Le café de chicorée des temps difficiles
Une infusion sombre et amère de racine de chicorée torréfiée, bue très chaude pour réchauffer le corps et tromper l'estomac. Le « café » de ceux qui n'ont pas de café.
Une infusion sombre et amère de racine de chicorée torréfiée, bue très chaude pour réchauffer le corps et tromper l'estomac. Le « café » de ceux qui n'ont pas de café.
Le café véritable, nous n'en avions plus ; alors nous faisions chauffer cette chicorée noire qui n'en a que la couleur et l'amertume. Ne grimacez pas : il y a dans ce goût âpre une vérité que le sucre dissimule toujours. Je la buvais sans rien, ou à peine une goutte de lait, en pensant à tous ceux qui, ce matin-là, n'avaient même pas cela pour se réchauffer les mains. Buvez-la brûlante, et tenez le bol à deux paumes ; c'est déjà une consolation.
- •Racine de chicorée torréfiée et moulue — 1 cuillerée (base amère)
- •Eau bouillante — un bol (infusion)
- •Lait — un nuage (si l'on en a) (adoucir, rare)
Le café de chicorée des temps difficiles
Une infusion sombre et amère de racine de chicorée torréfiée, bue très chaude pour réchauffer le corps et tromper l'estomac. Le « café » de ceux qui n'ont pas de café.
Pourquoi ce plat ? Pendant la guerre et l'Occupation, le vrai café manque ; on le remplace par de la chicorée torréfiée, boisson amère du pauvre. Pour Simone Weil, qui rationnait sa propre nourriture jusqu'à l'épuisement par solidarité avec la France occupée, cet ersatz amer était l'exacte boisson de l'affliction qu'elle voulait partager.
Le café véritable, nous n'en avions plus ; alors nous faisions chauffer cette chicorée noire qui n'en a que la couleur et l'amertume. Ne grimacez pas : il y a dans ce goût âpre une vérité que le sucre dissimule toujours. Je la buvais sans rien, ou à peine une goutte de lait, en pensant à tous ceux qui, ce matin-là, n'avaient même pas cela pour se réchauffer les mains. Buvez-la brûlante, et tenez le bol à deux paumes ; c'est déjà une consolation.
Ingrédients (version d’époque)
- Racine de chicorée torréfiée et moulue — 1 cuillerée (base amère)
- Eau bouillante — un bol (infusion)
- Lait — un nuage (si l'on en a) (adoucir, rare)
Ingrédients
- Chicorée soluble ou en grains (type Leroux) — 1 c. à café (base amère)
- Eau frémissante — 200 ml (infusion)
- Lait — 1 trait (facultatif) (adoucir)
Préparation
- Faites chauffer l'eau jusqu'au frémissement, sans la faire bouillir à gros bouillons.
- Versez sur la chicorée et laissez infuser 2 à 3 minutes pour bien développer l'amertume.
- Filtrez si vous utilisez de la chicorée en grains.
- Ajoutez éventuellement un nuage de lait, mais surtout pas de sucre : c'est une boisson de sobriété. Buvez très chaud.
Comment on faisait : La chicorée, cultivée dans le Nord de la France, était torréfiée et moulue comme du café dès le XIXe siècle ; en temps de pénurie elle devenait le « café » national, souvent mélangée au peu de café restant.
Le twist contemporain : Servie dans un bol épais et nu, sans cuiller ni sucre, elle dit toute une époque — un anti-cappuccino assumé.
Sources : Usages domestiques de la chicorée torréfiée, Nord de la France, XXe s. · Témoignages de la vie quotidienne sous l'Occupation
Simone Weil · Charactorium
