La carte de Alexandre Soljenitsyne
Pervoïe (le premier plat chaud du réfectoire)

Balanda, la soupe claire du camp

QuotidienDocumentée🧂 ☕ 🍄facile45 min

Une soupe volontairement maigre, claire comme de l'eau de vaisselle, où le chou et un peu de poisson séché donnent tout ce qu'ils peuvent. Ce n'est pas un plat de gourmandise mais un plat de mémoire : on comprend, en la goûtant, ce que valait alors une feuille de chou.

Pervoïe (le premier plat chaud du réfectoire)

Une soupe volontairement maigre, claire comme de l'eau de vaisselle, où le chou et un peu de poisson séché donnent tout ce qu'ils peuvent. Ce n'est pas un plat de gourmandise mais un plat de mémoire : on comprend, en la goûtant, ce que valait alors une feuille de chou.

Vous qui n'avez jamais eu faim, écoutez bien. La balanda, on l'attendait depuis l'aube, et le bonheur d'un homme tenait à l'épaisseur de sa louche : un œil de graisse à la surface, un éclat de poisson au fond, et la journée devenait supportable. On la buvait brûlante, lentement, en réchauffant ses mains au bord de la gamelle, car le froid, voyez-vous, se combattait du dedans. Je vous le dis sans amertume : qui a su rendre grâce pour une telle soupe sait ce qu'est vraiment le pain de chaque jour.
Alexandre Soljenitsyne
Ingrédients
  • Eauune grande marmite (base)
  • Chou (vert ou chou noir)quelques feuilles (légume)
  • Pommes de terredeux ou trois, parfois aucune (épaississant rare)
  • Poisson séché ou têtes de poissonun peu (goût et umami)
  • Gruau d'orge ou de milletune poignée (consistance)
  • Selselon ce qu'on avait (assaisonnement)
Comment on faisait : Dans les camps, la balanda était cuite en énormes chaudrons pour des centaines de détenus : le « gras » se résumait souvent à une tête de poisson pour toute une marmite, et les rations de légumes dépendaient des arrivages. Les zeks (détenus) jugeaient un cuisinier à sa capacité à remuer pour que les morceaux solides ne restent pas au seul fond de la louche.
Sources : Alexandre Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovitch (1962) · Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag (1973)