La carte de Hannah Arendt
Carburant de la conversation nocturne — boisson rituelle, pas un mets

Le café noir des nuits de pensée

BoissonDocumentéefacile10 min

Un café serré, corsé, presque noir, servi en petite tasse et rallongé d'eau chaude à la mode allemande quand la nuit s'éternise. Amertume franche, sans détour.

Carburant de la conversation nocturne — boisson rituelle, pas un mets

Un café serré, corsé, presque noir, servi en petite tasse et rallongé d'eau chaude à la mode allemande quand la nuit s'éternise. Amertume franche, sans détour.

On a beaucoup écrit sur ma cigarette ; on oublie le café, qui pourtant l'accompagnait toujours. Je le voulais fort — un café tiède est une trahison de la pensée. À Heidelberg déjà, étudiante, c'est dans la fumée et l'amertume que les idées se précisaient ; plus tard, à New York, mes amis savaient qu'une visite chez moi durait jusqu'à ce que la cafetière soit vide deux fois. Buvez-le sans sucre, je vous en prie : l'amertume tient l'esprit éveillé bien mieux que n'importe quel discours.
Hannah Arendt
Ingrédients
  • Café fraîchement moulu, mouture finegénéreuse (corps et amertume)
  • Eau frémissante (non bouillante)à mesure (extraction)
Comment on faisait : Dans la Mitteleuropa du début du XXe siècle, le café était à la fois rituel domestique (Kaffee und Kuchen) et carburant des cafés intellectuels viennois et allemands où se faisait la vie des idées. On le préparait par décoction ou filtre, toujours serré, et on le rallongeait d'eau (« Verlängerter ») pour le faire durer.
Sources : Témoignages biographiques sur les habitudes de travail d'Arendt (café et tabac) · Culture du café d'Europe centrale, XXe siècle