Le serpent d'amidonnier voué au feu
Un serpent modelé dans une pâte d'amidonnier sombre, relevé de cumin amer et de sel, façonné pour être présenté puis rituellement brisé et partagé. Loin d'être un mets de fête, c'est un pain de conjuration, volontairement âpre, à l'image de l'Isfet — le désordre — que l'on voulait réduire à néant.
Un serpent modelé dans une pâte d'amidonnier sombre, relevé de cumin amer et de sel, façonné pour être présenté puis rituellement brisé et partagé. Loin d'être un mets de fête, c'est un pain de conjuration, volontairement âpre, à l'image de l'Isfet — le désordre — que l'on voulait réduire à néant.
Moi, le Lové dans les ténèbres, je ricane de te voir pétrir mon image dans ta farine grossière. Ton prêtre me roule entre ses doigts, m'incise de son couteau de silex et me livre à la flamme — chaque matin il croit m'avoir vaincu, et chaque nuit je remonte du flot. Mets-y le cumin le plus amer, scribe : que ma chair de pâte ait le goût du chaos que tu redoutes. Romps-moi donc, et mange ; tu sauras quelle saveur a celui que Rê ne peut tuer.
- •Farine d'amidonnier (emmer) — deux poignées généreuses (base de la pâte, couleur sombre)
- •Eau du Nil tiède — ce qu'il faut (liage)
- •Cumin moulu — une pincée appuyée (amertume rituelle)
- •Sel — une pincée (assaisonnement)
- •Levain naturel d'orge — un peu (fermentation légère (facultatif))
Le serpent d'amidonnier voué au feu
Un serpent modelé dans une pâte d'amidonnier sombre, relevé de cumin amer et de sel, façonné pour être présenté puis rituellement brisé et partagé. Loin d'être un mets de fête, c'est un pain de conjuration, volontairement âpre, à l'image de l'Isfet — le désordre — que l'on voulait réduire à néant.
Pourquoi ce plat ? Les prêtres d'Héliopolis et de Karnak façonnaient des effigies d'Apophis — en cire, en papyrus, parfois en pâte — pour les piétiner, les transpercer et les jeter au feu lors du rite quotidien de « terrassement d'Apophis ». Ce pain-serpent rejoue ce geste : on le pétrit pour mieux le rompre, comme on rompait chaque aube le pouvoir du grand serpent.
Moi, le Lové dans les ténèbres, je ricane de te voir pétrir mon image dans ta farine grossière. Ton prêtre me roule entre ses doigts, m'incise de son couteau de silex et me livre à la flamme — chaque matin il croit m'avoir vaincu, et chaque nuit je remonte du flot. Mets-y le cumin le plus amer, scribe : que ma chair de pâte ait le goût du chaos que tu redoutes. Romps-moi donc, et mange ; tu sauras quelle saveur a celui que Rê ne peut tuer.
Ingrédients (version d’époque)
- Farine d'amidonnier (emmer) — deux poignées généreuses (base de la pâte, couleur sombre)
- Eau du Nil tiède — ce qu'il faut (liage)
- Cumin moulu — une pincée appuyée (amertume rituelle)
- Sel — une pincée (assaisonnement)
- Levain naturel d'orge — un peu (fermentation légère (facultatif))
Ingrédients
- Farine d'épeautre ou de petit épeautre — 250 g (remplace l'amidonnier)
- Eau tiède — 150 ml environ (liage)
- Cumin en poudre — 1 c. à café (amertume)
- Sel — 1 c. à café (assaisonnement)
- Levain ou levure (facultatif) — 1 c. à soupe de levain (légère levée)
- Graines de cumin entières — 1 c. à café (décor des écailles)
Préparation
- Mélanger la farine, le sel et le cumin moulu, puis incorporer l'eau peu à peu jusqu'à une pâte ferme et non collante.
- Pétrir 10 minutes ; laisser reposer 1 heure sous un linge (un peu plus si l'on utilise du levain).
- Rouler la pâte en un long boudin, l'effiler en queue et l'aplatir en tête de serpent ; enrouler en spirale.
- Inciser des écailles à la pointe d'un couteau et planter des graines de cumin pour figurer les yeux.
- Cuire 20 à 25 minutes à four chaud (220 °C) sur une pierre ou une plaque, jusqu'à ce que la croûte fonce.
- Présenter le serpent, puis le rompre solennellement avant de le partager : le geste compte autant que le goût.
Comment on faisait : Le Papyrus Bremner-Rhind conserve un « Livre pour terrasser Apophis » : on y prescrit de fabriquer des figures du serpent — souvent en cire, parfois dessinées ou modelées — pour les cracher, les piétiner et les brûler. La pâte d'amidonnier, base du pain égyptien, se prêtait au modelage ; les fours domestiques cuisaient sur pierre ou contre la paroi de jarres chauffées.
Le twist contemporain : Pour un atelier scolaire : faire modeler à chacun son petit serpent, puis dresser tous les pains en cercle autour d'un « disque solaire » de pain doré au curcuma — l'ordre encerclant le chaos.
Sources : Papyrus Bremner-Rhind, « Livre pour terrasser Apophis » (British Museum EA 10188) · Delwen Samuel, recherches archéobotaniques sur le pain et la bière de l'Égypte ancienne
Apophis · Charactorium