Imaginary interview with Ashurbanipal
by Charactorium · Ashurbanipal (684 av. J.-C. — 630 av. J.-C.) · Politics · Military · Culture · 6 min read

Ninive, dans le palais nord, à l'heure où les torches font trembler les taureaux ailés sur les murs. Le roi d'Assyrie reçoit près d'une table basse couverte de tablettes d'argile, un calame encore à portée de main. Il parle bas, comme un homme habitué à ce qu'on l'écoute sans qu'il élève la voix.
—On dit que vous êtes un roi qui sait déchiffrer les signes lui-même. Est-ce vrai ?
Cela surprend, n'est-ce pas ? Un roi d'Assyrie tient l'arc et le sceptre, non le calame. Moi, on m'a formé comme un scribe. Je lis le sumérien des anciens et l'akkadien de mes pères, je démêle les tablettes obscures que même mes lettrés reposent en soupirant, et je sais résoudre les problèmes de nombres. Marduk, le sage parmi les dieux, m'a donné un esprit large en partage ; j'ai appris l'art du sage Adapa, le savoir caché de tout l'art d'écrire. Ne crois pas que je m'en vante par orgueil vain : un roi qui ne peut lire ce qu'on lui présente est un aveugle qu'on mène par la main. Moi, je vois de mes propres yeux.
Un roi qui ne peut lire ce qu'on lui présente est un aveugle qu'on mène par la main.
—Pourquoi tenez-vous à ce que les tablettes gardent trace de qui les possède ?
À la fin de chaque tablette de ma bibliothèque, mes scribes gravent une note — un colophon, disent-ils. On y lit que ce texte appartient au palais d'Assurbanipal, roi de l'univers, à qui Nabû et Tashmetu ont donné de larges oreilles et des yeux pénétrants pour examiner les écrits. Ce n'est pas seulement une marque de propriété, comme le sceau-cylindre qu'on roule sur l'argile fraîche pour signer. C'est un serment. Tant que ces mots demeurent, on saura qu'un roi de Ninive aima le savoir au point de le rassembler sous son toit. Les royaumes s'effondrent, les murs de brique crue retournent à la poussière. L'argile cuite, elle, se souvient.
Les murs retournent à la poussière ; l'argile cuite, elle, se souvient.
—Comment avez-vous réuni cette immense collection de tablettes ?
Par les scribes et par la volonté. J'ai envoyé mes hommes parcourir la Babylonie, entrer dans les temples et les maisons, ouvrir les coffres des devins et des prêtres. Tout ce qui portait des signes, ils devaient le copier ou le rapporter à Ninive — les rituels, les présages, les incantations, les chants anciens. Certains me tendaient leurs tablettes en tremblant ; peu importe, elles étaient plus en sûreté chez moi que dans une maison qu'un incendie peut emporter. Ainsi j'ai bâti, au cœur de mon palais, une chose que nul roi avant moi n'avait osé : un lieu où le savoir de tout le pays serait rangé, classé, gardé. Des dizaines de milliers de plaquettes d'argile, chacune à sa place.
Tout ce qui portait des signes, mes scribes devaient le rapporter à Ninive.
—Parmi tous ces textes, en est-il un que vous teniez pour un trésor entre tous ?
Il y a ce long chant sur Gilgamesh, le roi d'Uruk qui voulut échapper à la mort et rencontra l'homme sauvé du déluge. Mes scribes en ont copié la version la plus complète que l'on connaisse. Sur une tablette, l'ancêtre révèle son secret : à Shuruppak, sur les rives de l'Euphrate, les dieux résolurent d'envoyer le flot. Quand je lis ces lignes le soir, moi qui ai vu tomber des villes et des rois, je comprends que même le plus puissant ne franchit pas la porte du néant. Voilà pourquoi je conserve ces mots : non pour me consoler, mais pour ne pas m'aveugler. Un roi qui s'oublie mortel devient un tyran ridicule.
Un roi qui s'oublie mortel devient un tyran ridicule.
—Vous avez fait la guerre à votre propre frère. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Notre père Assarhaddon avait voulu bien faire : à moi l'Assyrie, à Shamash-shum-ukin le trône de Babylone. Un frère au nord, un frère au sud, liés par le sang et le serment. Mais celui à qui l'on donne une couronne finit par vouloir tout le ciel. Il a soulevé le sud contre moi. Quatre années durant, il a fallu marcher, assiéger, affamer cette ville que je vénérais pourtant, dont j'avais restauré les temples et rendu les statues des dieux. En 648, les murs ont cédé. Mon frère a péri dans les flammes de son propre palais. On m'a félicité de ma victoire. Moi, je n'ai pas trouvé de mot pour cela.
Celui à qui l'on donne une couronne finit par vouloir tout le ciel.
—Regrettez-vous d'avoir traité Babylone avec tant de douceur avant la révolte ?
Non. J'avais reconstruit ses sanctuaires, ramené les statues divines que la guerre avait dispersées, parlé au sud avec la main ouverte plutôt qu'avec le fouet. C'était juste. Babylone n'est pas une province comme une autre : c'est le vieux cœur du pays, la mère des rois et des scribes. On ne l'écrase pas comme on rase un village rebelle. Que mon frère ait trahi cette clémence, c'est sa faute, non la mienne. Un roi peut choisir d'être dur ou doux ; il ne choisit pas le cœur de ceux qu'il élève. J'ai tendu la conciliation, on m'a rendu la révolte. Je referais pourtant le même geste : mieux vaut être trahi juste que craint injuste.
Mieux vaut être trahi juste que craint injuste.
—Que reste-t-il, pour vous, de la campagne contre l'Élam ?
Suse. La grande ville sainte des Élamites, la demeure de leurs dieux, le lieu de leurs secrets. En 646, je l'ai conquise, j'ai pénétré dans ses palais et j'y ai séjourné dans la joie. Ce peuple avait harcelé l'Assyrie depuis des générations, du temps de mon grand-père et avant lui ; à la rivière Ulaï, déjà, nos lances les avaient brisés. Mais tant qu'une capitale respire, l'ennemi renaît. J'ai donc défait Suse pierre après pierre, emporté ses trésors, ramené jusqu'à Ninive les ossements de leurs rois. Cruel ? Peut-être. Mais l'Orient ne nous a plus jamais menacés. Il est des maisons qu'il faut abattre pour que les enfants dorment.
Il est des maisons qu'il faut abattre pour que les enfants dorment.
—On raconte qu'après cette victoire, vous vous êtes fait représenter dans un jardin, banquetant. Que montre cette image ?
Sur les reliefs en albâtre de mon palais, on m'a sculpté couché sous une treille, une coupe à la main, la reine assise près de moi, les musiciens jouant dans la fraîcheur des arbres. Le repos du vainqueur. Et là, dans le feuillage, un détail que mes tailleurs de pierre ont ciselé avec soin : la tête tranchée du roi d'Élam, pendue à une branche comme un fruit mûr. Cela choque ceux qui ne comprennent pas. Pourtant tout y est dit : la paix que je goûte est faite de la guerre que j'ai gagnée. Le jardin est doux parce que l'ennemi est mort. Un roi ne cache pas cette vérité — il la grave dans la pierre pour que nul ne l'oublie.
La paix que je goûte est faite de la guerre que j'ai gagnée.
—Pourquoi tant de vos murs montrent-ils le roi chassant le lion ?
Parce que le lion est le chaos qui rôde aux marges du monde ordonné. Sur les reliefs du palais nord, on me voit debout sur mon char de guerre, l'arc composite tendu — cet arc de bois, de corne et de tendon dont la flèche perce même le fauve chargeant. Les bêtes qu'on lâche dans l'arène ont été élevées pour cela ; le peuple regarde depuis les talus. Ce n'est pas un jeu, c'est un serment rendu visible : tant que ma main tient l'arc, la bête ne dévorera pas les troupeaux, ni le désordre les cités. Le roi qui abat le lion dit à chacun : je me tiens entre vous et la gueule du chaos. Voilà ma charge, plus lourde qu'aucune couronne.
Je me tiens entre vous et la gueule du chaos — voilà ma charge.
—Comment se déroule une de vos journées, entre les dieux, l'État et ces tablettes que vous aimez tant ?
L'aube appartient aux dieux. Les devins examinent le foie des bêtes sacrifiées et scrutent les présages du ciel — un haruspice attentif vaut mieux qu'une armée mal conseillée. Puis on m'apporte la correspondance venue des quatre coins de l'empire, les rapports des gouverneurs. L'après-midi, je rends la justice, je reçois les ambassadeurs, j'enregistre le tribut que versent les peuples soumis, et je prépare les campagnes. Mais quand le jour faiblit, je me retire parfois vers mes tablettes, je fais copier un texte ancien, je relis une incantation. Le soir enfin, le banquet dans les jardins, les musiciens, la reine. On me croit tout entier guerrier. On oublie que je gouverne aussi avec le calame.
On me croit tout entier guerrier ; on oublie que je gouverne avec le calame.
—Si vous pouviez imaginer qu'on vous lise dans mille ans, que voudriez-vous qu'on retienne ?
Étrange pensée, que celle d'un lecteur si lointain. Les rois avant moi ont voulu qu'on retienne leurs villes prises et leurs peuples courbés — et moi aussi, j'ai fait graver mes campagnes sur les prismes et les cylindres, année après année. Mais si un homme d'un âge que je ne connaîtrai pas déterre une seule chose de Ninive, je souhaite que ce soit une tablette de ma bibliothèque, intacte, encore lisible. Que les royaumes tombent, cela est dans l'ordre ; l'Assyrie elle-même tombera, car rien de bâti par les mortels ne dure. Mais une tablette qui parle encore, mille ans plus tard, c'est un roi qui refuse de se taire. Qu'on me trouve non par mes ruines, mais par mes mots.
Qu'on me trouve non par mes ruines, mais par mes mots.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ashurbanipal's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.

