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Pirão de peixe — poisson de rivière et bouillie de manioc
Pourquoi ce plat ? Au Mato Grosso, parmi les Nambikwara et les Bororo, mes journées de marche s'achevaient autour d'un feu où l'on faisait griller le poisson pêché dans les rivières du plateau. La farine de manioc, versée dans le bouillon, formait le pirão qui calait la faim de toute l'expédition. C'est le repas quotidien de Tristes Tropiques.
Un poisson d'eau douce grillé, dont les arêtes et la tête servent à faire un bouillon. On y délaye la farine de manioc jusqu'à obtenir une bouillie onctueuse, le pirão, que l'on mange avec la chair grillée. Rustique, nourrissant, sans façon.
Voyez-vous, sous les tropiques, le luxe n'est pas où on l'attend. Quand le poisson sortait de la rivière et grésillait sur les braises, je versais lentement la farine de manioc dans le bouillon, en tournant sans relâche, comme l'avaient fait avant moi mille générations d'Indiens du plateau. On ne mange pas pour le plaisir d'un palais blasé, mais pour épouser le rythme d'un pays. Et je vous l'avoue : cette bouillie grise, partagée à la nuit tombée, m'a paru plus vraie que bien des dîners parisiens.
- •Poisson de rivière (pacu, dourado, traíra) — une belle pièce par convive (protéine grillée)
- •Farine de manioc torréfiée (farinha) — deux poignées (liant, féculent socle)
- •Eau de rivière bouillie — ce qu'il faut (bouillon)
- •Sel — selon réserve (assaisonnement)
Pirão de peixe — poisson de rivière et bouillie de manioc
Un poisson d'eau douce grillé, dont les arêtes et la tête servent à faire un bouillon. On y délaye la farine de manioc jusqu'à obtenir une bouillie onctueuse, le pirão, que l'on mange avec la chair grillée. Rustique, nourrissant, sans façon.
Pourquoi ce plat ? Au Mato Grosso, parmi les Nambikwara et les Bororo, mes journées de marche s'achevaient autour d'un feu où l'on faisait griller le poisson pêché dans les rivières du plateau. La farine de manioc, versée dans le bouillon, formait le pirão qui calait la faim de toute l'expédition. C'est le repas quotidien de Tristes Tropiques.
Voyez-vous, sous les tropiques, le luxe n'est pas où on l'attend. Quand le poisson sortait de la rivière et grésillait sur les braises, je versais lentement la farine de manioc dans le bouillon, en tournant sans relâche, comme l'avaient fait avant moi mille générations d'Indiens du plateau. On ne mange pas pour le plaisir d'un palais blasé, mais pour épouser le rythme d'un pays. Et je vous l'avoue : cette bouillie grise, partagée à la nuit tombée, m'a paru plus vraie que bien des dîners parisiens.
Ingrédients (version d’époque)
- Poisson de rivière (pacu, dourado, traíra) — une belle pièce par convive (protéine grillée)
- Farine de manioc torréfiée (farinha) — deux poignées (liant, féculent socle)
- Eau de rivière bouillie — ce qu'il faut (bouillon)
- Sel — selon réserve (assaisonnement)
Ingrédients
- Filets de poisson blanc ferme (bar, tilapia, dorade) — 600 g (protéine grillée)
- Parures (tête, arêtes) ou fumet de poisson — 1 litre de bouillon (base du pirão)
- Farine de manioc (farinha de mandioca, épicerie brésilienne) — 150 g (épaississant)
- Oignon — 1 (aromate du bouillon)
- Coriandre fraîche — quelques brins (fraîcheur)
- Sel, jus de citron vert — au goût (assaisonnement)
Préparation
- Préparer un bouillon en faisant frémir 1 litre d'eau avec les parures de poisson, l'oignon et du sel pendant 20 min, puis filtrer.
- Saler les filets et les griller sur une plancha ou au gril bien chaud, 3 min par face, jusqu'à coloration.
- Porter le bouillon filtré à frémissement et y verser la farine de manioc en pluie, en fouettant sans arrêt pour éviter les grumeaux.
- Cuire 5 min en remuant : la bouillie doit napper la cuillère.
- Servir le pirão en bol, poser le poisson grillé dessus, parsemer de coriandre et d'un trait de citron vert.
Comment on faisait : Sur le terrain, pas de bouillon raffiné : on jetait simplement la farinha dans l'eau de cuisson du poisson, parfois directement sur les braises dans une calebasse. La farine de manioc, déjà torréfiée et donc impérissable, était transportée dans des paniers tressés et constituait la réserve calorique de l'expédition.
Le twist contemporain : Servez le pirão en verrine surmontée d'un copeau de poisson grillé : un clin d'œil 'gastro' à un plat de survie ethnographique.
Claude Lévi-Strauss · Charactorium





