La carte de Alexandre VI
Service de cuisine (mets chaud d'honneur, porté en grande pompe)

Manjar blanco — blanc-manger de chapon à l'amande et au riz

FestifDocumentée🍯 🧂moyen1 h 15

Effiloché de blanc de chapon mijoté longuement dans un lait d'amande sucré, lié au riz et parfumé, jusqu'à obtenir une crème blanche, soyeuse et noble. Le salé du volatile et le sucré de l'amande s'y fondent comme la cuisine médiévale les aimait.

Service de cuisine (mets chaud d'honneur, porté en grande pompe)

Effiloché de blanc de chapon mijoté longuement dans un lait d'amande sucré, lié au riz et parfumé, jusqu'à obtenir une crème blanche, soyeuse et noble. Le salé du volatile et le sucré de l'amande s'y fondent comme la cuisine médiévale les aimait.

Approche, et regarde ce blanc si pur : à Xàtiva déjà, dans la maison des Borja, on tenait ce manjar pour le mets des seigneurs, et Nous l'avons porté jusqu'à Notre table de Rome. Fais piler l'amande jusqu'à ce qu'elle rende son lait, effile le chapon menu comme fil de soie, et laisse mijoter sans hâte — la hâte est l'ennemie des belles choses, en cuisine comme dans les conclaves. Sucre-le d'une main franche : un pape ne lésine point. Et souviens-toi qu'un plat blanc, posé devant des cardinaux, vaut parfois mieux qu'un long discours.
Alexandre VI
Ingrédients
  • Chapon (blanc de volaille)la chair d'un blanc bien dodu (base salée effilochée)
  • Amandes doucesune bonne poignée, pilées au mortier (lait d'amande, liant et saveur)
  • Riz (de Valence ou de Lombardie)un creux de main, ou sa farine (liant onctueux)
  • Sucregénéreusement (saveur sucrée de prestige)
  • Eau de rosequelques gouttes (parfum noble)
  • Selun peu (assaisonnement)
Comment on faisait : Le manjar blanco / menjar blanc figure dans les grands recueils médiévaux (Llibre de Sent Soví catalan, plus tard le Llibre del Coch). On le préparait au feu de bois dans des poêlons de terre, en pilant amandes et riz au mortier — un travail long, donc réservé aux maisons capables d'occuper plusieurs cuisiniers. Le sucre, importé et coûteux, en faisait un mets ostentatoire.
Sources : Llibre de Sent Soví (XIVe s.) · Ruperto de Nola, Llibre del Coch (éd. 1520, recettes antérieures) · Maestro Martino, Libro de arte coquinaria (XVe s.)