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Thé noir à la russe, au citron
Pourquoi ce plat ? La tasse de thé figure parmi les objets typiques de Sarraute, et elle traverse toute son enfance russe comme sa vie parisienne d'écrivaine. Le thé n'est pas une fin de repas : c'est le cœur autour duquel on se rassemble et l'on parle — terrain idéal pour son oreille tendue aux mouvements infimes de la conversation, ces 'tropismes' qu'elle a passé sa vie à saisir.
Un thé noir corsé, préparé en concentré (zavarka) puis allongé d'eau bouillante dans le verre, relevé d'une rondelle de citron. Amer et vif, on l'adoucit à sa guise d'une cuillère de confiture plutôt que de sucre.
Chez nous le thé n'attendait pas la fin du repas : il était là tout le temps, brûlant, dans les verres que l'on tenait par le bord. On gardait un fond très fort, presque noir, et l'on en versait un doigt avant d'allonger d'eau bouillante — chacun le faisait à sa force. Une rondelle de citron, jamais de lait. Et si l'on voulait du sucré, on prenait la confiture à la petite cuillère, à côté, en parlant. C'est dans ces heures-là, je crois, que j'ai appris à écouter ce qui se dit sous les mots.
- •Thé noir en feuilles — pour un concentré (zavarka) (infusion mère)
- •Eau du samovar — à volonté (allongement)
- •Citron — en rondelles (acidité)
- •Confiture (varenye) — à part (douceur (vprikousku))
Thé noir à la russe, au citron
Un thé noir corsé, préparé en concentré (zavarka) puis allongé d'eau bouillante dans le verre, relevé d'une rondelle de citron. Amer et vif, on l'adoucit à sa guise d'une cuillère de confiture plutôt que de sucre.
Pourquoi ce plat ? La tasse de thé figure parmi les objets typiques de Sarraute, et elle traverse toute son enfance russe comme sa vie parisienne d'écrivaine. Le thé n'est pas une fin de repas : c'est le cœur autour duquel on se rassemble et l'on parle — terrain idéal pour son oreille tendue aux mouvements infimes de la conversation, ces 'tropismes' qu'elle a passé sa vie à saisir.
Chez nous le thé n'attendait pas la fin du repas : il était là tout le temps, brûlant, dans les verres que l'on tenait par le bord. On gardait un fond très fort, presque noir, et l'on en versait un doigt avant d'allonger d'eau bouillante — chacun le faisait à sa force. Une rondelle de citron, jamais de lait. Et si l'on voulait du sucré, on prenait la confiture à la petite cuillère, à côté, en parlant. C'est dans ces heures-là, je crois, que j'ai appris à écouter ce qui se dit sous les mots.
Ingrédients (version d’époque)
- Thé noir en feuilles — pour un concentré (zavarka) (infusion mère)
- Eau du samovar — à volonté (allongement)
- Citron — en rondelles (acidité)
- Confiture (varenye) — à part (douceur (vprikousku))
Ingrédients
- Thé noir en feuilles (type ceylan ou caravane russe) — 3 c. à café (concentré)
- Eau frémissante — 1 petite théière + bouilloire d'appoint (infusion et allongement)
- Citron — 1, en fines rondelles (acidité)
- Confiture de griottes ou de fruits rouges — à volonté (douceur servie à part)
Préparation
- Préparer une zavarka : infuser le thé dans une petite théière avec peu d'eau frémissante pendant 5 minutes pour obtenir un concentré.
- Verser un fond de concentré dans chaque verre (un tiers environ).
- Allonger d'eau très chaude selon la force désirée.
- Ajouter une rondelle de citron.
- Servir la confiture à part, à déguster à la cuillère entre deux gorgées plutôt que diluée.
Comment on faisait : Le samovar maintenait l'eau bouillante des heures durant ; la théière (tchaïnik) de concentré se posait sur son couvercle pour rester chaude. Boire le thé 'vprikousku' — en croquant un morceau de sucre ou en prenant la confiture à part — était l'usage populaire, par opposition au sucre fondu dans la tasse.
Le twist contemporain : Servi dans un verre serti d'un porte-verre (podstakannik) ciselé, façon wagon-restaurant du Transsibérien, pour la mise en scène.
Nathalie Sarraute · Charactorium





