Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jean Racine

par Charactorium · Jean Racine (1639 — 1699) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Avril 1699, dans une chambre parisienne aux volets mi-clos, à deux pas de Saint-Étienne-du-Mont. Jean Racine, le visage amaigri par la maladie, reçoit son visiteur entre une Bible latine posée sur le lit et un paquet de lettres adressées à Port-Royal. Il parle bas, mais sa voix garde la cadence des alexandrins qu'il a pesés toute sa vie.

Comment un enfant élevé par les solitaires de Port-Royal a-t-il pu se tourner vers le théâtre, que ces maîtres tenaient en horreur ?

Mes parents morts, ce furent les messieurs de Port-Royal-des-Champs qui m'élevèrent, et ils m'apprirent à lire Sophocle et Euripide dans le texte même, le grec sous les yeux. Ils me formaient pour le ciel, et voilà que je portais leurs leçons sur les tréteaux qu'ils méprisaient comme un commerce du diable. La rupture fut amère : on m'écrivit des lettres dures, je répondis plus durement encore, ce que je regrette à présent. Mais comprenez-moi : le jansénisme m'avait enseigné que l'homme est une créature livrée à ses passions, sans force pour s'en défaire. Quand j'écrivais une Phèdre dévorée malgré elle, je ne faisais qu'illustrer ce que mes maîtres m'avaient appris du péché. Je croyais les trahir ; je les prolongeais.

Je croyais les trahir ; je les prolongeais.

Vous avez demandé à reposer auprès de ces mêmes maîtres. Pourquoi ce retour à la fin de votre vie ?

Parce qu'on ne quitte jamais vraiment le lieu où l'on a appris à craindre Dieu. J'ai passé douze années loin du théâtre, à servir le roi, et durant ce silence j'ai retrouvé le chemin de Port-Royal. Ce sont des gens qu'on persécute aujourd'hui, dont on rase peu à peu les bâtiments, et c'est précisément pourquoi je tiens à dormir dans leur terre, au pied de la tombe de monsieur Hamon, mon ancien médecin. J'ai écrit dans une lettre de jeunesse que le latin me remettait dans le goût de l'antiquité, sans lequel je ne crois pas qu'on puisse faire de bonnes choses — eh bien, ces hommes furent mon antiquité à moi. Si l'on détruit un jour l'abbaye, qu'on transporte mes os où l'on voudra : mon cœur, lui, ne bougera pas de là.

Parlez-nous de Phèdre. Pourquoi cette tragédie compte-t-elle plus que les autres à vos yeux ?

Phèdre est ce que j'ai fait de moins imparfait. J'ai repris le sujet d'Euripide, mais j'ai changé de route pour la conduite de l'action, car il me fallait une héroïne qu'on pût plaindre sans la détester. C'est pourquoi j'ai écrit dans ma préface : J'ai cru que la calomnie avait quelque chose de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d'une princesse. Ce n'est plus Phèdre qui accuse Hippolyte, mais sa nourrice Œnone. Voyez-vous, une passion criminelle peut encore émouvoir si celle qui la porte la déteste en elle-même. Phèdre se sait coupable avant d'avoir agi, et c'est ce combat perdu d'avance, cette femme que ni le ciel ni la terre n'approuvent, qui fait, je crois, toute la pitié de la pièce.

Une passion criminelle peut encore émouvoir si celle qui la porte la déteste en elle-même.

On dit qu'une cabale a gâché la création de Phèdre en 1677. Que s'est-il réellement passé ?

Des ennemis que j'avais — et j'en avais beaucoup, car ma plume était jeune et insolente — commandèrent à un certain Pradon une Phèdre concurrente, jouée presque le même soir que la mienne. On loua des loges entières des deux salles pour qu'elles restassent vides ou pleines selon le besoin de la cabale. La sienne tomba, justement ; mais le bruit, les sifflets, les vers méchants qu'on faisait courir contre moi me blessèrent au vif. J'avais trente-sept ans et j'étais las de cette guerre. C'est alors que je résolus d'abandonner le théâtre profane. On a dit que c'était la dévotion qui me retirait ; ce fut d'abord la fatigue d'être haï. La grâce vint ensuite, et la charge que me donna le roi acheva de m'éloigner de la scène.

On a dit que c'était la dévotion qui me retirait ; ce fut d'abord la fatigue d'être haï.

Vous avez écrit Bérénice, une tragédie presque sans intrigue. Comment tient-on cinq actes avec si peu d'événements ?

On croit toujours qu'il faut du sang, des poignards, des armées pour remplir une scène. Je soutiens le contraire. Toute l'action de Bérénice tient en une phrase de Suétone : Titus, qui aimait Bérénice, la renvoya malgré lui, malgré elle. Voilà tout. Cinq actes pour un adieu. Le génie de la tragédie n'est pas dans la multitude des incidents, mais dans la vraisemblance d'une douleur qu'on étire jusqu'à la rupture. L'unité de temps, ce seul jour qu'on m'impose, n'est pas une chaîne mais un instrument : elle resserre la passion comme une corde qu'on tend. Une majesté triste, voilà ce que je cherchais. Tirer les larmes du spectateur en lui montrant seulement deux êtres qui se quittent, voilà l'épreuve la plus difficile et la plus haute de notre art.

Cinq actes pour un adieu : le génie n'est pas dans la multitude des incidents.
Jean Racine (1673) cropped
Jean Racine (1673) croppedWikimedia Commons, Public domain — Jean-Baptiste Santerre

Vous travailliez chaque vers avec une minutie célèbre. À quoi ressemblaient vos journées d'écriture ?

Je me levais tôt, du temps de Port-Royal cette habitude m'est restée, et la matinée était à la lecture. Une plume d'oie, l'encrier, et devant moi quelque édition d'Euripide ou de Sophocle que je relisais sans cesse, non pour les copier mais pour entendre leur respiration. L'alexandrin est une chose terrible : douze syllabes, une césure au milieu, et il faut que tout y soit, le sens, le son, la passion, sans qu'on sente jamais l'effort. Je récitais mes vers à voix haute, je les défaisais, je les recommençais. On me reproche ma lenteur ; mais croyez-vous qu'on plie une langue à la musique sans peine ? L'après-midi, j'allais aux répétitions, à l'Hôtel de Bourgogne, ou dans les salons où Boileau et La Fontaine corrigeaient mes audaces.

En 1677, le roi vous a nommé historiographe, avec Boileau. Comment passe-t-on de la tragédie aux registres des victoires royales ?

Ce fut un honneur que je n'attendais pas et que je n'osai refuser. Louis XIV nous nomma, Boileau et moi, historiographes du roi, c'est-à-dire chargés d'écrire l'histoire de son règne et de ses guerres. Imaginez deux hommes de cabinet, plus habitués à compter des syllabes qu'à monter à cheval, qu'on prie soudain de suivre les armées ! Il fallut voir les sièges, Mons, Namur, sous la pluie et le canon, prendre des notes au milieu des camps. Je vous l'avoue : j'y perdis mes vers, car on n'écrit pas de tragédie entre deux campagnes. Mais j'y gagnai la familiarité du plus grand roi de la terre, et la charge me valut un logement à Versailles. J'avais troqué le théâtre des passions contre le théâtre du pouvoir.

J'avais troqué le théâtre des passions contre le théâtre du pouvoir.

Cette proximité avec le roi vous a-t-elle changé ?

Elle m'a poli, et peut-être trop. À Versailles, on apprend à se taire, à mesurer chaque parole, à ne jamais déplaire. J'étais devenu, dit-on, un parfait honnête homme : la conversation aisée, la perruque poudrée, le justaucorps de bon drap, l'art de paraître modeste devant les grands. Mais sous cette aisance, je n'ai jamais oublié d'où je venais ni quelle austérité m'avait formé. Le danger d'une cour, voyez-vous, c'est qu'on finit par croire que la faveur du prince est une grâce, alors qu'elle est la plus fragile des choses. Vers la fin, un mémoire que j'avais écrit sur la misère du peuple déplut, et je sentis le froid me gagner. On ne tombe jamais si bas que quand on est tombé du haut de la faveur royale.

On ne tombe jamais si bas que quand on est tombé du haut de la faveur royale.
Jean Racine (1639-1699)
Jean Racine (1639-1699)Wikimedia Commons, Public domain — After Jean-Baptiste Santerre

Après douze ans de silence, qu'est-ce qui vous a ramené à l'écriture dramatique avec Esther ?

Ce fut Madame de Maintenon. Elle avait fondé à Saint-Cyr une maison pour les jeunes filles nobles sans fortune, et elle souhaitait qu'on leur donnât à jouer quelque pièce honnête, sans amour profane, qui les formât à la piété autant qu'à la diction. Elle vint me trouver. Je crus d'abord la chose impossible : comment écrire une tragédie sans cette passion amoureuse qui avait fait toute ma gloire ? Puis j'ouvris ma Bible et j'y trouvai Esther, cette reine juive qui sauve son peuple. J'y ajoutai des chœurs, à la manière des Anciens, que les demoiselles chantaient. Ce fut pour moi une réconciliation : je retrouvais le théâtre, mais lavé, rendu à Dieu et à mes maîtres de Port-Royal. La pièce eut un succès qui m'étonna moi-même, et le roi vint l'entendre.

Athalie, votre dernière pièce, n'a presque pas été jouée de votre vivant. En souffrez-vous ?

J'en souffre et je n'en souffre pas. Athalie, que je tirai du Livre des Rois, est, je le crois sans fausse modestie, ce que j'ai écrit de plus achevé. Mais le temps avait changé : on jugea qu'il était indécent de faire monter des demoiselles de Saint-Cyr sur une scène, fût-elle sacrée, et la pièce ne fut donnée qu'en habits de ville, sans décor, presque en secret. Cette reine impie qu'un songe terrifie, ce vieux prêtre Joad, cet enfant-roi caché dans le Temple — j'y avais mis toute ma science de l'alexandrin et toute ma foi retrouvée. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle ou deux, j'oserais espérer qu'on rendra justice à cette œuvre que mon propre temps a laissée dans l'ombre. Mais cela, je ne le verrai pas.

J'y avais mis toute ma science de l'alexandrin et toute ma foi retrouvée.

Si vous deviez confier à un jeune homme ce qu'est, au fond, la tragédie, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais qu'une tragédie n'est pas une leçon ni un spectacle d'horreurs. C'est un miroir où l'on voit l'homme se débattre contre ce qui le dépasse — sa passion, sa faute, les dieux, le sang dont il a hérité. Aristote nommait catharsis cette purgation des terreurs et des pitiés que l'on éprouve à voir tomber un grand coupable ; et j'ai toujours pensé que le théâtre, loin de corrompre, pouvait ainsi instruire le cœur. Qu'il évite le sang sur la scène, par bienséance, et fasse raconter les morts plutôt que de les montrer. Qu'il craigne par-dessus tout l'invraisemblance. Et qu'il sache enfin que le plus difficile n'est pas d'émouvoir par le fracas, mais par une seule larme, un seul silence, un seul vers juste. Tout mon art tient dans cette économie.

Le plus difficile n'est pas d'émouvoir par le fracas, mais par un seul vers juste.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean Racine. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.