Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Virgile

par Charactorium · Virgile (69 av. J.-C. — 18 av. J.-C.) · Lettres · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Naples, ses dernières années. Dans une domus ouverte sur la baie, là où la lumière tombe en biais sur les rouleaux de papyrus, le poète le plus célèbre de Rome reçoit à contrecœur — il préfère, dit-il, l'ombre au regard des hommes. Entre deux silences, il accepte pourtant de revenir sur les bergers, les terres perdues, et cette épopée qu'il n'a jamais cru terminer.

On raconte que vous fuyiez les rues de Rome dès qu'un passant vous reconnaissait. Que vous arrivait-il dans ces moments ?

À Rome, il suffisait qu'un inconnu murmure mon nom sur le forum pour que je cherche aussitôt une ruelle où disparaître. On me suivait, on voulait toucher le pan de ma toge comme si j'étais quelque acteur applaudi au théâtre — et je n'ai jamais rien désiré de moins. J'ai quitté la ville plus d'une fois pour ce seul motif, gagnant le calme de Naples où nul ne me dévisageait. Le plus étrange, c'est qu'Auguste lui-même me pressait de paraître, de lire, de poursuivre mon ouvrage. Un homme qui commande au monde entier, et moi qui ne savais pas commander à ma propre gêne devant trois curieux. Je crois que le poète n'est pas fait pour la place publique : il lui faut l'ombre, comme à la vigne il faut le tuteur. La gloire, je la voulais bien pour mes vers, point pour mon visage.

Je voulais bien la gloire pour mes vers, point pour mon visage.

Vos premiers vers, les Bucoliques, naissent en pleine tourmente des guerres civiles. Comment chante-t-on des bergers quand Rome se déchire ?

J'avais en tête les collines de mon enfance quand j'ai écrit : « Tityrus, couché sous un large hêtre, tu cultives le chalumeau champêtre avec tes mélodies légères. » Au-dehors, les armées se partageaient l'Italie, les proscriptions vidaient les maisons — et moi je dressais dix petites scènes de pâtres, d'ombrages et de flûtes. On m'a reproché, parfois, cette douceur en un temps de fer. Mais c'est précisément parce que tout brûlait que ces églogues ont plu : elles offraient un coin d'herbe où respirer, le souvenir d'un monde que la guerre n'avait pas encore piétiné. Le berger qui chante sous son hêtre n'ignore pas la violence ; il sait qu'un autre, plus loin, a perdu son champ. Mon chalumeau n'effaçait pas le malheur — il lui opposait une autre voix, plus basse, plus tenace.

C'est précisément parce que tout brûlait que ces églogues ont plu.

Pourquoi des bergers, justement ? Qu'est-ce que la flûte champêtre dit que l'épée ne dit pas ?

Le berger ne possède presque rien : un troupeau, une flûte, l'ombre d'un arbre. C'est pour cela qu'il peut tout chanter. Dans mes Bucoliques, j'ai voulu un monde où le temps se mesure aux saisons et non aux victoires, où l'on pleure un amour perdu plutôt qu'une bataille. L'épée tranche, elle conclut ; la flûte, elle, prolonge, elle laisse la question ouverte. Quand Rome ne savait plus parler que par les proscriptions, j'ai prêté ma voix à des hommes simples qui se répondent d'un pré à l'autre. Beaucoup y ont vu une évasion ; je crois plutôt que c'était un refuge, et qu'un refuge n'est pas une fuite. On y entre pour reprendre souffle, puis l'on retourne au monde un peu moins dur — et c'est, peut-être, tout ce qu'un poème peut offrir.

Un refuge n'est pas une fuite.

Vous avez vous-même connu ces dépouillements. Que reste-t-il, en vous, de la perte de vos terres familiales ?

La cicatrice ne s'est jamais tout à fait fermée. Après les guerres civiles, on a confisqué les terres autour de Mantoue pour les distribuer aux vétérans — et celles de ma famille, à Andes, furent prises avec les autres. J'ai vu ce que voient tant de mes bergers : un homme chassé du sillon que son père avait creusé. Selon ce qu'on m'a permis d'espérer, c'est le jeune Octavien qui pesa pour qu'on me les rendît. Comment, ensuite, ne pas songer à lui en composant mes vers ? Je ne prétends pas qu'une faveur fasse un poème ; mais je sais qu'un champ rendu réchauffe la reconnaissance d'un homme, et que cette chaleur a coloré bien des pages où je chante Rome et son destin. La dette n'est pas une chaîne — c'est une racine.

La dette n'est pas une chaîne — c'est une racine.

Comment passe-t-on de la gratitude d'un homme à qui l'on a rendu son champ, à l'éloge du maître de Rome dans une épopée entière ?

Je me garderais de dire que j'ai écrit pour payer une dette — un poème acheté sonne faux, et l'oreille romaine reconnaît le faux à la première syllabe. Mais il est vrai que l'homme qui m'a rendu Andes est aussi celui qui a refermé les portes de la guerre civile après Actium. J'avais sous les yeux les deux choses à la fois : ma reconnaissance privée et la paix publique. Dans le cercle de Mécène, on ne me commandait pas des flatteries ; on me laissait chercher comment dire la grandeur de Rome sans mentir. J'ai trouvé qu'en remontant jusqu'à Énée, je pouvais célébrer Auguste sans m'agenouiller devant lui — en l'inscrivant dans un destin plus vaste que sa personne. La dette personnelle m'a donné l'élan ; le sens de Rome lui a donné sa forme.

En remontant jusqu'à Énée, je pouvais célébrer Auguste sans m'agenouiller devant lui.
French:  Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à VirgileDante and Virgil Encountering the Shades of Francesca de Rimini and Paolo in the Underworldtitle QS:P
French: Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à VirgileDante and Virgil Encountering the Shades of Francesca de Rimini and Paolo in the Underworldtitle QS:PWikimedia Commons, Public domain — Ary Scheffer

L'Énéide s'ouvre sur une déclaration célèbre. Que vouliez-vous annoncer dès ce premier vers ?

« Je chante les armes et l'homme qui, fuyant les rivages de Troie, vint en Italie par le destin et les tempêtes, tourmenté longtemps par la puissance de Junon et par la guerre. » Tout est là, dès l'ouverture : les armes, parce que c'est une épopée ; l'homme, parce qu'au cœur de tant de fureur je voulais un cœur qui doute, qui souffre, qui persévère. Énée n'est pas un foudre de guerre comme l'Achille des Grecs ; il porte son père sur ses épaules et son fils par la main. Il fuit une ville en cendres pour en fonder une autre qu'il ne verra pas. Voilà ce que je voulais chanter : non la gloire facile du vainqueur, mais le poids d'un destin que l'on n'a pas choisi et qu'on assume pourtant. Le reste — douze livres — n'est que le déploiement de ce premier souffle.

Énée porte son père sur ses épaules et son fils par la main.

Beaucoup lisent dans cette épopée un service rendu au pouvoir. Cette œuvre devait-elle glorifier Rome et son prince ?

Je ne le nierai pas : mon poème relie Troie à Rome, et Rome à la maison d'Auguste, comme on relie le tronc à ses racines. Montrer que le destin romain était écrit de longue date, que la cité d'Énée devait un jour donner un maître de paix au monde — oui, cela servait le prince. Mais glorifier n'est pas mentir, et un éloge qui ne dit que le bien n'est qu'une statue creuse. J'ai mis dans l'Énéide des larmes, des fautes, une reine abandonnée qui se donne la mort, des guerres en Italie qui ressemblent furieusement aux nôtres. Le lecteur attentif y entend aussi le coût de la grandeur. Un poème qui ne ferait que flatter mourrait avec celui qu'il flatte ; je voulais que le mien dure plus longtemps que la faveur d'un homme.

Un éloge qui ne dit que le bien n'est qu'une statue creuse.

Pourquoi avoir fait précisément d'Énée, un Troyen vaincu, l'ancêtre des Romains ?

Parce qu'un peuple se reconnaît mieux dans un survivant que dans un conquérant. Aeneas, le Troyen échappé du désastre, porte avec lui ses dieux domestiques, les Pénates, qu'il transplante en terre d'Italie : Rome naît ainsi d'une fidélité, non d'un pillage. Et puis la famille d'Auguste, les Iulii, faisait remonter son sang jusqu'à Iule, le fils d'Énée — il y avait là un fil que nul n'avait encore tissé en un grand récit. En choisissant un vaincu, je donnais aussi à Rome une leçon : on peut tout perdre, sa ville, son toit, et bâtir plus grand sur la cendre. C'était vrai pour Énée ; c'était vrai, je crois, pour une Italie sortie exsangue de ses guerres. L'ancêtre que je leur offrais n'était pas un homme sans peur, mais un homme qui continue.

Un peuple se reconnaît mieux dans un survivant que dans un conquérant.
Polish:  Dante i Wergiliusz w piekle Dante and Virgil in Helllabel QS:Luk,"Данте і Вергілій у пеклі"label QS:Lit,"Dante e Virgilio nell'Inferno"label QS:Lfr,"Dante et Virgile en Enfer"label QS:Len,"D
Polish: Dante i Wergiliusz w piekle Dante and Virgil in Helllabel QS:Luk,"Данте і Вергілій у пеклі"label QS:Lit,"Dante e Virgilio nell'Inferno"label QS:Lfr,"Dante et Virgile en Enfer"label QS:Len,"DWikimedia Commons, Public domain — William-Adolphe Bouguereau

Que diriez-vous de ce contraste entre l'homme timide que vous êtes et la place immense que vos vers occupent dans Rome ?

Il y a deux Virgile, et ils s'entendent mal. L'un, à la table de Mécène, écoute les autres réciter et n'ouvre la bouche qu'avec peine ; l'autre, sur le rouleau de papyrus, parle d'une voix qu'on dit assurée jusque dans les palais. Je suis plus à l'aise avec le calame qu'avec ma propre langue. Quand on m'invite à lire mes vers devant Auguste, mes mains tremblent comme celles d'un débutant — et pourtant ces mêmes vers, dit-on, font taire la salle. Je crois que l'écriture est l'asile des timides : sur la cire, on peut effacer, recommencer, peser chaque mot, ce que la conversation ne permet jamais. La couronne de laurier, je la laisse volontiers à mes vers ; pour l'homme, l'ombre d'un portique me suffit.

L'écriture est l'asile des timides.

On rapporte qu'à votre dernière heure, vous avez réclamé que l'Énéide soit brûlée. Est-ce vrai ?

En revenant de Grèce, malade, je n'avais qu'une pensée : ce poème n'était pas fini. Douze ans d'un travail que je n'ai jamais jugé achevé — il restait des vers boiteux, des demi-vers en suspens, des passages que je voulais reprendre encore. À Brindisium, sentant la fin venir, j'ai demandé qu'on m'apporte les rouleaux pour les jeter au feu. Non par dédain, comprenez-le bien : par scrupule. Livrer aux hommes une œuvre imparfaite me semblait une faute, presque une impiété envers le métier. On me l'a refusé. Auguste lui-même a ordonné qu'on garde le manuscrit, contre ma volonté de mourant. Je ne sais si je dois lui en vouloir ou lui en être reconnaissant — peut-être les deux, comme on l'est toujours envers ceux qui nous sauvent malgré nous.

Je voulais le brûler non par dédain, mais par scrupule.

Si l'œuvre vous a survécu malgré vous, qui en a pris soin, et que reste-t-il de votre exigence inassouvie ?

Ce sont deux amis, Varius et Plotius Tucca, qui ont recueilli mes rouleaux et les ont mis au jour selon ce qu'Auguste avait décidé. Je leur avais, dit-on, recommandé de ne rien ajouter de leur main, de ne rien achever à ma place — qu'on me lise inachevé plutôt que retouché. S'ils ont respecté ce vœu, alors mes demi-vers brisés courent encore dans l'épopée, ces lignes que la mort a coupées avant que je les complète. Étrangement, je m'en console : peut-être un poème ne doit-il jamais paraître tout à fait clos, comme un temple dont une colonne attend encore son tailleur. L'exigence inassouvie, c'est cela qui maintient un ouvrage vivant. J'aurais voulu trois ans de plus pour le polir ; on me les a refusés. Il faudra que l'imperfection soit, elle aussi, une forme de la beauté.

Un poème ne doit jamais paraître tout à fait clos.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Virgile. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.