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Mate amargo cebado
Pourquoi ce plat ? Cortázar buvait du maté à toute heure, à Buenos Aires comme dans son appartement parisien. C'était son carburant d'écrivain et le lien tenace avec une Argentine qu'il avait quittée : il en faisait venir la yerba et le cébait lui-même, calebasse à portée de la machine à écrire.
Une infusion chaude et amère, tassée dans une calebasse et sirotée à la bombilla. On recharge en eau frémissante autant de fois qu'on le souhaite : le maté se boit à plusieurs, en se passant la même calebasse, dans une économie de gestes qui ressemble à une ponctuation.
Mirá, no es una bebida, es una manera de medir el tiempo. Tomá la calabaza, inclinala con la yerba de un solo lado, dejás un huequito y ahí metés la bombilla sin revolver nunca, jamás, porque si la movés la arruinás como un párrafo mal corregido. El agua tiene que estar caliente pero sin hervir, che, el primer mate amargo es siempre para el que ceba. Yo escribía con la pava al lado y cada mate era una coma en la página, así de simple.
- •Yerba mate sèche — de quoi remplir la calebasse aux deux tiers (feuille à infuser)
- •Eau de source chauffée — à volonté, frémissante (infusion)
Mate amargo cebado
Une infusion chaude et amère, tassée dans une calebasse et sirotée à la bombilla. On recharge en eau frémissante autant de fois qu'on le souhaite : le maté se boit à plusieurs, en se passant la même calebasse, dans une économie de gestes qui ressemble à une ponctuation.
Pourquoi ce plat ? Cortázar buvait du maté à toute heure, à Buenos Aires comme dans son appartement parisien. C'était son carburant d'écrivain et le lien tenace avec une Argentine qu'il avait quittée : il en faisait venir la yerba et le cébait lui-même, calebasse à portée de la machine à écrire.
Mirá, no es una bebida, es una manera de medir el tiempo. Tomá la calabaza, inclinala con la yerba de un solo lado, dejás un huequito y ahí metés la bombilla sin revolver nunca, jamás, porque si la movés la arruinás como un párrafo mal corregido. El agua tiene que estar caliente pero sin hervir, che, el primer mate amargo es siempre para el que ceba. Yo escribía con la pava al lado y cada mate era una coma en la página, así de simple.
Ingrédients (version d’époque)
- Yerba mate sèche — de quoi remplir la calebasse aux deux tiers (feuille à infuser)
- Eau de source chauffée — à volonté, frémissante (infusion)
Ingrédients
- Yerba mate — 50 g (≈ 2/3 de la calebasse) (feuille à infuser)
- Eau — 75–80 °C, sans bouillir (infusion)
Préparation
- Remplir la calebasse aux deux tiers de yerba, boucher l'ouverture avec la paume et la retourner pour faire monter la poussière fine côté main.
- Redresser en inclinant la yerba sur un côté pour dégager un creux humide à la base.
- Verser un filet d'eau tiède dans le creux, laisser gonfler une minute.
- Insérer la bombilla dans le creux humidifié et ne plus jamais la remuer.
- Verser l'eau à 75–80 °C dans le même creux, boire jusqu'au bruit d'air, recharger et passer à la personne suivante.
Comment on faisait : Le maté est un héritage guarani adopté par toute la société du Río de la Plata, des gauchos aux salons portègnes. Au XXe siècle, le cebador (celui qui prépare) est le maître de cérémonie : il garde toujours le premier maté, le plus amer, pour lui, et sert ensuite les autres dans un ordre fixe.
Le twist contemporain : Glissé dans un thermos, le maté devient nomade : c'est le rituel qu'on voit aujourd'hui sur tous les bancs publics de Buenos Aires comme dans le métro parisien des expatriés.
Julio Cortázar · Charactorium





