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Bœuf en daube à la mode de Bloomsbury
Pourquoi ce plat ? Le bœuf en daube est LE plat du grand dîner de 'La Promenade au phare' (To the Lighthouse, 1927), ce repas où Mrs Ramsay réunit ses convives autour d'une cocotte mijotée pendant trois jours. Woolf y a immortalisé ce plat 'continental' que la bourgeoisie anglaise servait pour épater ses invités : un emprunt français raffiné, signe de bon goût.
Un ragoût de bœuf braisé très lentement au vin rouge, lard, oranges et herbes — d'origine provençale, adopté par les tables anglaises cultivées comme summum du raffinement reçu. La viande devient fondante, la sauce profonde et brillante.
Voyez-vous, ce plat n'est pas anglais le moins du monde, et c'est précisément là sa grâce — il nous vient de France, et on le sert pour signifier qu'on a du goût. Il mijote trois jours durant, et la cuisinière le surveille comme on surveille une marée ; on ne saurait le hâter. Quand on soulève enfin le couvercle de la grande cocotte, cette vapeur brune et parfumée monte, et toute la table se tait un instant, recueillie. J'ai toujours pensé qu'un dîner réussi tient moins aux mets qu'à ce silence-là, où chacun, soudain, se sent réuni aux autres.
- •Paleron ou gîte de bœuf — une belle pièce (viande à braiser)
- •Vin rouge corsé — une bouteille (liquide de braise)
- •Lard fumé — quelques tranches épaisses (gras et fumé)
- •Oignons piqués de clous de girofle — deux (aromate)
- •Écorce d'orange séchée — un morceau (parfum provençal)
- •Bouquet de thym, laurier, persil — un (herbes)
- •Carottes — quelques-unes (légume)
Bœuf en daube à la mode de Bloomsbury
Un ragoût de bœuf braisé très lentement au vin rouge, lard, oranges et herbes — d'origine provençale, adopté par les tables anglaises cultivées comme summum du raffinement reçu. La viande devient fondante, la sauce profonde et brillante.
Pourquoi ce plat ? Le bœuf en daube est LE plat du grand dîner de 'La Promenade au phare' (To the Lighthouse, 1927), ce repas où Mrs Ramsay réunit ses convives autour d'une cocotte mijotée pendant trois jours. Woolf y a immortalisé ce plat 'continental' que la bourgeoisie anglaise servait pour épater ses invités : un emprunt français raffiné, signe de bon goût.
Voyez-vous, ce plat n'est pas anglais le moins du monde, et c'est précisément là sa grâce — il nous vient de France, et on le sert pour signifier qu'on a du goût. Il mijote trois jours durant, et la cuisinière le surveille comme on surveille une marée ; on ne saurait le hâter. Quand on soulève enfin le couvercle de la grande cocotte, cette vapeur brune et parfumée monte, et toute la table se tait un instant, recueillie. J'ai toujours pensé qu'un dîner réussi tient moins aux mets qu'à ce silence-là, où chacun, soudain, se sent réuni aux autres.
Ingrédients (version d’époque)
- Paleron ou gîte de bœuf — une belle pièce (viande à braiser)
- Vin rouge corsé — une bouteille (liquide de braise)
- Lard fumé — quelques tranches épaisses (gras et fumé)
- Oignons piqués de clous de girofle — deux (aromate)
- Écorce d'orange séchée — un morceau (parfum provençal)
- Bouquet de thym, laurier, persil — un (herbes)
- Carottes — quelques-unes (légume)
Ingrédients
- Paleron de bœuf — 1,2 kg en gros cubes (viande)
- Vin rouge (côtes-du-rhône) — 75 cl (braise)
- Lardons fumés — 200 g (gras fumé)
- Oignons — 2 gros + 4 clous de girofle (aromate)
- Carottes — 4 (légume)
- Écorce d'1 orange non traitée — 1 large lanière (parfum)
- Bouquet garni — 1 (herbes)
- Farine — 2 c. à soupe (liaison)
- Sel, poivre — selon goût (assaisonnement)
Préparation
- La veille, faites mariner les cubes de bœuf dans le vin rouge avec l'écorce d'orange, le bouquet garni et un oignon émincé.
- Le lendemain, égouttez la viande (gardez la marinade), épongez-la, farinez-la légèrement et faites-la dorer avec les lardons dans une cocotte.
- Ajoutez oignons, carottes, écorce d'orange et bouquet garni, puis versez la marinade filtrée. Salez, poivrez.
- Couvrez et laissez mijoter à tout petit feu (ou au four à 150 °C) pendant 3 à 4 heures, jusqu'à ce que la viande se défasse.
- Idéalement, laissez refroidir et réchauffez le lendemain : la daube n'en est que meilleure.
Comment on faisait : Avant les fourneaux à gaz réglables, ce type de daube cuisait des heures sur le coin d'un fourneau à charbon ou dans un four refroidissant après la cuisson du pain. La très longue cuisson n'était pas un raffinement mais une nécessité pour attendrir des morceaux bon marché. Servi dans une cocotte de fonte apportée à table, c'était un plat de réception qui affichait l'aisance et le cosmopolitisme de la maison.
Le twist contemporain : Servez-la avec une purée de pommes de terre montée au beurre et nommez le plat 'dîner Ramsay' en clin d'œil au roman — chaque convive reçoit sa louche dans une assiette creuse chaude, comme à la table des Woolf.
Sources : Virginia Woolf, To the Lighthouse (1927) · Mrs Beeton's Book of Household Management (édition révisée début XXe)
Virginia Woolf · Charactorium





