Imaginary interview with Freya
by Charactorium · Freya · Mythology · 5 min read
C'est dans les vergers dorés du Folkvangr que Loki vient trouver Freyja, un soir où les guerriers tombés se rassemblent pour le festin. La lumière basse accroche les maillons du Brisingamen à sa gorge, et l'on entend ronronner les deux grands chats attelés à son char. Ils se connaissent de longue date, depuis les couloirs d'Asgard où Loki sème ses railleries — et il arrive ce soir avec un sourire en coin, bien décidé à la pousser dans ses retranchements. Elle l'attend sans crainte, car elle sait de quoi sa langue est capable.
—Tu portes encore ce Brisingamen, Freyja. On murmure le prix que tu l'as payé aux quatre nains qui l'ont forgé. Dis-le-moi toi-même.
Toi qui guettes toujours la faute, Loki, tu voudrais que je baisse les yeux. Je ne les baisserai pas. Le Brisingamen est sorti des mains des nains dans la pierre, et oui, j'ai donné ce qu'il fallait pour qu'il devienne mien. Un collier pareil ne se troque pas contre de l'or ordinaire — il se gagne avec ce qu'on est. Je suis la déesse de l'amour et du désir ; faut-il s'étonner que je paie dans ma propre monnaie ? Ce que les autres nomment scandale, moi je le nomme souveraineté. Ce collier brille à ma gorge parce que rien de ce qui brille ne m'est étranger, et je n'ai honte d'aucun chemin par lequel il m'est venu.
Ce que les autres nomment scandale, moi je le nomme souveraineté.
—Chaque jour tu reçois la moitié des tués, l'autre va au Valhalla d'Odin. Toi, une Vane, partager les morts d'égale à égal avec lui — comment l'as-tu obtenu ?
Je ne l'ai pas obtenu, Loki : je l'ai. Quand les guerriers tombent, la moitié monte au Valhalla et l'autre vient à moi, dans mon Folkvangr, le champ du peuple. Ce partage n'est pas une faveur que m'aurait consentie Odin ; c'est l'ordre des choses depuis que les Vanes ont rejoint les Ases. Tu connais ce hall : ici aussi on festoie, on chante la gloire, on honore le courage. Beaucoup imaginent qu'une déesse de l'amour ne saurait régner sur les morts du combat. Ils se trompent. L'amour et la mort se touchent de plus près qu'on ne croit, et je préside aux deux d'une même main.
L'amour et la mort se touchent de plus près qu'on ne croit, et je préside aux deux.
—Je me souviens de ce festin où je vous ai tous nommés un à un. Je t'avais lancé mes accusations, Freyja. Pourquoi n'as-tu pas plié devant moi ?
Je m'en souviens aussi, Loki — tu allais de l'un à l'autre, ta langue tranchait comme une lame, et tu as cru me faire rougir. Mais je suis une Vane devenue l'une des Ásynjur, et j'ai traversé la guerre qui a soudé nos deux peuples. On ne fait pas ployer celle qui a vu les Vanes et les Ases cesser de s'entre-tuer. Tu m'as accusée ; j'ai répondu sans détourner le regard, parce que mon autorité ne dépend pas de ce que ta bouche en dit. Tu peux salir tous les noms d'Asgard l'un après l'autre — le mien tient debout. C'est peut-être pour cela que tu reviens ce soir : tu sais que je ne crains pas ta morsure.
On ne fait pas ployer celle qui a vu les Vanes et les Ases cesser de s'entre-tuer.
—On dit que la seiðr, cette magie des destins, tu l'as enseignée aux Ases — à Odin lui-même. Le grand père de tout, ton élève ? Vraiment ?
Vraiment, Loki. La seiðr est venue avec nous, les Vanes, et je l'ai portée jusque dans Asgard. Voir l'avenir, dénouer ou nouer le fil d'un destin, courber ce qui semblait droit — c'est mon art, celui de la völva. Et oui, Odin lui-même a tendu l'oreille et appris de moi. Cela en gêne plus d'un, car on tient cette magie pour affaire de femmes, et le voir s'y plier paraît indigne à certains. Moi, j'y vois la preuve que le savoir n'a pas de rang : même le souverain des Ases s'incline devant qui sait. Ma baguette n'a pas besoin de trône pour commander aux destins.
Même le souverain des Ases s'incline devant qui sait.
—Tes chats, ton sanglier Hildisvíni, ton manteau de plumes de faucon — tu changes de monture comme d'humeur. Lequel te porte le plus loin, déesse ?
Chacun à sa manière, Loki. Mon char est tiré par deux grands chats, et quand ils s'élancent je traverse les terres des dieux comme une reine sur sa route. Mon sanglier Hildisvíni me porte à travers les neuf mondes lorsque je cherche les lignées et les secrets cachés dans le sang. Mais c'est mon manteau de plumes de faucon que tu m'as toi-même emprunté plus d'une fois, je ne l'oublie pas — celui qui me permet de fendre l'air entre les royaumes. Voler ainsi, c'est voir d'en haut ce que les autres ignorent d'en bas. Une déesse qui voit l'avenir doit aussi pouvoir aller partout : la seiðr dans l'esprit, les ailes au corps.
La seiðr dans l'esprit, les ailes au corps.

—Dans ton Folkvangr, le soir, tu reçois ces guerriers brisés. Que leur offres-tu, à eux qui ont déjà tout perdu sur le champ de bataille ?
Ils n'ont pas tout perdu, Loki — ils ont gagné leur place auprès de moi. Le soir venu, mon hall s'emplit de ceux qui sont tombés avec honneur, et je les accueille comme une hôtesse accueille les siens. On boit l'hydromel, on raconte les batailles, on chante les gestes qui les ont menés ici. Je ne suis pas qu'une déesse de tendresse ; je suis aussi celle qui veille sur les braves au-delà de leur dernier souffle. La nuit, je regarde les mondes des vivants depuis ma demeure, et j'entends ceux qui m'invoquent pour leurs récoltes, leurs noces, leurs guerres. Mon Folkvangr n'est pas un tombeau — c'est un foyer qui ne s'éteint jamais.
Mon Folkvangr n'est pas un tombeau — c'est un foyer qui ne s'éteint jamais.
—On t'appelle la plus belle, la plus convoitée. Cette beauté, Freyja, est-elle une parure que tu portes, ou une arme que tu manies ?
Les deux, Loki, et tu le sais mieux que personne, toi qui joues sans cesse de l'apparence. Ma beauté n'est pas un ornement posé sur moi comme le Brisingamen sur ma gorge ; elle est ce que je suis. Tout ce qui brille m'appartient, dit-on, et c'est vrai — l'éclat me reconnaît pour sienne. Mais qui me croit fragile parce que je suis désirable se trompe lourdement. Je règne sur l'amour, la fertilité, l'abondance des terres ; sans moi, les noces seraient stériles et les champs muets. Ma beauté ouvre les cœurs, mais ma volonté commande aux destins. On peut me convoiter ; on ne me possède pas.
On peut me convoiter ; on ne me possède pas.

—Cette seiðr effraie autant qu'elle fascine. Quand tu lis l'avenir, vois-tu aussi ta propre fin, et la nôtre — le Ragnarök qu'on murmure ?
Je vois beaucoup, Loki, mais voir n'est pas toujours pouvoir dire. La seiðr déroule le fil des destins devant moi comme un tissu sur le métier, et certains de ses motifs sont si sombres que même une völva hésite à les nommer. Il vient un temps où les forces du monde s'affronteront, où l'ordre que nous avons bâti après la guerre des Vanes et des Ases sera défait. Cela, je le pressens. Mais je ne me lamente pas : ce qui doit être tissé sera tissé, et ce qui doit renaître renaîtra. Je préfère régner sur ce qui vit aujourd'hui — l'amour, les semailles, les festins — plutôt que de me consumer à fixer ce qui n'est pas encore.
Ce qui doit être tissé sera tissé, et ce qui doit renaître renaîtra.
—Tu es venue des Vanes, eux des Ases. Après tant de sang versé entre vos peuples, n'es-tu jamais une étrangère parmi nous, à Asgard ?
Une étrangère ? Demande à ceux qui mangent à ma table, Loki. Je suis venue des Vanes, oui, prise comme gage de paix quand nos deux peuples ont cessé la guerre. Mais je n'ai pas traversé les murs d'Asgard en suppliante : j'y suis entrée avec ma magie, mes morts, mon Brisingamen et mon nom. On me compte aujourd'hui parmi les Ásynjur les plus honorées, aux côtés de Frigg. La paix n'a pas effacé ce que je suis ; elle l'a fait rayonner plus loin. Toi non plus tu n'es pas né tout à fait des leurs, et pourtant tu rôdes dans leurs salles. Peut-être sommes-nous deux à savoir ce que c'est de tenir sa place sans la devoir à personne.
La paix n'a pas effacé ce que je suis ; elle l'a fait rayonner plus loin.
—Une dernière chose, Freyja. Quand tu chevauches Hildisvíni entre les mondes, que cherches-tu vraiment, par-delà les royaumes des dieux ?
Je cherche ce qui se cache, Loki. Sur le dos d'Hildisvíni, je remonte les lignées, je dénoue les ascendances oubliées, je vais quérir le savoir là où il dort. Une déesse de la fertilité n'est pas seulement celle qui féconde les champs : elle est celle qui connaît les sangs, les filiations, les promesses tissées entre les êtres. Voilà pourquoi je voyage. Et quand mes chats me ramènent au Folkvangr, je rapporte ce que j'ai vu, pour ceux qui m'invoquent et pour les miens. Tu m'as souvent suivie du coin de l'œil dans ces courses — alors tu le sais : je ne me déplace jamais pour rien. Chaque chemin que je prends nourrit ce que je règne.
Une déesse de la fertilité connaît les sangs, les filiations, les promesses tissées entre les êtres.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Freya's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


