Kids interview Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert
by Charactorium · Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert · Literature · Sciences · Philosophy · Politics · 4 min read

Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un grand hôtel parisien. Une vieille dame élégante les attend près de la fenêtre, un livre à la main. Elle sourit : personne, depuis longtemps, n'était venu lui poser tant de questions.
—C'était comment, un mardi soir chez vous, quand tout le monde arrivait ?
Tu sais, mon enfant, le mardi soir, ma maison s'allumait de bougies. J'habitais l'Hôtel de Nevers, rue de Richelieu. Imagine une grande pièce, sans aucun bruit dehors, juste des chevaux au loin. Et là, des messieurs très savants arrivaient : Fontenelle, Marivaux, La Motte. On parlait de sciences, de morale, de belles-lettres. On riait aussi, beaucoup. Chacun s'asseyait dans un fauteuil doré, autour de moi. Je choisissais le sujet du soir comme on choisit un plat pour un repas. Et parfois, la conversation durait si tard qu'on voyait le jour se lever.
Je choisissais le sujet du soir comme on choisit un plat pour un repas.
—On dit que votre salon était « l'antichambre de l'Académie ». Ça veut dire quoi ?
Ah, ce surnom ! L'Académie française, c'est une grande assemblée d'écrivains, la plus honorée du royaume. Pour y entrer, il faut être élu par les autres. Or, beaucoup de ces messieurs venaient d'abord chez moi. On disait qu'aucun candidat sérieux ne réussissait sans mon appui. C'était un vrai pouvoir, tu comprends. Et pourtant, moi, je ne pouvais pas y siéger : les femmes n'y étaient pas admises. Alors je faisais entrer les autres par la grande porte, en restant, moi, sur le seuil. Cela m'amusait et me peinait à la fois.
Je faisais entrer les autres par la grande porte, en restant sur le seuil.
—Vous étiez triste quand votre mari est mort ? Qu'est-ce qui a changé pour vous ?
Mon mari est mort en 1686, mon enfant. Le chagrin, oui. Mais très vite, un autre combat : l'argent. À mon époque, une femme apportait au mariage une dot, c'est-à-dire une fortune de sa famille. La mienne s'était perdue dans les dettes de mon époux. J'ai dû faire un long procès pour la récupérer. Imagine te battre des années pour ce qui t'appartient déjà. J'ai appris là une chose terrible : une femme sans savoir et sans bien est à la merci de tout. Ce procès m'a rendue plus forte, et plus décidée à défendre les autres femmes.
Une femme sans savoir et sans bien est à la merci de tout.
—Pourquoi vous vouliez qu'on instruise les filles ? À l'époque c'était pas normal ?
Non, mon enfant, ce n'était pas l'usage. On pensait qu'une fille devait plaire, coudre, se taire. On lui refusait les livres et les leçons. Puis on se moquait d'elle en disant : « voyez comme elle est ignorante ! » Mais c'est nous qui l'avions rendue ainsi. Dans mes Réflexions nouvelles sur les femmes, j'ai osé le dire : on prive les femmes d'éducation, puis on leur reproche de n'en pas avoir. J'appelais cela une injustice criante. Pour ma propre fille, j'ai écrit des conseils, mes Avis d'une mère à sa fille. Je voulais qu'elle pense par elle-même.
On prive les femmes d'éducation, puis on leur reproche de n'en pas avoir.
—Et vous, petite, on vous a laissée lire et apprendre ?
J'ai eu de la chance, vois-tu. J'aimais les livres dès l'enfance, et on ne me l'a pas interdit. Plus tard, ma bibliothèque était mon trésor : Descartes, Malebranche, Fontenelle, reliés en beau cuir. Chaque matin, dans mon cabinet, je lisais et j'écrivais avant tout le monde. C'était mon secret bonheur. Alors, quand j'ai vu d'autres filles privées de ce plaisir, cela m'a révoltée. Apprendre, ce n'est pas devenir savante pour se vanter. C'est avoir une âme éclairée, un jugement à soi. Voilà ce que je voulais offrir à ma fille : non des bijoux, mais une pensée bien à elle.
Apprendre, ce n'est pas se vanter : c'est avoir un jugement à soi.

—C'est vrai qu'un de vos livres a été imprimé sans votre permission ?
Hélas, oui ! Mes Réflexions nouvelles sur les femmes circulaient d'abord à la main, recopiées entre amis lettrés. Je ne les avais pas fait imprimer. Et voilà qu'en 1727, quelqu'un les a publiées à La Haye, en Hollande, sans me demander. Imagine qu'on prenne ta lettre la plus intime et qu'on l'affiche sur la place ! À mon époque, une dame de mon rang devait rester discrète. Alors j'ai désavoué cette édition tout haut. Mais au fond de moi, mes idées, je ne les reniais pas. Je grondais la manière, pas le fond.
Je grondais la manière, pas le fond.
—Ça vous faisait peur de dire des choses aussi hardies sur les femmes ?
Un peu, je l'avoue. À mon époque, une femme qui écrivait s'exposait aux moqueries. On la traitait de bel esprit, tu sais, ce mot qu'on lançait comme une pierre pour dire « elle se croit savante ». Alors je marchais sur un fil. D'un côté, la bienséance : rester une dame convenable. De l'autre, mes idées, que je croyais justes. J'ai choisi de dire vrai, mais sans éclat, sans scandale. Comme on glisse une graine dans la terre plutôt que de crier au vent. Les graines, vois-tu, elles poussent longtemps après qu'on a cessé de parler.
J'ai semé mes idées comme des graines, non comme des cris.

—Montesquieu, le grand écrivain, il venait vraiment chez vous ?
Oui, mon enfant, et c'était un jeune homme alors ! Montesquieu venait dans les années 1720, il était juge à Bordeaux. Chez moi, il lisait tout haut des pages de ses Lettres persanes, ce livre malicieux où des voyageurs étrangers regardent la France et s'en étonnent. Nous discutions, nous le contredisions, nous le poussions à réfléchir. Plus tard, il a reconnu que ces soirées l'avaient nourri. Vois-tu, un salon, ce n'est pas seulement bavarder. C'est un atelier où les idées se forgent à plusieurs. On y venait chercher des amis, mais aussi de meilleures pensées.
Un salon, c'est un atelier où les idées se forgent à plusieurs.
—Vous avez écrit sur la vieillesse. C'était dur pour vous de vieillir ?
J'ai vécu très vieille, mon enfant : quatre-vingt-six ans ! Vieillir, ce n'est pas rien. On perd des forces, des amis s'en vont. Alors j'ai écrit un petit Traité de la vieillesse. Je m'inspirais des Anciens, surtout d'un sage romain, Cicéron, qui disait qu'on peut vieillir avec dignité. J'y ai mis une idée simple : la vieillesse est un état dont il faut prendre le parti. Cela veut dire : accepte-la avec sagesse, ou tu deviendras ridicule à lutter contre elle. Comme un arbre en automne : il ne pleure pas ses feuilles, il se prépare doucement à l'hiver.
La vieillesse est un arbre en automne : il ne pleure pas ses feuilles.
—Si on pouvait vous rencontrer aujourd'hui, qu'est-ce que vous voudriez nous dire ?
Ce que je vous dirais ? De ne jamais laisser personne décider à votre place ce que vous avez le droit d'apprendre. Toute ma vie, j'ai vu des esprits gâchés faute de leçons, surtout ceux des filles. J'ai écrit, j'ai reçu, j'ai défendu cette idée dans mes Avis et mes Réflexions. Et je vous dirais aussi : cherchez de vrais amis, pas des flatteurs. Dans mon Traité de l'amitié, j'expliquais que l'amitié est un accord d'âme à âme. Le savoir et l'amitié : voilà deux trésors qu'on ne vous prendra jamais. Gardez-les précieusement, mes enfants.
Le savoir et l'amitié : deux trésors qu'on ne vous prendra jamais.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


