Imaginary interview

Imaginary interview with Aspasia

by Charactorium · Aspasia (469 av. J.-C. — 399 av. J.-C.) · Literature · Philosophy · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Aspasia
Wikimedia Commons, Public domain — Marie-Geneviève Bouliard

Le soir tombe sur Athènes. Dans la demeure de Périclès, au bord du péristyle où brûle une lampe à huile, une femme déroule un volumen sur ses genoux. Elle vient de Milet, on la dit conseillère des puissants et maîtresse de rhétorique ; elle accepte, pour une fois, de parler d'elle.

Comment une femme née loin d'Athènes s'est-elle retrouvée au centre de sa vie intellectuelle ?

Je suis née à Milet, cité d'Ionie où l'on apprend aux filles à lire les poètes et à suivre un raisonnement sans rougir. À Athènes je ne suis qu'une métoique, une étrangère tolérée, sans droit de cité, sans droit d'épouser l'homme que j'aime. Mais cette exclusion, voyez-vous, fut ma liberté : les épouses citoyennes restent au gynécée, tandis que moi, l'affranchie des convenances, je reçois les hommes dès le matin dans cette maison. On me nomme hétaïre, mot qui veut dire compagne et non ce que les mauvaises langues y entendent. Je porte l'himation des femmes respectables, je tiens un rouleau plutôt qu'une quenouille, et par cette seule anomalie je me tiens là où aucune Athénienne ne peut se tenir : au milieu des conversations qui décident de la cité.

Cette exclusion fut ma liberté : je me tiens là où aucune Athénienne ne peut se tenir.

On raconte que Socrate lui-même vous consultait. Comment cela était-il possible ?

Socrate venait ici avec ses jeunes gens, et parfois ses amis amenaient leurs femmes pour m'écouter. Il ne feignait pas de me flatter : quand un homme cherchait conseil sur l'art de persuader ou sur les affaires de la cité, il disait connaître une femme qui l'instruirait mieux que lui, et cette femme, c'était moi. Il aimait cette ironia, l'homme le plus sage d'Athènes se disant l'élève d'une Milésienne. Mais derrière le jeu, il y avait une vérité qu'il défendait sérieusement : la rhétorique n'a pas de sexe. Bien parler, ordonner ses arguments, mesurer le logos — le mot, la raison — comme on mesure une portion de vin dans la coupe, cela s'apprend, et je l'avais appris. Qu'un tel savoir passe d'une femme à des hommes puissants, voilà ce qui scandalisait plus que tout.

L'homme le plus sage d'Athènes se disant l'élève d'une Milésienne.

Périclès a prononcé une oraison funèbre restée célèbre. Que répondez-vous à ceux qui vous en attribuent la composition ?

C'était en 431, au début de la guerre contre Sparte, quand Athènes ensevelit ses premiers morts. Périclès devait parler devant le peuple assemblé, célébrer nos morts et la démocratie qui les avait faits libres. Je ne dirai pas devant vous : voici mes phrases dans sa bouche. Je dirai qu'un discours ne naît pas seul dans la tête d'un homme, qu'il se travaille à voix haute, qu'on essaie une image, qu'on la rejette, qu'on cherche le mot juste comme le sculpteur cherche le geste. Phidias taillait le marbre du Parthénon ; moi je taillais les mots. Que la tradition me prête ensuite ce chef-d'œuvre entier, cela me touche et m'amuse : on veut toujours qu'une seule main ait tout fait. La vérité est plus modeste et plus belle : nous pensions ensemble.

Phidias taillait le marbre du Parthénon ; moi je taillais les mots.

Platon, une génération après vous, met votre nom dans la bouche de Socrate. Comment recevez-vous cet écho ?

On me rapporte que dans un de ses dialogues, le Ménexène, il fait dire à Socrate que je lui aurais enseigné l'art du discours, et que j'avais préparé pour Périclès son oraison. Songez à l'étrangeté de la chose : longtemps après ma mort, un philosophe fera parler mon fantôme pour montrer qu'une femme pouvait composer le plus grand des éloges funèbres. Est-ce un hommage ? Une malice ? Chez Platon on ne sait jamais tout à fait. Mais si je pouvais imaginer qu'on me lirait ainsi dans un siècle, je m'en réjouirais : ma voix, qu'on n'a jamais laissée monter à la tribune de l'ekklesia, résonnera par la ruse d'un dialogue là où les femmes n'entrent pas. Les hommes m'ont fermé l'assemblée ; ils m'ont ouvert, sans le vouloir, leurs livres.

Les hommes m'ont fermé l'assemblée ; ils m'ont ouvert, sans le vouloir, leurs livres.

Que représentaient pour vous ces banquets d'hommes où vous étiez admise ?

Le symposium est le cœur secret de la cité : autour du vin coupé d'eau, la kylix passant de main en main, les hommes parlent de politique, d'amour et de vertu avec une liberté qu'ils n'ont nulle part ailleurs. Aucune femme honnête n'y paraît — sinon des joueuses de flûte qu'on ne consulte guère sur la justice. Moi, on m'y écoutait. Je pouvais reprendre un argument mal noué, retourner une image, pousser un jeune homme dans ses retranchements jusqu'à ce qu'il découvre ce qu'il croyait déjà savoir. Cette place à la coupe, comprenez-la bien : ce n'était pas un divertissement offert à une jolie étrangère, c'était une brèche dans un mur. Chaque fois que je prenais la parole entre ces hommes, je prouvais que le mur n'était pas de pierre, seulement d'habitude — et l'habitude, cela se défait.

Le mur n'était pas de pierre, seulement d'habitude — et l'habitude, cela se défait.

Les poètes comiques vous ont prise pour cible. Comment viviez-vous ces attaques sur la scène ?

Athènes rit d'elle-même chaque année aux fêtes, et ses poètes n'épargnent personne — surtout pas les puissants. Puisqu'on ne pouvait frapper Périclès de front, on me frappait, moi, sa compagne étrangère : la Milésienne qui mène le premier stratège par le bout du logos, la femme qui règne là où seuls les hommes devraient régner. Aristophane et ses pareils me changeaient en intrigante, en meneuse d'hommes, en cause de tous les maux. Cela blesse, je ne le cacherai pas. Mais j'ai fini par comprendre ce que ces railleries avouaient malgré elles : on ne caricature que ce qu'on redoute. Si j'avais été une épouse muette au fond de son gynécée, aucun poète n'aurait perdu un vers pour moi. Leur moquerie était l'aveu de mon influence.

On ne caricature que ce qu'on redoute.

Dans une de ces comédies, on vous accuse même d'avoir déclenché la guerre. Qu'en dites-vous ?

Ah, cette fable ! On raconte sur la scène que des jeunes gens ivres auraient enlevé une courtisane à Mégare, que les Mégariens auraient enlevé en retour deux de mes filles, et que de ces rapts serait née la grande guerre du Péloponnèse — une guerre, disent-ils en riant, pour trois filles de joie. Voilà comment un poète comique explique le plus grand malheur de la Grèce : par une querelle de bordel dont je serais la maquerelle. C'est grotesque, et c'est calculé. Réduire les décisions d'Athènes à mes prétendues intrigues, c'est nier que Périclès, l'assemblée, les intérêts de la Ligue aient pesé quoi que ce soit. On me fait porter la guerre comme on fait porter à une femme tout ce qu'on ne veut pas s'avouer. Je n'ai déclenché aucune guerre. J'ai seulement eu le tort d'être visible.

On me fait porter la guerre comme on fait porter à une femme tout ce qu'on ne veut pas s'avouer.

Vous avez été traduite en justice pour impiété. Vous souvenez-vous de ce moment ?

En 432, on m'a traînée devant l'Héliée, le tribunal du peuple, sous l'accusation d'asebeia — impiété envers les dieux de la cité. Le mot est lourd : il peut mener à l'exil ou à la mort. Mais chacun savait que les dieux n'étaient qu'un prétexte. C'était Périclès qu'on visait à travers moi, sa politique, ses amis, son cercle où l'on discutait un peu trop librement des choses du ciel comme faisait Anaxagore. Frapper la compagne pour ébranler l'homme : vieille tactique. Je me suis tenue devant ces juges tirés au sort, moi l'étrangère sans droit de cité, sachant que ma parole seule ne pèserait pas lourd contre la rumeur. C'est une chose étrange d'entendre son nom prononcé comme une menace par des hommes qu'on n'a jamais rencontrés.

Comment cette accusation s'est-elle dénouée ?

Périclès vint plaider ma cause lui-même. Cet homme que la cité voyait toujours maître de son visage, froid comme un stratège doit l'être à la tribune, on raconte qu'il pleura devant les juges pour m'arracher à la condamnation. Des larmes ! Pour un homme de son rang, c'était presque un scandale de plus. Je fus acquittée. Mais je n'ai jamais oublié ce que cet instant révélait : ma vie tenait à l'émotion d'un seul homme puissant, non au droit. Des années plus tard, on accusa Socrate du même crime, cette même asebeia, et lui n'eut personne pour pleurer à temps ; il but la ciguë. Nous étions du même siècle, lui et moi, nés dans la même Athènes qui adorait la parole libre et finissait toujours par vouloir la faire taire.

Ma vie tenait à l'émotion d'un seul homme puissant, non au droit.

Si vous deviez transmettre une seule leçon de tout ce que vous avez enseigné, quelle serait-elle ?

Que le logos — la parole raisonnée — est l'instrument du pouvoir plus sûr que la lance. Regardez cette maison : un rouleau de papyrus, une tablette de cire, un stylet, et quelques hommes qui écoutent. De ce peu naissent les discours qui remuent l'assemblée, les lois qui tiennent la cité, les guerres et les paix. J'ai appris cela à Milet et je l'ai enseigné à Athènes : celui qui maîtrise le mot n'a pas besoin d'épée pour être craint. Voilà pourquoi une femme tenant ce savoir dérangeait tant — non parce qu'elle bavardait, mais parce qu'elle touchait à la source même de l'autorité. Si l'on se souvient de moi, que ce ne soit pas comme de la compagne de Périclès, mais comme de celle qui montra qu'un rouleau, entre les mains justes, pèse plus qu'un bouclier.

Celui qui maîtrise le mot n'a pas besoin d'épée pour être craint.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Aspasia's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.