Imaginary interview

Imaginary interview with Catherine II of Russia

by Charactorium · Catherine II of Russia (1729 — 1796) · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Saint-Pétersbourg, hiver. Dans un cabinet attenant à l'Ermitage, où s'entassent les toiles de Rembrandt qu'elle vient d'acquérir, l'impératrice de toutes les Russies nous reçoit après son café du matin, déjà brûlant et déjà bu. À soixante ans passés, elle parle vite, en français, avec l'accent léger d'une princesse allemande qui a conquis un empire.

Comment cette journée de juin 1762 a-t-elle commencé pour vous ?

Elle a commencé par une peur, et s'est achevée par une couronne. Pierre III, mon époux, multipliait les sottises : il insultait la Garde, méprisait l'orthodoxie, adorait son cher roi de Prusse. Quand j'ai su qu'un de nos conjurés était arrêté, il n'y avait plus à attendre. J'ai endossé l'uniforme vert de la Garde impériale, je suis montée à cheval, et je me suis présentée aux régiments. Ils m'ont acclamée. Comprenez bien : je n'ai pas pris le pouvoir, on me l'a tendu, et j'ai eu la sagesse de ne pas le refuser. Mon manifeste l'a dit sans détour — le danger de démembrement de l'Empire nous a obligée à prendre le gouvernement en main. Quelques jours plus tard, Pierre abdiquait. Le reste, sa mort, demeure obscur, et je préfère qu'il en soit ainsi.

Je n'ai pas pris le pouvoir, on me l'a tendu, et j'ai eu la sagesse de ne pas le refuser.

Que répondez-vous à ceux qui vous jugent illégitime, vous, l'Allemande devenue impératrice ?

Qu'ils regardent ce que j'ai fait de cette terre. Je suis née Sophie d'Anhalt-Zerbst, à Stettin, dans une principauté si petite qu'on l'oublie sur les cartes. À quinze ans, on m'a fait venir ici pour pondre un héritier, rien de plus. J'ai appris le russe avec une telle fureur que je me relevais la nuit pour réciter mes leçons — j'y ai gagné une pneumonie qui faillit m'emporter. La légitimité, voyez-vous, ne se reçoit pas par le sang seul : elle se gagne au travail. J'écrivais dans mes mémoires que j'ai travaillé à me rendre digne de la couronne que je portais. Le sceptre que m'a offert Orlov, surmonté de son diamant, je ne l'ai pas hérité : je l'ai mérité, oukase après oukase.

La légitimité ne se reçoit pas par le sang seul : elle se gagne au travail.

Vous souvenez-vous de ce qui vous a attirée vers les philosophes français ?

Je les ai aimés avant même de régner, dans la solitude glacée de ma jeunesse à la cour. Quand on est une grande-duchesse qu'on néglige, les livres deviennent vos seuls courtisans fidèles. Montesquieu, Voltaire, l'Encyclopédie de Diderot — c'était mon véritable conseil d'État, bien avant les ministres. À Voltaire j'écrivais sans rougir que je suis votre écolière la plus dévouée, et je le pensais. Comprenez : ces hommes m'offraient ce qu'aucun boyard ne pouvait me donner, l'illusion délicieuse qu'on pouvait gouverner un empire à coups de raison. J'ai entretenu avec eux plus de six mille lettres. On m'a reproché cette coquetterie d'esprit. Mais une souveraine qui ne lit pas n'est qu'une statue dorée sur un trône.

Quand on est une grande-duchesse qu'on néglige, les livres deviennent vos seuls courtisans fidèles.

Pourquoi avoir fait venir Diderot jusqu'à Saint-Pétersbourg, et lui avoir racheté sa bibliothèque ?

Parce qu'on n'abandonne pas un homme d'esprit à la misère. Diderot voulait vendre ses livres pour doter sa fille — j'ai trouvé le procédé indigne de la France et flatteur pour la Russie. Je lui ai acheté sa bibliothèque en 1773, tout en lui en laissant l'usage jusqu'à sa mort, et je l'ai nommé mon bibliothécaire à gages. Quel arrangement charmant : il gardait ses livres, j'en devenais propriétaire, et l'Europe entière apprenait que l'argent venait du Nord. Quand il vint ici, il discourait avec tant de feu qu'en s'animant il me tapait sur les genoux à m'en laisser des bleus ! Je l'écoutais avec ravissement, puis je faisais exactement ce que la Russie exigeait. Les idées sont une chose ; gouverner des millions de serfs en est une autre.

Les idées sont une chose ; gouverner des millions de serfs en est une autre.

Votre Nakaz proclamait des principes d'humanité. Qu'espériez-vous vraiment en accomplir ?

Tout, et je n'ai presque rien obtenu. Le Nakaz, mon Instruction de 1767, je l'ai composé moi-même, cinq cent vingt-six articles puisés dans Montesquieu et Beccaria. J'y ai gravé que la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent — formule dont je suis encore fière. J'ai réuni une grande Commission de tous les ordres de l'Empire pour réformer nos lois. Et puis ? Les députés se sont querellés, la guerre turque est venue, et mon beau code est resté lettre morte dans un tiroir. On apprend, en régnant, que les nations ne se réforment pas comme on récrit une page. Mais le texte demeure, et il dit ce qu'une Russie éclairée aurait pu devenir si la raison gouvernait seule.

On apprend, en régnant, que les nations ne se réforment pas comme on récrit une page.
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Russian: «Портрет Екатерины II »Portrait of Catherine IItitle QS:P1476,ru:"Портрет Екатерины II "label QS:Lru,"Портрет Екатерины II "label QS:Len,"Portrait of Catherine II"Wikimedia Commons, Public domain — Fyodor Rokotov

On vous a dit éclairée, et pourtant le servage s'est durci sous votre règne. Comment conciliez-vous cela ?

Je ne le concilie pas ; je le subis. Voilà la vérité qu'aucun de mes amis philosophes ne veut entendre. Mon titre est autocrate — je gouverne sans constitution, sans assemblée pour me brider, et ce pouvoir absolu, je dois le défendre. Or il repose sur la noblesse. Ma Charte de la noblesse de 1785 leur a confirmé tous leurs privilèges, et donc leur emprise sur les serfs. Quand la révolte de Pougatchev a embrasé la Volga, j'ai vu de mes yeux ce que devient un empire dont les fondations craquent : je l'ai écrasée sans trembler. On me nomme despote éclairé. J'accepte l'épithète, mais j'insiste sur le substantif : d'abord souveraine, éclairée ensuite, jamais l'inverse.

D'abord souveraine, éclairée ensuite, jamais l'inverse.

En 1768, vous avez offert votre propre corps à l'aiguille du docteur Dimsdale. Qu'est-ce qui vous y a décidée ?

La variole fauchait mes sujets par milliers, et la superstition leur interdisait le seul remède. On ne convainc pas un peuple par décret en pareille matière — on le convainc par l'exemple. J'ai fait venir d'Angleterre le docteur Thomas Dimsdale, et je me suis fait inoculer la première, en secret d'abord, par crainte de l'échec, puis au grand jour. Le lendemain, mon fils Paul subissait l'aiguille à son tour. Si l'impératrice elle-même risquait son bras, quel moujik pouvait encore se dérober ? Dimsdale, prudent, gardait des chevaux sellés au cas où je serais morte et la Garde furieuse. Je n'en suis pas morte. Et toute l'Europe a su qu'à Saint-Pétersbourg, on ne se contentait pas de lire les Lumières : on s'en faisait inoculer.

On ne convainc pas un peuple par décret : on le convainc par l'exemple.
Portrait de Catherine II de Russie (?)
Portrait de Catherine II de Russie (?)Wikimedia Commons, Public domain — Russian School (18)

Que diriez-vous à ceux qui voient dans ce geste plus de calcul politique que de souci sanitaire ?

Qu'ils ont raison, et que cela ne diminue rien. Pourquoi opposer le calcul au bien ? Un prince qui ne sait pas rendre vertueux ce qui est utile n'est qu'un brouillon de souverain. Oui, l'inoculation publique servait ma gloire autant que la santé de mes peuples — elle disait à Voltaire, à Vienne, à Versailles, que la Russie marchait en tête du progrès quand la France hésitait encore. Mais regardez le résultat : des milliers de bras tendus après le mien, des vies épargnées. Je me lève chaque matin à six heures pour gouverner ; je n'ai pas le luxe des intentions pures. Une impératrice qui attendrait d'avoir le cœur parfaitement net avant d'agir ne ferait jamais rien de grand.

Un prince qui ne sait pas rendre vertueux ce qui est utile n'est qu'un brouillon de souverain.

Vous avez ouvert à la Russie les portes de la mer Noire. Pourquoi cette mer comptait-elle tant à vos yeux ?

Parce qu'un empire sans mer chaude est un géant qu'on étrangle. Mes prédécesseurs avaient gagné la Baltique ; à moi revenait le Sud. Deux guerres contre les Turcs, longues et coûteuses, m'ont donné ce que je voulais : le traité de Küçük-Kaïnardji, en 1774, nous ouvrait enfin l'accès à la mer Noire. Puis, en 1783, j'ai annexé la Crimée, cette péninsule que je convoitais comme on convoite une clé. Quatre ans plus tard, j'y ai fait un voyage triomphal, à travers des provinces que Potemkine, mon favori, avait pris soin de pavoiser pour mes yeux. On a beaucoup raillé ces décors. Mais derrière le faste, il y avait des ports, des flottes, des villes neuves — la Russie devenait une puissance que nul ne pourrait plus ignorer.

Un empire sans mer chaude est un géant qu'on étrangle.

Au terme de trente-quatre années de règne, qu'est-ce qui vous semble devoir vous survivre ?

Les frontières, d'abord — elles ne mentent pas. J'ai reçu un empire et je le laisse plus vaste, de la Crimée aux terres arrachées à la Pologne lors de ses partages. Mais les pierres parlent autant que les cartes. J'ai bâti l'Ermitage, où dorment trois mille tableaux que j'ai rassemblés un par un, de Rembrandt à Raphaël ; c'est là, dans mes appartements du Palais d'Hiver, que j'ai été le plus moi-même, plume à la main, à six heures du matin. Si l'on me lit dans un siècle — et j'aime à le croire — qu'on dise ceci : une princesse allemande a fait de la Russie un État européen, sans jamais oublier qu'elle régnait sur des Russes. Le reste, mes faiblesses, mes favoris, on en jasera ; je l'accepte. La grandeur se paie toujours en ragots.

La grandeur se paie toujours en ragots.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Catherine II of Russia's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.