Imaginary interview

Imaginary interview with Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert

by Charactorium · Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert · Literature · Sciences · Philosophy · Politics · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert
Wikimedia Commons, Public domain — Nicolas de Largillière

Un mardi soir de l'automne 1728, à l'Hôtel de Nevers, rue de Richelieu. Les bougies fument encore dans les chandeliers de la grande salle que viennent de quitter les derniers académiciens. La marquise de Lambert, robe gris perle et dentelles de Malines, nous reçoit dans son cabinet, où un secrétaire en marqueterie garde ses papiers en ordre.

Comment votre salon a-t-il gagné cette réputation d'être « l'antichambre de l'Académie française » ?

On me prête un pouvoir que je n'ai jamais réclamé, et pourtant je ne le démens pas tout à fait. Chaque mardi, dans cette salle où vous êtes assis, Fontenelle, La Motte-Houdar et quelques autres viennent éprouver leurs idées avant de les porter plus haut. Il se trouve qu'une candidature à l'Académie, ce corps où je ne siégerai jamais parce que je suis née femme, gagne à passer d'abord par mon fauteuil doré. Rien de plus naturel : je connais les hommes, je devine ceux qui pensent de ceux qui paradent. Je ne fais pas les élections, monsieur ; je prépare seulement les esprits à ne pas se déshonorer devant leurs pairs.

Je ne siégerai jamais dans ce corps parce que je suis née femme, et pourtant nul n'y entre sans passer par mon fauteuil.

N'y a-t-il pas quelque amertume à façonner une gloire dont on vous exclut ?

L'amertume est un sentiment que j'ai appris à congédier, comme on éteint une bougie qui charbonne. Je préfère l'influence discrète au titre bruyant. Voyez : ces messieurs de l'Académie viennent chez moi, rue de Richelieu, avec leurs manuscrits sous le bras et leurs vanités à corriger. Ils repartent meilleurs, et le monde croit qu'ils se sont faits seuls. Qu'importe le nom sur la porte, si l'esprit qui règne dans la maison est le mien ? J'ai toujours tenu que la véritable noblesse ne tient ni au rang ni au siège officiel, mais à ce que l'on cultive en soi. Une femme peut gouverner les Lumières sans en porter la livrée.

Pourquoi avoir consacré vos Réflexions nouvelles sur les femmes à dénoncer leur ignorance ?

Parce que cette ignorance, monsieur, on la leur fabrique avant de la leur reprocher. J'ai écrit, dans ces Réflexions de 1727, ce que je pense sans détour : « On ôte aux femmes l'éducation et les vertus, et on leur reproche ensuite de n'avoir ni l'une ni les autres. C'est une injustice criante. » Voilà tout le procédé de notre siècle. On tient nos filles loin des livres, on les nourrit de galanterie et de dentelles, puis l'on s'étonne qu'elles ne sachent que broder. Moi, j'ai lu Descartes et Malebranche, reliés en maroquin dans ma bibliothèque, et je ne me porte pas plus mal d'être une honnête femme instruite.

On ôte aux femmes l'éducation, puis l'on s'étonne qu'elles ne sachent que broder.

Quel conseil donnez-vous aux jeunes filles dans vos Avis d'une mère à sa fille ?

Je leur dis une vérité rude, celle que j'ai écrite pour ma propre enfant en 1728 : « Les femmes ont deux partis à prendre : ou la retraite et les occupations sérieuses, ou le monde et la coquetterie. Il n'y a point de milieu qui ne les dégrade. » Comprenez-moi bien : je ne prêche pas le couvent. La retraite dont je parle est celle de l'étude, du cabinet, de la lecture patiente au petit matin. Une jeune fille qui n'aura appris qu'à plaire sera perdue le jour où elle cessera de plaire. Celle qui aura nourri son âme aura de quoi vivre jusqu'à la vieillesse, quand les grâces s'en vont mais que l'esprit demeure.

Vous souvenez-vous du combat que vous avez mené après la mort de votre mari ?

Je m'en souviens comme d'une école plus dure que tous les livres. En 1686, le marquis de Lambert mourut en me laissant des dettes pour tout héritage, et ma dot engloutie dans ses affaires. Il me fallut plaider des années durant pour recouvrer ce qui m'appartenait en propre. Voyez l'ironie : une femme apporte ses biens au mariage, on les nomme inaliénables, et pourtant le premier créancier venu les emporte. J'ai appris devant les juges ce que nul traité de morale ne m'aurait enseigné : qu'une femme sans instruction ni fermeté n'est, aux yeux de la loi, qu'une mineure qu'on dépouille poliment. Ce procès fut le berceau de toutes mes idées.

French:  Portrait présumé de Anne Thérèse de Marquenat de Courcelleslabel QS:Lfr,"Portrait présumé de Anne Thérèse de Marquenat de Courcelles"
French: Portrait présumé de Anne Thérèse de Marquenat de Courcelleslabel QS:Lfr,"Portrait présumé de Anne Thérèse de Marquenat de Courcelles"Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — Nicolas de Largillière

Que diriez-vous à celles qui subissent aujourd'hui la même dépendance ?

Je leur dirais de ne jamais confondre la douceur avec la faiblesse. J'ai passé des matinées entières à ce secrétaire, non à écrire des vers galants, mais à compter, à comprendre les actes, à correspondre avec mes gens d'affaires autant qu'avec Fontenelle. Une femme doit connaître l'état de sa fortune comme elle connaît son visage dans le miroir. La dépendance juridique où on nous tient n'est pas une fatalité de la nature : c'est un ouvrage des hommes, et ce qui est fait de main d'homme peut être défait. J'ai récupéré mon bien pierre à pierre. Que chacune apprenne à défendre le sien avant qu'on ne le lui prenne.

La dépendance où l'on nous tient est un ouvrage des hommes, et ce qui est fait de main d'homme peut être défait.

Comment avez-vous réagi en apprenant que vos Réflexions étaient imprimées à votre insu ?

Avec une contrariété que je vous avoue encore. Ce texte, je l'avais laissé courir en manuscrit parmi mes amis, comme on prête un objet précieux dont on veut garder l'usage. Or voilà qu'en 1727 un libraire de La Haye l'imprime sans mon aveu, l'expose au grand jour, le livre aux quolibets. J'ai dû désavouer publiquement cette édition, non par reniement de mes idées — Dieu m'en garde — mais parce qu'une femme de ma condition ne saurait paraître courir après l'imprimerie comme un bel esprit affamé de gloire. La bienséance, monsieur, est la prison dorée où l'on tient les femmes qui pensent.

French:  Portrait d'Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert (1647-1733) title QS:P1476,fr:"Portrait d'Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert (1647-1733) "la
French: Portrait d'Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert (1647-1733) title QS:P1476,fr:"Portrait d'Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert (1647-1733) "laWikimedia Commons, Public domain — Nicolas de Largillière

N'est-il pas cruel de devoir renier publiquement ce que l'on croit intimement ?

Cruel, non ; contraignant, oui. Il y a deux vérités qui cohabitent chez une femme de mon rang : celle du cœur, que je confie à mes papiers, et celle du monde, qu'il faut ménager sous peine de tout perdre. J'ai désavoué la forme sans jamais désavouer le fond. Ceux qui me lisaient bien savaient que ma plume n'avait pas changé d'un iota. C'est là toute la ruse qu'on impose aux femmes savantes : dire en paraissant se taire, affirmer en semblant s'excuser. Fontenelle, qui goûtait ces finesses, m'a souvent dit que je maniais le silence mieux que d'autres ne manient le discours.

Vous avez vu naître de grandes œuvres dans ce salon. Racontez-nous ces soirées.

Ah, celles-là valent tous les théâtres ! Un soir, Montesquieu, alors jeune président venu de Bordeaux, nous a lu des pages de ses Lettres persanes — ces Persans qui regardent Paris comme on regarde une ménagerie. Nous en avons ri et débattu jusqu'à ce que les bougies fondent. Une autre fois, Marivaux nous a donné les premières scènes du Jeu de l'amour et du hasard, et je puis vous dire que j'ai entendu cette pièce avant que Paris ne s'en enivre. Voilà mon vrai luxe : non les soieries ni les vins de Bourgogne, mais d'assister à l'éclosion des idées, à cette heure fragile où une œuvre n'appartient encore qu'à celui qui l'a rêvée.

J'ai entendu ces œuvres à l'heure fragile où elles n'appartenaient encore qu'à celui qui les rêvait.

Qu'est-ce qui liait tous ces esprits que vous réunissiez le mardi ?

L'amitié véritable, monsieur, celle dont j'ai fait un traité. J'y ai écrit que « l'amitié est un commerce d'âme à âme ; elle ne peut exister qu'entre des personnes qui ont les mêmes principes et les mêmes sentiments sur l'honneur et la vertu. » Voilà ce qui tenait ensemble Fontenelle, Marivaux et les autres, bien mieux que le goût du bel esprit ou la vanité des salons. Nous ne nous flattions pas ; nous nous éprouvions. Un ami, dans ma maison, était celui qui vous corrigeait sans vous blesser et vous admirait sans vous flatter. C'est cette éthique-là, plus que mes idées sur les femmes, que je voudrais qu'on retînt de moi.

Un ami était celui qui vous corrigeait sans vous blesser et vous admirait sans vous flatter.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.