Imaginary dialogue between Hermóðr and Baldr
by Charactorium · Baldr · Mythology · 6 min read

C'est sur les rives brumeuses de Hel, là où le fleuve gronde sous le pont Gjallarbrú gardé par la géante Móðguðr, que Hermóðr retrouve son frère. Il a chevauché neuf nuits sur Sleipnir, à travers des vallées si profondes que nul jour n'y pénètre, et l'anneau Draupnir brille encore à son doigt. Baldr l'attend dans une clarté qui n'appartient pas à ce royaume des morts, assis à la table d'honneur que Hel lui a réservée. Les deux frères se connaissent depuis l'aube des Ases, et Hermóðr vient chercher moins un dieu qu'un frère à ramener chez les vivants.
—Mon frère, toi qui rayonnais à Asgard, comment un brin de gui a-t-il pu abattre celui que rien ne blessait ?
Tu te souviens, Hermóðr, des jeux que nous menions dans les prés d'Asgard : les dieux me lançaient lances, pierres et épées, et tout ricochait sans me toucher. Notre mère Frigg avait parcouru le monde entier, arrachant à chaque être, chaque plante, chaque métal le serment de ne jamais me nuire. Mais elle jugea le gui trop jeune, trop tendre, indigne d'un serment — et cet oubli fut ma perte. C'est ce brin dédaigné que Loki tailla en trait, qu'il glissa dans la main de Höðr l'aveugle en guidant son bras. Ce qui paraissait le plus inoffensif fut l'arme la plus sûre. Le Völuspá le dit : plus haut que les plaines se dressait le gui, svelte et beau, devenu arme dangereuse.
Ce qui paraissait le plus inoffensif fut l'arme la plus sûre.
—Avant ce jour, des songes lourds troublaient tes nuits. Le père Odin lui-même en fut assez inquiet pour agir, n'est-ce pas ?
Oui, frère. Nuit après nuit, des présages funestes venaient assombrir mes rêves, et bientôt ils troublèrent aussi les festins des Ases, qui virent l'ombre passer sur mon visage. Notre père ne se contenta pas de s'alarmer : il enfourcha lui-même sa monture et descendit jusqu'aux portes de ce royaume où nous parlons. Là, par le seiðr, il éveilla une völva morte depuis longtemps, une devineresse dont le bâton commandait aux secrets du destin. Le Baldrs draumar garde le souvenir de cet interrogatoire : elle lui révéla que ma couche était déjà dressée ici, chez Hel, et qui me frapperait. Mon destin était fixé avant même que le trait ne vole. Aucun serment ne pouvait défaire ce que la prophétie avait scellé.
Mon destin était fixé avant même que le trait ne vole.
—On te nommait le plus pur des Ases, à Breiðablik. Dis-moi ce que signifiait vraiment porter cette lumière parmi nous.
Ma demeure de Breiðablik était la plus claire d'Asgard, aux murs d'argent et au toit d'or, et l'on disait que nulle chose souillée ne pouvait en franchir le seuil. L'Edda te le confirmera : une lumière rayonnait de moi, et rien d'impur ne pouvait subsister en ma présence. Chaque matin, vêtu de blanc, je présidais les assemblées des Ases, écoutant les plaintes et rendant des jugements que l'on voulait justes et doux. Mais porter la lumière, frère, c'est aussi être celui que l'on croit à l'abri de la nuit. Ma pureté même me rendait précieux, et donc convoité par l'ombre. La beauté qu'on me prêtait fut la cible que Loki visa pour meurtrir tous les dieux à la fois.
Porter la lumière, c'est être celui que l'on croit à l'abri de la nuit.
—J'ai vu de mes yeux tes funérailles avant de partir : ce navire immense, ce feu. Comment les as-tu vécues, toi qu'on brûlait ?
Tu étais là, Hermóðr, avant de te lancer sur ma trace. On me porta sur le Hringhorni, le plus grand navire du monde, si lourd que les dieux ne purent le pousser aux flots : il fallut appeler la géante Hyrrokkin pour l'ébranler. Notre père y déposa son anneau Draupnir, celui qui enfante neuf anneaux toutes les neuf nuits — un présent de deuil que je lui ai depuis renvoyé, tu le lui rapporteras. Le bûcher s'éleva, et je quittai la lumière pour cette rive. Mais le Ragnarök n'est pas une fin : quand les dieux et les géants auront péri, quand le monde ancien aura brûlé, je reviendrai régner sur une terre renouvelée. Ma mort n'est qu'un passage vers ce matin promis.
Ma mort n'est qu'un passage vers ce matin promis.
—Tu sais mieux que quiconque le prix que j'ai payé pour venir jusqu'ici. Dis-moi : que faut-il encore pour te ramener ?
Je sais, frère, les neuf nuits que tu as chevauchées sur Sleipnir à travers les vallées ténébreuses, et le pont d'or que tu as franchi pour t'asseoir près de moi. Hel a fixé sa condition, et elle est simple à dire, impossible à tenir : que toute chose au monde me pleure, vivante ou morte, pierre comme créature. Si une seule refuse, je demeure. Va, porte cette parole aux Ases, et qu'ils fassent pleurer le monde entier. Mais je crains une ruse cachée dans un coin oublié — comme le gui le fut jadis. Rapporte à notre père son anneau Draupnir, et dis à notre mère que je pense à elle depuis cette rive. Le reste ne dépend plus de nous.
Sa condition est simple à dire, impossible à tenir.

—Et si une seule créature refusait ses larmes, mon frère ? As-tu senti déjà que le retour pourrait m'échapper ?
J'ai appris, ici, à lire les silences. Il suffirait d'une géante tapie dans une caverne, d'une bouche qui dirait n'avoir jamais rien reçu de moi, pour que la porte se referme. Et tu connais celui qui aime se glisser où on ne l'attend pas, prenant le visage qu'il veut. Loki a déjà armé la main aveugle ; qu'est-ce qui l'empêcherait de refuser mes larmes sous les traits d'une vieille femme ? Je ne te dis pas cela pour éteindre ton espoir, frère — ta chevauchée restera l'un des plus beaux gestes que l'on ait faits pour moi. Mais mon regard porte loin depuis cette rive, et je vois que le monde entier pourrait pleurer, sauf un. Alors je resterais jusqu'au renouveau.
Le monde entier pourrait pleurer, sauf un.
—Höðr, notre frère aveugle, a lancé le trait sans savoir. Lui en veux-tu, toi qui l'as vu grandir parmi nous ?
Non, frère. Höðr n'a rien vu, ni le gui dans sa main, ni le sourire de celui qui guidait son bras. Il fut l'arc, non l'archer ; l'instrument d'une ruse, non son auteur. On ne hait pas la flèche, on cherche la main qui l'a taillée. Toute la malice appartient à Loki, qui découvrit le secret du gui en trompant notre mère déguisé en vieille femme, et qui plaça le trait fatal dans la seule main incapable de voir sa faute. Notre père le sait, et sa vengeance suivra son cours selon ce que le destin réclame. Höðr et moi, dit-on, nous nous retrouverons réconciliés après le Ragnarök, sur la terre neuve. La lumière et l'aveugle, enfin assis à la même table.
Il fut l'arc, non l'archer.
—Ici, dans ce royaume d'ombres, toi qui étais tout de clarté — que reste-t-il de ta lumière loin de Breiðablik ?
Regarde autour de toi, frère : cette rive est le séjour de ceux qui meurent de maladie ou d'accident, non des guerriers du Valhöll. Je n'y suis pas venu par l'épée mais par la ruse, et pourtant Hel m'a fait grand honneur, dressant pour moi le siège le plus haut et l'hydromel le plus clair. Ma lumière n'est pas restée à Breiðablik : elle m'accompagne, plus voilée mais non éteinte, comme une braise sous la cendre. Un dieu de la clarté ne cesse pas de l'être parce qu'on le plonge dans la nuit — il apprend seulement combien la nuit est vaste. Et cette clarté que je garde ici est la promesse même que je rapporterai au matin du monde renouvelé.
Un dieu de la clarté n'apprend, dans la nuit, que combien elle est vaste.
—Ces rêves qui t'annonçaient la fin — les comprenais-tu, sur le moment, ou pesaient-ils sur toi sans que tu saches ?
Ils pesaient d'abord comme une ombre sans nom, frère. Je m'éveillais le cœur lourd sans pouvoir dire ce que j'avais vu, et cette inquiétude gagnait peu à peu nos banquets, jusqu'à ce que les Asynjur elles-mêmes tinssent conseil. Ce fut la völva réveillée par notre père qui donna un visage à mes songes : ma mort prochaine, ma couche déjà prête sous cette voûte. Comprendre son destin ne le rend pas plus léger — il le rend seulement inévitable. J'ai appris que les rêves des dieux ne mentent pas ; ils devancent seulement les faits que le fil des Nornes a déjà tissés. Depuis, je ne redoute plus les songes : je sais qu'ils ne font qu'annoncer ce qui, de toute façon, doit advenir.
Comprendre son destin ne le rend pas plus léger — il le rend inévitable.
—Quand tu parles de ce retour après la grande fin, mon frère, y crois-tu vraiment, ou est-ce l'espoir qui te tient ?
Ce n'est pas seulement espoir, Hermóðr — c'est ce que la voyante a vu, et sa parole ne se dément pas. Après que les dieux et les géants se seront entre-tués au Ragnarök, que le soleil aura sombré et la terre replongé sous les flots, une terre neuve et verte émergera. Et parmi les survivants, on me verra revenir de ce royaume où je te parle, pour siéger dans les demeures reconstruites. L'anneau Draupnir que je renvoie à notre père n'est pas un adieu : c'est le gage que rien ne se perd tout à fait. Ma mort d'aujourd'hui prépare ce matin-là. Va donc, frère, tente de me ramener maintenant ; mais si le monde me refuse ses larmes, sache que je t'attendrai sur la terre renouvelée.
L'anneau que je renvoie n'est pas un adieu : c'est le gage que rien ne se perd tout à fait.
Read further
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Baldr's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.

