne s'était vue depuis Romulus. Je n'ai pas triomphé, croyez-le. J'ai veillé à son chevet en me disant que si les dieux le prenaient, ils me laisseraient un fardeau qu'aucune épaule de femme n'avait jamais porté. Il guérit, et l'on parla d'autre chose. Mais ce jour-là, j'ai su que mon frère me tenait pour plus qu'une sœur : pour son égale, presque, dans un monde qui n'accordait aux femmes ni le forum ni la parole.
Une femme, héritière du monde romain ! Jamais pareille chose ne s'était vue depuis Romulus.
—Votre visage a été frappé dans le bronze. Que ressentez-vous devant ces monnaies ?
Gaius fit couler des sesterces où nous figurions toutes trois, ses sœurs, debout comme des divinités-vertus. On m'y voit au centre, tenant la corne d'abondance et la coupe des offrandes, sous les traits de la Concordia — l'entente, l'accord des cœurs. Songez-y : des femmes vivantes, coulées dans le bronze de l'Empire, distribuées de main en main jusqu'aux confins des provinces ! Cela ne s'était guère fait. Un portrait de pierre s'oublie dans un temple ; une monnaie voyage, passe entre les doigts d'un légionnaire de Germanie comme d'un marchand de Syrie. Je ne sais si mon visage y ressemblait vraiment — les graveurs flattent toujours. Mais je songe parfois que, de tout ce que j'ai été, c'est ce petit disque de métal qui me survivra le plus longtemps, roulant de bourse en bourse bien après que ma voix se sera tue.

—Cette place inédite dans les honneurs publics vous inquiétait-elle ?
Je ne suis pas naïve. À Rome, tout honneur qu'on reçoit, on le paye un jour. Voir nos noms mêlés aux serments, nos images incarner la Concorde, recevoir les distinctions d'apparat réservées aux plus dignes matrones — le carpentum, ce char couvert où l'on nous laissait paraître comme des prêtresses — tout cela réjouissait mon frère et flattait la foule. Mais je connaissais les langues du Palatin. On loue une femme le matin et l'on complote contre elle le soir. Je savais que ces faveurs, si elles nous élevaient au-dessus de toutes, nous exposaient aussi au ressentiment de ceux que le rang aveuglait. La fortune est une roue ; ma famille m'avait appris qu'elle tourne vite, et rarement dans le sens qu'on espère. J'ai porté ces honneurs comme on porte une parure trop lourde : avec grâce, et avec méfiance.
On loue une femme le matin et l'on complote contre elle le soir.
—Votre mort, en l'an 38, a bouleversé l'Empire. Comment imaginez-vous le chagrin qu'elle provoqua ?
Je suis partie au mois de juin, encore jeune, à peine plus de vingt ans. De ce qui suivit, je ne parle qu'en ombre, car les vivants seuls voient le deuil des vivants. Mais on m'a rapporté que mon frère perdit toute mesure. Il décréta la suspension de toute affaire publique, ce iustitium qui fige la cité ; et sa douleur alla si loin qu'il devint, dit-on, crime capital de rire, de prendre un bain ou de partager un repas en famille tant que durait le deuil. Il quitta Rome sans gouverner, laissa croître sa barbe et ses cheveux, erra à travers la Campanie et la Sicile, incapable de regarder la ville qui m'avait vue mourir. Un empereur qui fuit son Empire pour une sœur morte — voilà à quoi Gaius aimait. Je ne sais si je dois en être touchée ou terrifiée.

—Le Sénat vous a élevée au rang des dieux. Que signifie une telle consécration ?
Ce que Rome n'avait jamais accordé à aucune femme, le Sénat me l'octroya : la consecratio, ce décret qui fait passer un mortel du côté des immortels. On m'a nommée Diva Drusilla, et l'on m'a donné ce surnom qui me trouble encore — Panthéa, « toute déesse », comme si je réunissais en moi les vertus de plusieurs divinités. Avant moi, seul le divin Auguste avait connu pareille apothéose ; une femme, jamais. On dressa une statue de moi dans le temple de Vénus, m'assimilant à la déesse de l'amour et de la beauté, et une autre, d'or, dans la Curie même où siégeaient les Pères. Songez à l'étrangeté de la chose : hier encore petite-nièce d'Auguste tremblant sous Séjan, me voici objet de sacrifices. Je me demande souvent si l'on m'a divinisée pour m'honorer, ou pour honorer le chagrin de mon frère.
Je me demande souvent si l'on m'a divinisée pour m'honorer, ou pour honorer le chagrin de mon frère.
—Un culte véritable s'est organisé en votre nom. Comment le percevez-vous ?
Un culte d'État, oui, avec ses prêtres, ses autels, ses sacrifices, et mon anniversaire célébré comme une fête sacrée. Les Romaines pouvaient jurer en mon nom comme on jure par les dieux anciens. Et il y eut cet homme, un sénateur nommé Livius Geminius, qui jura solennellement, appelant sur lui-même et sur ses enfants la ruine s'il mentait, m'avoir vue de ses yeux monter au ciel et m'entretenir avec les dieux. Mon frère le récompensa d'une fortune — un million de sesterces, dit-on. Un million pour avoir vu ce que nul œil ne peut voir ! Voilà Rome : elle achète les témoins de ses miracles au poids de l'or. Je ne reproche rien à cet homme ; il a dit ce qu'on attendait de lui, et il a nourri les siens. Mais je souris, du fond de mon temple, à l'idée qu'on ait payé si cher mon ascension.
—Au terme de cet entretien, comment aimeriez-vous que Rome se souvienne de vous ?
Je fus la fille de Germanicus, la sœur d'un empereur, la première femme que le Sénat rangea parmi les dieux. C'est beaucoup de titres pour une vie si brève. Pourtant, si l'on me lisait dans un siècle — et je n'ose l'imaginer qu'en tremblant — je voudrais qu'on ne retienne pas seulement la Diva de marbre, ni la corne d'abondance de mes monnaies. Je voudrais qu'on se souvienne d'une femme qui a traversé l'exil des siens, le poison, le silence, et qui a été aimée d'un frère jusqu'à la démesure. Les dieux, dit-on, ne connaissent ni le deuil ni la peur. Moi, j'ai connu les deux avant qu'on ne m'appelât déesse. Peut-être est-ce cela, au fond, qu'on divinise chez les mortels : non pas ce qu'ils deviennent, mais ce qu'ils ont enduré pour y parvenir.
J'ai connu le deuil et la peur avant qu'on ne m'appelât déesse.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Drusilla's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


