La carte de Antonio de Beatis
Rôti du servizio di cucina, nappé de savore (sauce épicée de banquet)

Capone in savore d'agresto (chapon en sauce aigre-douce au verjus)

FestifDocumentée🍋 🌶️ 🍯moyen2 h

Un chapon rôti, découpé et nappé d'une sauce de fête : verjus acidulé, épices douces (cannelle, gingembre, girofle), un soupçon de sucre et de pain grillé pour lier. L'aigre-doux épicé, signature absolue des banquets de la Renaissance italienne.

Rôti du servizio di cucina, nappé de savore (sauce épicée de banquet)

Un chapon rôti, découpé et nappé d'une sauce de fête : verjus acidulé, épices douces (cannelle, gingembre, girofle), un soupçon de sucre et de pain grillé pour lier. L'aigre-doux épicé, signature absolue des banquets de la Renaissance italienne.

Au festin, mon cher lecteur, on ne sert point la volaille toute nue ! Voici comme on l'apprête aux tables des princes que nous visitâmes : un beau chapon rôti à la broche, puis arrosé d'une savore que les cuisiniers italiens savent mieux que tous. On pile la cannelle, le gingembre et le girofle, on les détrempe d'agresto — ce jus de raisin vert qui pique agréablement — d'un peu de sucre et de pain hâlé au feu. Croyez-moi, cette sauce aigre et douce tout ensemble flattait si bien le palais des seigneurs que j'en ai vu plus d'un en redemander, oubliant un instant les affaires de l'ambassade.
Antonio de Beatis
Ingrédients
  • Chapon (ou bon chapon de basse-cour)un, rôti à la broche (pièce maîtresse)
  • Agresto (verjus de raisin vert)un gobelet (acidité de la savore)
  • Cannelle, gingembre, clou de girofleépices pilées au mortier (parfum épicé)
  • Sucreune cuillerée (douceur d'équilibre)
  • Mie de pain grilléeun croûton (liaison de la sauce)
  • Selce qu'il faut (assaisonnement)
Comment on faisait : Maestro Martino et Platina décrivent quantité de savori — sauces servies sur les rôtis — liées au pain grillé et acidulées au verjus ou au vinaigre. L'agresto (verjus) était la base acide noble de la cuisine, le citron restant plus rare au nord des Alpes. On servait ces sauces à part ou nappées, et le mélange salé-acide-sucré-épicé était le sommet du raffinement aristocratique.
Sources : Maestro Martino da Como, Libro de arte coquinaria, vers 1465 (chapitre des savori) · Bartolomeo Platina, De honesta voluptate et valetudine, 1474