Imaginary interview

Imaginary interview with Aung San Suu Kyi

by Charactorium · Aung San Suu Kyi (1945 — ?) · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Une fin d'après-midi humide sur les rives du lac Inya, à Rangoun. Derrière le portail rouillé du 54 University Avenue, une femme aux cheveux ornés de fleurs fraîches reçoit, le temps d'une conversation imaginaire, celle qu'on lui a si longtemps refusée. La radio grésille au loin ; elle parle bas, lentement, comme quelqu'un qui a appris à faire du silence une langue.

Avant d'être une militante, vous avez d'abord été une fille. Que représente pour vous la figure de votre père ?

Je n'avais que deux ans en 1947 quand on a abattu le général Aung San. Je ne garde de lui aucun souvenir charnel — seulement une photographie, et le poids d'un nom. En birman, Aung San Suu Kyi signifie quelque chose comme une somme de brillantes victoires ; on ne choisit pas de naître dans une phrase pareille. Mon père avait arraché l'indépendance de la Birmanie au Royaume-Uni, et il est tombé avant d'en voir le matin. Toute ma vie, les gens ont vu en moi son prolongement, sa dette inachevée. Longtemps j'ai vécu loin, à Oxford, mère de famille parmi les livres. Et puis je suis rentrée en 1988 pour soigner ma mère mourante, et le pays s'est levé sous mes fenêtres. On ne revient jamais vraiment chez soi : on hérite d'un champ de ruines et d'un fantôme qui attend qu'on continue.

On ne choisit pas de naître dans une phrase comme « somme de brillantes victoires ».

On raconte qu'en 1989, à Rangoun, vous avez marché droit vers des soldats qui vous tenaient en joue. Que se passait-il dans votre tête à ce moment-là ?

C'était une rue ordinaire, des partisans autour de moi, et soudain l'ordre de tirer. J'ai demandé aux autres de s'écarter et j'ai continué seule, au milieu de la chaussée, vers les fusils. Je ne crois pas que ce fût du courage au sens héroïque — plutôt la certitude que reculer leur aurait tout donné. La résistance non-violente, telle que Gandhi l'a pensée, n'est pas l'absence de peur : c'est refuser que la peur décide à votre place. Le commandant a hésité, puis il a fait baisser les armes. Un homme avait, ce jour-là, choisi de désobéir à la brutalité. J'ai compris alors que même un soldat de la junte garde quelque part une conscience qu'on peut atteindre, si l'on consent à s'avancer désarmé.

Reculer leur aurait tout donné ; alors j'ai continué seule, vers les fusils.

Votre essai le plus célèbre s'intitule « Se libérer de la peur ». Pourquoi avoir fait de la peur, et non du courage, le cœur de votre pensée ?

Parce que la peur est la matière première de toute tyrannie. J'ai écrit dans Freedom from Fear que ce ne sont pas les hommes qui corrompent le pouvoir, mais la frayeur. Quand on m'a remis le prix Sakharov en 1990, j'ai voulu le dire sans détour : « La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui le détiennent, et la peur du pouvoir corrompt ceux qui y sont soumis. » Le tyran tremble autant que sa victime, voyez-vous — il tremble de perdre ce qu'il a volé. Une junte gouverne par la terreur précisément parce qu'elle est terrifiée. Se libérer, ce n'est donc pas vaincre l'autre : c'est désintoxiquer son propre cœur, cesser de plier l'échine par habitude. Un peuple qui n'a plus peur a déjà, en un sens, cessé d'être gouverné par la force.

Le tyran tremble de perdre ce qu'il a volé.

Vous avez passé plus de quinze ans assignée à résidence dans cette maison. Comment ne pas sombrer dans un tel isolement ?

On apprend à habiter le temps comme une cellule qu'on aménage. Je me levais avant l'aube pour la méditation vipassana — le bouddhisme m'a enseigné que l'esprit, bien tenu, devient un espace plus vaste que n'importe quelle maison. J'avais un vieux piano droit ; je jouais Bach, jusqu'à ce que l'humidité du lac Inya en fasse craquer les cordes. Et puis cette petite radio, la BBC World Service, ma seule fenêtre sur la planète, le soir. La discipline n'est pas une vertu de saint : c'est une survie. Sans horaire, sans règle qu'on s'impose, on se dissout. Le week-end, mes partisans se massaient de l'autre côté du portail, et je leur parlais par-dessus la grille. Ce mur que la junte avait dressé, j'en avais fait une tribune.

L'esprit, bien tenu, devient un espace plus vaste que n'importe quelle maison.

Vous auriez pu partir, rejoindre votre famille à Oxford. Pourquoi être restée derrière ce portail ?

Parce que partir, c'était ne jamais revenir. La junte n'attendait que cela : un aller simple, et l'on aurait dit au peuple que sa fille du général l'avait abandonné. Mon mari, Michael Aris, et mes deux fils vivaient en Angleterre ; je savais chaque jour que les laisser, c'était peut-être ne plus les revoir. Quand Michael est tombé malade, on lui a refusé le visa pour venir mourir auprès de moi — on espérait que je craquerais, que je m'envolerais vers lui. Je ne l'ai pas fait. C'est le prix le plus lourd que j'aie payé, plus lourd que les barreaux. Je l'écrivais alors à mes partisans : il faut « avancer avec douceur mais avec détermination ». La douceur, c'était pour eux. La détermination, je la gardais pour ces nuits où j'aurais tout donné pour un billet d'avion.

Partir, c'était ne jamais revenir — la junte n'attendait que cela.
Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013-18
Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013-18Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Claude TRUONG-NGOC

En 1991, le comité Nobel vous décerne le prix de la paix, mais vous êtes prisonnière. Comment apprend-on une telle nouvelle, enfermée ?

Par la radio, justement, dans le silence de cette maison. J'étais ici, derrière le portail, et l'Histoire se déroulait à Oslo sans moi. C'est mon fils Alexander qui est monté à la tribune de l'hôtel de ville pour recevoir le prix en mon nom — un adolescent portant la médaille d'une mère absente. Je n'ai pu fouler le sol norvégien que vingt et un ans plus tard, en 2012. Et là, j'ai dit ce que j'avais ruminé pendant deux décennies : durant ces années de séparation d'avec le monde, « le prix Nobel a été comme un rayon de lumière pénétrant dans ma solitude ». Un prix ne vous libère pas. Mais il empêche qu'on vous oublie, et pour un prisonnier, l'oubli est la vraie mort. Le monde, soudain, savait mon nom — et la junte, elle, devait composer avec ce regard.

Pour un prisonnier, l'oubli est la vraie mort.

Vous évoquez souvent Gandhi. Que doit, concrètement, votre combat à la non-violence ?

Tout, et rien d'automatique. J'ai lu Gandhi pendant mes années de réclusion, parmi mes livres bouddhistes ; mais une idée importée ne sauve personne tant qu'on ne l'a pas faite sienne. La non-violence n'est pas la passivité — c'est la forme la plus exigeante de l'action. Lors du soulèvement 8888, en 1988, j'ai parlé devant un demi-million de personnes à la pagode Shwedagon, et j'ai supplié les foules de ne pas répondre aux balles par les pierres. C'était presque déraisonnable : on demandait à des gens désarmés de tendre la poitrine. Mais le sang versé par l'opprimé devient toujours, tôt ou tard, l'arme de l'oppresseur. La discipline du metta, la bienveillance bouddhiste, et la stratégie politique se rejoignent ici : on prive l'adversaire du chaos dont il a besoin pour justifier sa matraque.

La non-violence n'est pas la passivité — c'est la forme la plus exigeante de l'action.
Art de la Laque- Lacquerware Workshop- AUNG SAN SUU KYI- Bagan- Myanmar- Burma (43459688382)
Art de la Laque- Lacquerware Workshop- AUNG SAN SUU KYI- Bagan- Myanmar- Burma (43459688382)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Globetrotteur17... Ici, là-bas ou ailleurs... from La Rochelle, FRANCE

Pourquoi, parmi tous les régimes imparfaits, défendre obstinément la démocratie ?

Parce qu'aucun système n'est innocent, et que la démocratie est le seul à l'admettre. Je l'ai dit dans mes entretiens avec Alan Clements, ceux de Voice of Hope, enregistrés en secret pendant ma détention : « La démocratie est le seul système qui tient compte de la faillibilité humaine, et qui prévoit des mécanismes pour corriger les erreurs des gouvernants. » Un général se croit infaillible ; c'est pourquoi il est dangereux. La démocratie, elle, part de l'idée que nous nous trompons tous, et qu'il faut donc pouvoir nous remplacer sans verser le sang. Quand la Ligue nationale pour la démocratie a remporté 80 % des sièges en 1990, la junte a simplement nié le résultat. Voilà la différence : nous acceptions de perdre, eux non. Tout est là — non pas dans la perfection du vote, mais dans la possibilité de défaire pacifiquement ce qu'on a fait.

Nous acceptions de perdre, eux non.

Au pouvoir entre 2016 et 2021, vous avez été accusée de silence face au sort des Rohingyas. Comment vivez-vous cette mise en cause ?

C'est la part la plus douloureuse, et je ne la fuirai pas. Devenue conseillère d'État — un titre inventé sur mesure, puisque la constitution écrite par les militaires m'interdisait la présidence —, j'ai découvert que gouverner n'a rien de la pureté d'une cellule. L'icône morale qu'on avait sculptée à Oslo devait composer avec une armée qu'elle ne commandait pas. En 2017, plus de sept cent mille Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, et le monde a réclamé de moi l'indignation qu'il attendait de la lauréate du Nobel. J'ai parlé le langage de l'État quand on espérait celui de la conscience. Je sais ce que cela m'a coûté dans l'estime des autres. Le pouvoir vous oblige à choisir vos compromis ; et l'Histoire, elle, ne pardonne pas qu'on ait été à la fois le symbole et l'administrateur.

Gouverner n'a rien de la pureté d'une cellule.

Si une jeune fille de Rangoun vous demandait aujourd'hui à quoi sert une vie comme la vôtre, que lui répondriez-vous ?

Je lui dirais de se méfier des statues — y compris de la mienne. On a voulu faire de moi une sainte derrière son portail, puis on m'a reproché de n'avoir été qu'une femme dans un fauteuil de pouvoir. Les deux récits sont trop simples. J'ai porté le longyi plutôt que le tailleur, des fleurs dans les cheveux face aux fusils, parce qu'on peut résister sans cesser d'être de son peuple et de son pays. À cette jeune fille, je dirais : ne cherche pas à être pure, cherche à être utile, et accepte que les deux se contredisent parfois. La Birmanie que mon père a rêvée en 1947 n'existe toujours pas. Mais tant qu'une seule personne refuse, dans une rue, de baisser les yeux devant un uniforme, ce rêve n'est pas mort. C'est cela, peut-être, que sert une vie.

Ne cherche pas à être pure, cherche à être utile — et accepte que les deux se contredisent.
See the full profile of Aung San Suu Kyi

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Aung San Suu Kyi's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.