Imaginary interview with Cixi
by Charactorium · Cixi (1835 — 1908) · Politics · 5 min read
C'est dans les appartements du Palais d'Été, donnant sur le lac Kunming où l'automne 1908 dépose ses dernières lumières, que Yu Deling retrouve la Vénérable Bouddha. L'encens des autels bouddhistes flotte encore, et les longs étuis d'or aux ongles de l'impératrice brillent faiblement dans la pénombre. Elles ne se sont pas revues depuis que Deling, dame de compagnie et interprète, a quitté la cour en 1905. Affaiblie mais l'œil toujours vif, Cixi accepte de se confier à celle qui l'a vue prier, se vêtir et recevoir l'Occident derrière le rideau de soie jaune.
—Vénérable Bouddha, vous m'avez tant parlé de Rehe. Comment, dans le deuil de l'empereur Xianfeng, avez-vous osé saisir le pouvoir ?
Tu sais, Deling, ce que c'est qu'une cour qui sent la mort. En cet été 1861, à Rehe, Xianfeng s'éteignait et huit régents prétendaient gouverner par-dessus mon fils, à peine âgé de cinq ans. On me croyait une veuve docile, bonne à pleurer derrière un paravent. J'ai noué une alliance avec l'impératrice Ci'an, et nous avons frappé avant qu'ils ne nous écartent. À notre retour vers Pékin, j'ai fait arrêter les régents ; trois d'entre eux ont payé de leur tête. Une femme qui veut survivre dans ce palais n'a pas le luxe de la tendresse. Ce jour-là, j'ai compris que le trône ne se reçoit pas : il se prend.
Le trône ne se reçoit pas : il se prend.
—Vous m'avez montré un jour le sceau de jade. Que représentait-il vraiment, le matin où vous l'avez fait vôtre ?
Ce sceau, Deling, n'est pas un bijou : c'est la voix même de l'Empire. Sans lui, un édit n'est qu'un papier ; avec lui, un mot devient loi sur quatre cents millions d'âmes. Lorsque j'ai dicté l'édit du coup d'État, j'ai exigé que les sceaux des régents soient saisis sur l'heure, car je savais que celui qui tient le yùxǐ tient la légitimité. Je me souviens de mes mains tremblantes — non de peur, mais de la conscience de ce que je portais. On a dit plus tard que j'étais avide de pouvoir. La vérité est plus simple : j'ai vu le vide, et j'ai refusé qu'il avale la dynastie de mon fils.
—Vénérable Bouddha, ce palais que nous aimons tant, on murmure qu'il fut bâti avec l'argent des navires. Le regrettez-vous ?
Je ne regrette pas la beauté, Deling ; je regrette qu'on m'en fasse le procès. Les Franco-Britanniques avaient réduit l'ancien Palais d'Été en cendres en 1860 — fallait-il laisser cette plaie ouverte ? Entre 1886 et 1895, j'ai fait renaître le Yiheyuan, oui, et l'on prétend que j'ai détourné les fonds de la marine. Les conseillers se renvoyaient la responsabilité de ces caisses depuis des années ; moi, j'ai bâti quelque chose qui durerait. Quand le Japon nous a écrasés en 1894, on a voulu y voir ma faute. Mais une flotte sans hommes ni volonté aurait coulé de toute façon. Ce lac, ces pavillons — voilà ce qui me survivra.
Je ne regrette pas la beauté ; je regrette qu'on m'en fasse le procès.
—Combien de soirées vous ai-je vue rayonner à l'opéra ! D'où vous venait cette passion pour le jingju, Vénérable Bouddha ?
Ah, Deling, tu te souviens de mon grand théâtre à trois étages, la Vertu Harmonieuse. L'opéra de Pékin n'est pas un simple divertissement : c'est l'âme de notre peuple mise en gestes et en chant. Je connaissais des centaines de rôles, je corrigeais parfois les acteurs, je finançais les meilleures troupes de l'Empire. Quand la cour m'accablait de mémoires et de mauvaises nouvelles, ces voix me rendaient ma jeunesse mandchoue. On a cru que je m'étourdissais pendant que la Chine souffrait. Mais un souverain qui ne sait plus rêver gouverne mal. Sur ce balcon, derrière mes treillis, j'oubliais un instant le poids du yùxǐ — et je redevenais une femme qui aime la musique.
—Vénérable Bouddha, j'étais à vos côtés quand l'Américaine Katherine Carl vous peignit. Pourquoi vous prêter ainsi au regard de l'Occident ?
Toi mieux que personne, Deling, tu as vu mes hésitations devant cette femme et ses pinceaux. Après le désastre des Boxers de 1900, l'Occident me voyait en sorcière sanguinaire. Ce portrait, destiné à l'Exposition de Saint-Louis, fut mon arme la plus douce : montrer une impératrice sereine, parée, maîtresse d'elle-même. J'ai imposé mes conditions, l'heure, la pose, la lumière, car une image n'est jamais innocente. Tu traduisais, tu apaisais mes méfiances, tu me disais ce que ces étrangers comprenaient ou non. Je ne me livrais pas : je me mettais en scène. Un visage bien composé peut désarmer une canonnière mieux qu'une armée.

—Vous receviez les épouses des ambassadeurs derrière le rideau de soie jaune. Que cherchiez-vous, en leur offrant vous-même des gâteaux ?
Je cherchais à reprendre la main, Deling. Après 1900, on m'avait vue fuir Pékin en palanquin jusqu'à Xi'an — une humiliation que je n'oublierai jamais. À mon retour, j'ai décidé que ces dames étrangères repartiraient en parlant d'une souveraine affable, et non d'une ennemie. Le rideau de soie jaune protégeait mon rang ; les gâteaux que je distribuais de ma main disaient une autre chose : voyez, je puis être généreuse. L'ambassadeur de France lui-même s'en est étonné, paraît-il. Tout cela était calculé, bien sûr. Mais la politique d'un empire affaibli se joue aussi dans ces petits gestes, là où la guerre nous a refusé la victoire.
—Vénérable Bouddha, en 1898 vous avez brisé les réformes de l'empereur Guangxu en cent trois jours. Le referiez-vous aujourd'hui ?
Tu touches là, Deling, à ce qui me ronge encore. Guangxu, mon neveu, voulait tout changer en un souffle — abolir, décréter, bousculer mille ans d'ordre en trois mois. J'ai vu dans cette précipitation le naufrage assuré de la dynastie. J'ai donc repris les rênes, fait arrêter les réformateurs ; Tang Sitong est monté à l'échafaud. On me dit cruelle. Pourtant, ce que ces jeunes gens rêvaient trop vite, ne l'ai-je pas accompli ensuite, à mon heure ? La différence n'était pas le but, mais le rythme. Un empire ne se réforme pas comme on renverse une table : on déplace les pièces une à une, sans que la salle s'écroule.
Un empire ne se réforme pas comme on renverse une table.
—Et pourtant, après les Boxers, vous avez vous-même aboli les examens mandarinaux en 1905. N'était-ce pas leur donner raison ?
Disons que la défaite m'a enseigné ce que l'orgueil refusait d'entendre, Deling. Avec les réformes Xinzheng, j'ai fait ce que j'avais empêché Guangxu de faire : ouvrir des écoles modernes, réformer l'armée, envoyer nos jeunes étudier au loin. Et en 1905, j'ai signé l'abolition du kējǔ, ce système de concours vieux de treize siècles qui formait nos lettrés sur les seuls classiques. Imagine quel arrachement : renoncer à ce qui avait fait l'ossature de l'État chinois. Mais face au Japon, face à l'Occident, nos mandarins savaient réciter Confucius et ignoraient le monde. J'ai agi tard, je le sais. Trop tard, peut-être, pour sauver les Qing — mais une souveraine doit semer même là où elle ne récoltera pas.
—Vénérable Bouddha, vous qui avez régné près de cinquante ans, que diriez-vous d'une femme qui voudrait demain vous succéder sur le trône ?
Je lui dirais de s'en garder, Deling, et tu t'en étonnes sur mon visage. J'ai gouverné par deux régences, j'ai tenu cet empire d'une main qu'on a dite de fer — et c'est précisément pourquoi je sais ce qu'il en coûte. Qu'une femme dirige l'État est contraire à l'ordre que nos ancêtres ont fixé ; ce que j'ai fait par nécessité ne doit pas devenir un exemple. On me reprochera cette parole, venant de moi. Mais c'est l'expérience qui me la dicte, non la fausse modestie. J'ai dû devenir dure, soupçonneuse, parfois impitoyable, pour qu'on ne m'écrase point. Une telle vie use l'âme. Je ne souhaite à aucune autre de porter ce fardeau après moi.
Ce que j'ai fait par nécessité ne doit pas devenir un exemple.
—Vénérable Bouddha, vous semblez bien lasse. Avez-vous songé à qui tiendra le sceau quand vous ne serez plus ?
J'y songe à chaque souffle, Deling, plus encore depuis que la maladie me visite. Guangxu s'éteint, lui aussi, dans ses appartements ; nous serons bientôt deux ombres. J'ai arrêté mon choix sur le petit Puyi, un enfant de deux ans et demi — du sang impérial, et assez jeune pour qu'on le forme. On me jugera sévèrement d'avoir tenu les rênes jusqu'à mon dernier jour. Mais laisser le trône sans maître, c'est ouvrir la porte au chaos, et j'ai trop combattu le chaos pour le convier à ma mort. Toi qui m'as vue prier chaque aube devant le Bouddha, tu sais que je ne crains pas de partir. Je crains seulement de léguer une dynastie sans gardien.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Cixi's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


